22% des eaux françaises sont des aires maritimes protégées

Conférence sur les océans – Evènement parallèle : « Improving management species conservation in ocean spaces » - Intervention de M. Serge Ségura, Ambassadeur chargé des océans – Siège des Nations unies, New York – 9 juin 2017

Messieurs les Ministres,

Excellences

Chers amis,

Nous y voilà ! Il nous faut enfin traiter d’un sujet complexe et diversifié, les aires marines protégées (AMP), sans définition acceptée par tous mais avec un objectif spécifique qui lui est consacré dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique : l’objectif 11 d’Aïchi : mettre sous forme d’AMP 10% des zones maritimes sous juridiction ou côtières d’ici 2020. Avons-nous été trop modestes à l’époque ou trop timides ? J’ai entendu de nombreuses délégations cette semaine nous annoncer avoir atteint ce chiffre, l’avoir même dépassé ou être sur le point de le faire.

C’est le cas de la France avec 22% des zones sous juridiction protégées, soit 2,3 millions de km², en évolution constante. Ainsi, le chiffre de couverture devrait monter bientôt à 32% avec l’extension de la réserve marine des TAAF dans l’Océan austral.
La communauté internationale a besoin de se fixer des objectifs chiffrés mais une protection efficace des océans a besoin de quelque chose de plus que les chiffres. Nous devons pénétrer plus avant dans le concept des AMP. L’autre exercice international sur les océans, le BBNJ, s’y essaie puisque les AMP sont une des quatre parties du futur accord sur la biodiversité en haute mer. Dans cette négociation apparaît toute la difficulté du sujet : comment créer une AMP, comment la gérer, comment la contrôler etc.

La définition du concept d’AMP est difficile. Plusieurs catégories d’AMP existent et la France considère que cette diversité est une bonne chose. A cet égard, pour parler de diversité, je voudrais rappeler qu’avec l’Italie et Monaco, la France, en 1999, a été à l’origine d’une des premières AMP en haute mer à l’époque, le sanctuaire Pelagos de 86000 km en Méditerranée. Ce sanctuaire, qui fonctionne bien et évolue en permanence a pour objet la protection des mammifères marins. Dans le même temps, nous avons pu entendre hier la délégation de la Polynésie française expliquer le concept d’aires marines éducatives. Il s’agit d’AMP de taille réduite, gérée par une municipalité pour une baie ou une zone côtière locale avec le concours des enfants des écoles de la ville. Ces AMP ne contribuent pas pour beaucoup à atteindre l’objectif 11 d’Aïchi mais je peux vous assurer que cela contribue énormément à la prise de conscience des jeunes de la nécessité de protection et des moyens de celle-ci. L’exemple s’étend et de telles aires marines éducatives se créent maintenant en France métropolitaine.

La science doit être partie à l’initiative de création d’une AMP ; elle doit même en être l’initiatrice principale. Nous devons savoir ce que nous devons protéger, contre quoi protéger et comment protéger. La science doit également être un élément de coopération avec les Etats en développement sur le thème de la création des AMP et de leur gestion.

Sur les AMP, les conventions de mers régionales peuvent jouer un rôle crucial et il serait utile d’imaginer ouvrir leurs traités constitutifs à d’autres partenaires qui n’appartiennent pas forcément à la région mais qui ont un intérêt à aider concrètement.

Il y a un débat sur la taille des AMP et sur le niveau d’interdiction des activités humaines. C’est un débat ridicule. Les deux approches ont un sens et sont complémentaires. Personne ne doit penser que sa solution est à la fois la meilleure et la seule. Il y a des gens qui vivent au bord de l’océan, il y a des gens qui vivent de l’océan et dans tout Etat démocratique cette réalité doit être prise en compte pour ses aspects sociaux, économiques et culturels.

Pour conclure cette introduction générale au débat de ce side event, je voudrais rappeler quelques points. Les AMP sont un excellent outil de protection, sans doute le meilleur. Nous devons éviter tout dogmatisme et adopter une attitude réaliste et ouverte. Il existe des recettes locales qui peuvent se révéler très bien adaptées à une situation spécifique. Les scientifiques doivent être ceux qui nous conseillent pour créer des AMP et qui rapporteront ce que sont les résultats des AMP créées. Laissons notre imagination travailler et ne nous montrons pas sectaires.

Je vous remercie.

Dernière modification : 12/06/2017

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