Accompagner l’émergence de la solution à deux États entre Israël et l’État palestinien [en]

Moyen-Orient
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 28 octobre 2019

Madame la Présidente,

La France, de même que l’Union européenne, apporte son soutien indéfectible à la solution des deux Etats.

Nous continuons de défendre cette position non seulement parce qu’elle est juste et conforme au droit international, mais également parce qu’elle est réaliste. Elle constitue la seule voie à même de répondre aux aspirations des Israéliens et des Palestiniens et, in fine, d’apporter une paix durable à la région. Elle doit permettre la création d’un État palestinien de plein exercice, vivant dans la paix et la sécurité aux côtés de l’État d’Israël, au sein de frontières sûres et internationalement reconnues tracées sur la base des lignes de 1967, et avec Jérusalem pour capitale des deux États.

Pour sa part, la France continuera, comme elle l’a toujours fait, à défendre la création d’un État palestinien. Elle continuera aussi, comme elle l’a toujours fait, à s’opposer à tous ceux qui s’en prennent à la sécurité, voir à l’existence même d’Israël.

On le constate chaque jour, l’absence de perspectives politiques alimente le désespoir, la radicalisation sous toutes ses formes et les risques d’une déstabilisation régionale. Les parties doivent donc s’abstenir de toute mesure contraire au droit international qui mettrait en danger la viabilité de la solution des deux Etats.

Forte de ces convictions, la communauté internationale, et en particulier ce Conseil, a défini et entériné cette solution des deux Etats. Toutes les résolutions de ce Conseil demeurent valides et pertinentes, de la 242 et la 338 jusqu’à la résolution 2334 sur la colonisation, en passant par la résolution 1515 adoptée en 2003, à l’unanimité de ce Conseil et qui entérine la solution des deux États. La jurisprudence de ce Conseil est un tout, ce n’est pas un menu à la carte.

A l’heure où la perspective de la solution des deux Etats pourrait sembler s’éloigner, il est plus important que jamais de rappeler aux parties qu’il n’existe pas d’alternative viable : tout plan de paix visant à s’en éloigner est illusoire, les aspirations d’un peuple ne pouvant se réaliser durablement au détriment des droits et des aspirations de l’autre peuple. Le développement économique des territoires palestiniens occupés est une condition nécessaire, et c’est la raison pour laquelle la France et l’Union européenne soutiennent l’action du Comité de liaison ad hoc (AHLC). Mais elle n’est pas suffisante, et il n’y aura pas de paix sans réelle solution politique globale.

Il convient de regarder les derniers développements à l’aune de cet objectif collectivement défini de la solution des deux Etats.

La France salue l’annonce faite par le Président Abbas devant l’Assemblée générale sur la tenue d’élections générales. Afin que celles-ci soient plurielles et inclusives, il importe qu’elles se tiennent dans tous les Territoires palestiniens, y compris dans la bande de Gaza et à Jérusalem-Est. En tout état de cause, l’annonce du Président Abbas doit participer de la réconciliation inter-palestinienne, alors qu’elle constitue l’une des conditions pour parvenir à la paix. Je tiens à rappeler les efforts déployés par l’Egypte à cet égard.

L’arrangement trouvé début octobre entre Israël et l’Autorité palestinienne sur le transfert des revenus est également le bienvenu dans l’attente de la conclusion d’un accord global et durable.

Malgré cela, la situation sur le terrain continue de se dégrader et rend la paix plus difficile.

En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, la poursuite de la colonisation, illégale en droit international comme l’a réaffirmé la résolution 2334, attise les tensions et sape la viabilité de la solution des deux Etats. Les récentes déclarations sur la possible annexion de certaines zones de la Cisjordanie sont également très préoccupantes. Cela constituerait à n’en point douter une violation grave et sans précédent du droit international. Avec nos partenaires européens, nous continuerons de suivre la situation de près, notamment toute évolution vers une annexion, et nous agirons en conséquence.

A Gaza, malgré le maintien d’un calme précaire et le respect de la trêve depuis mi-septembre, la situation humanitaire reste catastrophique. Au-delà des réponses d’urgence, il n’y aura pas d’amélioration durable de la situation à Gaza sans une solution politique impliquant le retour de l’Autorité palestinienne et la levée du blocus, assortie de garanties de sécurité crédibles pour Israël. Nous appelons au respect du droit de manifester pacifiquement et à l’usage proportionné de la force.

Dans l’attente d’une paix durable, qui apporte une réponse juste à la question des réfugiés, notre soutien collectif à l’UNRWA reste primordial. Ce soutien est d’autant plus important à l’approche du renouvellement de son mandat pour trois ans cet automne par l’Assemblée générale.

En conclusion, Madame la Présidente, je souhaite redire que la France continuera d’œuvrer en faveur de la solution des deux Etats. Parce qu’elle est l’amie d’Israël comme des Palestiniens, elle se tient prête à les encourager à reprendre le dialogue. Depuis le printemps 2014, il n’y a plus de processus de paix, juste une annonce sans cesse repoussée d’initiatives qui ne viennent jamais. Le Conseil de sécurité a tout son rôle à jouer, à la fois en veillant à la mise en œuvre de ses résolutions passées et en accompagnant l’émergence d’une solution qui ne pourra venir que des parties elles-mêmes.

Je vous remercie.

Dernière modification : 29/10/2019

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