"296 millions de personnes auront besoin d’aide humanitaire en 2022."

SEGMENT DES AFFAIRES HUMANITAIRES DE L’ECOSOC

DECLARATION AU NOM DE L’UNION EUROPEENNE ET SES ETATS MEMBRES

INTERVENTION DE MME DIARRA DIME LABILLE,
CHEFFE DE L’EQUIPE HUMANITAIRE ET DROITS DE L’HOMME ET CONSEILLERE JURIDIQUE A LA MISSION PERMANENTE DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

ECOSOC

New York, le 21 juin 2022.

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de m’exprimer au nom de l’Union européenne et de ses États membres.

Le Monténégro, pays candidat, la Bosnie-Herzégovine, pays du processus de stabilisation et d’association et candidat potentiel, ainsi que l’Ukraine et la République de Moldavie, se rallient à cette déclaration.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de commencer par exprimer notre soutien à la Bolivie en tant que présidente de ce Segment des Affaires Humanitaires de l’ECOSOC.

L’UE s’engage pleinement à faire en sorte que ce Segment des Affaires Humanitaires (HAS) reste un forum privilégié pour une discussion inclusive sur les tendances et les défis dans le domaine humanitaire.

L’édition du Segment des Affaires Humanitaires de l’ECOSOC se déroule cette année à une période charnière.

296 millions de personnes auront besoin d’aide humanitaire et de protection en 2022. Ce chiffre est en nette augmentation par rapport au nombre de personnes dans le besoin il y a un an, qui était déjà le chiffre le plus élevé depuis des décennies.

Les conflits sont en augmentation et les civils continuent d’en payer le prix.

Les vulnérabilités augmentent.

L’extrême pauvreté augmente.

Les effets du changement climatique sont dévastateurs, les déplacements forcés atteignent des niveaux record, et jusqu’à 345 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans 82 pays dans le monde, dont 50 millions sont au bord de la famine dans 45 pays.
La COVID-19 et ses effets directs et indirects continuent de faire payer un lourd tribut aux pays qui luttent déjà contre la pauvreté, les conflits, les chocs climatiques et d’autres épidémies.

Les tâches auxquelles la communauté humanitaire est confrontée aujourd’hui n’ont jamais été aussi colossales. Il ne s’agit pas seulement du volume des besoins humanitaires mais, surtout, de la nature même des défis humanitaires actuels.

Monsieur le Président,

Il y a plus de trente ans, l’Assemblée générale des Nations Unies a établi le cadre humanitaire normatif actuel, un système humanitaire ancré dans le respect du droit international humanitaire et des principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.

Un système permettant de répondre à la souffrance humaine où qu’elle se trouve, en se basant uniquement sur les besoins, sans faire de distinction sur la base de la nationalité, de la race, du sexe, des croyances religieuses, de la classe sociale ou des opinions politiques ; un système indépendant des objectifs politiques, économiques ou militaires.

Un système accepté de manière consensuelle par tous les États membres de l’ONU.

Aider et protéger les plus vulnérables.

Assurer un accès complet, sûr, rapide et sans entrave aux personnes dans le besoin.

Garantir le respect et la protection des travailleurs humanitaires et médicaux.

Eviter que les civils et les structures sanitaires soient attaqués.

Cependant, malgré cet engagement collectif, l’accès humanitaire est de plus en plus restreint en raison du mépris systématique et continu des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Nous le voyons en Ukraine.

Nous le voyons au Yémen.

Nous le voyons en Éthiopie et dans de nombreux autres endroits dans le monde.

L’aide humanitaire, et tragiquement, les travailleurs humanitaires eux-mêmes, sont de plus en plus attaqués. Malgré leur rôle vital, l’année dernière, au moins 117 travailleurs humanitaires ont été tués alors qu’ils tentaient d’apporter une aide humanitaire vitale.

Les conflits armés à travers le monde causent d’immenses souffrances à des millions de civils, notamment des décès de civils, la destruction d’infrastructures vitales et des déplacements massifs.

Monsieur le Président,

À une époque où le système humanitaire est plus important que jamais, nous avons tous une responsabilité collective de remettre nos engagements sur la bonne voie.

Nous devrions commencer par un engagement renouvelé à respecter et à faire respecter le droit international humanitaire.

L’UE et ses États membres resteront déterminés à placer le DIH, et la centralité de la protection, au cœur de leur action extérieure.

Nous plaidons pour l’universalisation des instruments du DIH et nous appelons les États qui ne l’ont pas encore fait à ratifier et à mettre pleinement en œuvre les instruments importants du DIH, tels que les protocoles additionnels de 1977 aux Conventions de Genève et le Statut de Rome, et à élaborer et adopter toute législation, politique et mesure concrète d’application nécessaire.

Nous appelons également les Etats membres à endosser l’ « Appel à l’action pour renforcer le respect du droit international humanitaire et de l’action humanitaire reposant sur des principes », lancé par l’Allemagne et la France il y a trois ans et qui compte désormais 53 signataires.

Monsieur le Président,

La lutte contre l’impunité pour les violations graves du DIH doit être une priorité pour tous.

L’UE utilisera tous les outils à sa disposition pour renforcer la reddition de comptes en cas de violations du DIH, notamment en soutenant les initiatives visant à faire en sorte que les auteurs de violations graves des droits de l’homme et du DIH, dont certaines peuvent s’apparenter à des crimes de guerre, aient à rendre des comptes.

L’UE soutiendra la collecte et l’analyse de données sur les violations du DIH, y compris les attaques contre le personnel et les infrastructures de santé.

Dans le prolongement de la série de discussions de l’année dernière sur la protection des personnels humanitaires et médicaux dans les conflits armés, et du Forum humanitaire européen, l’UE est également déterminée à soutenir des mesures concrètes visant à garantir la sûreté et la sécurité des personnels humanitaires.

La prise en compte des risques et des besoins en matière de protection des civils touchés par les conflits reste essentielle, notamment en ce qui concerne les violences sexuelles liées aux conflits, d’autant plus que les conflits armés se déroulent de plus en plus souvent dans des zones urbaines, exposant les civils et les infrastructures civiles à des risques importants.

Monsieur le Président,

Les enfants restent touchés de manière disproportionnée par les conflits armés, notamment par un taux croissant d’attaques contre les maternités, les hôpitaux pour enfants et les infrastructures éducatives, et par un niveau élevé de violences sexuelles. L’UE soutient fermement le mandat relatif aux Enfants dans les Conflits Armés et le Mécanisme de Surveillance et de Communication de l’Information (MRM), comme le montrent à la fois notre toute première stratégie européenne sur les droits de l’enfant et nos politiques et financements. L’UE appelle tous les États membres à mettre en œuvre la résolution 2601 du Conseil de sécurité afin de protéger les écoles contre les attaques et d’éviter l’utilisation militaire des écoles. Elle salue les efforts des États membres des Nations Unies qui ont endossé la Déclaration sur la Sécurité des Ecoles.

Nous réitérons notre engagement à placer les individus au centre de la réponse humanitaire. Les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap sont touchés de manière disproportionnée par les catastrophes et les conflits.

L’UE reste déterminée, conformément à la résolution 2475 du Conseil de sécurité, à faire en sorte que les personnes en situation de handicap touchées par les conflits aient accès à des services adaptés et à une aide humanitaire sans entrave.

Toutes les opérations humanitaires doivent tenir compte des besoins et des capacités de chacun. Cela inclut l’assistance aux femmes et aux filles en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les actions visant à prévenir, atténuer et répondre à la violence sexiste.

Monsieur le Président,

Les conflits restent le principal moteur de la faim ; auxquels s’ajoutent les effets du changement climatique et de la récession économique, notamment les conséquences de la pandémie de COVID-19. Les derniers chiffres étant d’une ampleur et d’une gravité sans précédent, l’insécurité alimentaire et la malnutrition constituent un grave sujet de préoccupation.

L’UE et ses États membres demandent que davantage d’efforts soient déployés pour lutter contre la faim dans les conflits armés, conformément à la résolution 2417 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui condamne notamment le recours à la famine de la population civile comme méthode de guerre.

L’agression russe contre l’Ukraine a des implications mondiales dramatiques. Non seulement nous constatons une augmentation alarmante du nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë mais aussi, d’ici la fin de l’année 2022, des millions de personnes pourraient être poussées vers la pauvreté et la faim. 2022 pourrait donc devenir l’année la plus marquée par l’insécurité alimentaire au niveau mondial. Soyons clairs : la cause profonde de l’accélération de la flambée des prix des denrées alimentaires et des pénuries d’engrais, qui menacent de déstabiliser des sociétés fragiles, reste l’agression militaire non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine.

L’UE soutient pleinement l’initiative du Secrétaire général des Nations Unies visant à créer un Groupe Mondial de Réaction aux Crises. Nous appelons à une forte coordination des efforts internationaux pour faire face à cette crise, tels que l’Alliance mondiale pour la sécurité alimentaire et la Mission de résilience pour l’alimentation et l’agriculture.

Nous nous félicitons également de l’augmentation des allocations pour l’aide alimentaire humanitaire annoncée par les principaux donateurs mondiaux, y compris l’UE et ses États membres. Nous avons proposé une réponse globale à la sécurité alimentaire mondiale dans le cadre d’une approche « Team Europe ».

Monsieur le Président,

À l’heure actuelle, plus de 100 millions de personnes dans le monde ont été déplacées de force - un bilan tragique qui témoigne de l’incapacité collective de la communauté internationale à prévenir et à résoudre les conflits. Les réfugiés, les déplacés internes, les migrants et les apatrides sont parmi ceux qui ressentent également les effets de cette crise et qui risquent d’être laissés pour compte.

L’UE soutient le Secrétaire général dans ses efforts pour élaborer un projet de Programme d’action sur les déplacements internes, et attend de ce document qu’il contribue à trouver des solutions ambitieuses et à susciter la volonté politique nécessaire à une réponse plus globale à ce défi mondial.

Monsieur le Président,

L’UE reste particulièrement préoccupée par les conséquences du changement climatique. Nous appelons les acteurs humanitaires à adapter leurs stratégies de réponse aux réalités du changement climatique. L’UE salue la Charte sur le climat et l’environnement pour les organisations humanitaires élaborée par la FICR et le CICR et a signé la Déclaration des donateurs humanitaires sur le climat et l’environnement. En outre, nous sommes déterminés à réduire l’empreinte environnementale des opérations humanitaires financées par l’UE.

Nous avons défini une approche ambitieuse pour atteindre cet objectif et nous espérons que d’autres se joindront à nos efforts.

Monsieur le Président,

Les besoins humanitaires atteignent un niveau sans précédent alors que la base des donateurs mondiaux reste étonnamment étroite. Les 10 premiers donateurs mondiaux contribuent actuellement à 80 % du financement humanitaire. Cette situation est insoutenable au vu des contraintes budgétaires et, plus important encore, elle ne permet pas de répondre aux besoins humanitaires croissants. Nous appelons les donateurs à augmenter leur financement et leur soutien au système humanitaire coordonné par les Nations Unies.

Le cadre stratégique de la réponse de l’UE, centré sur le respect du droit international humanitaire et des principes humanitaires, la sauvegarde de l’espace humanitaire, notamment l’accès sûr, rapide et sans entrave aux personnes dans le besoin, et la protection des civils dans les situations de conflit et de catastrophe, reste inchangé.

Il n’est pas impossible de revenir sur la bonne voie. Il faut être déterminé à améliorer les résultats et à œuvrer pour une plus grande efficacité de la réponse humanitaire internationale, notamment en rendant l’aide humanitaire plus écologique. Il faut investir dans des mesures visant à améliorer la préparation, la réduction des risques et l’anticipation, notamment au niveau local et dans les contextes de déplacement. Il faut un effort concerté et une action collective, dans l’esprit d’un multilatéralisme efficace et de la nécessité de mieux reconstruire, et il faut une approche collaborative et cohérente avec les partenaires du développement et les communautés, ainsi qu’avec les acteurs de la paix - dans l’esprit du lien entre Humanitaire-Développement-Paix.

Ce n’est que grâce à des synergies et à une coopération solide que les besoins à court et à long terme des personnes vulnérables pourront être traités de manière efficace et efficiente, et que la tendance à l’augmentation constante des besoins pourra être inversée.

L’UE et ses États membres restent engagés et prêts à assumer leur part de responsabilité. Nous comptons sur le reste de la communauté internationale pour maintenir le cap et s’engager dans cette entreprise commune, et sur les organisations humanitaires pour accroître leur coopération en vue d’une réponse véritablement collective.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 21/06/2022

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