Soutenir l’Afghanistan sur le chemin de la paix [en]

Afghanistan
Intervention de Mme. Anne Gueguen, représentante permanente adjointe à la mission permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 19 juin 2019

Merci Monsieur le Président,

Permettez-moi à mon tour de remercier le Représentant spécial, M. Tadamichi Yamamoto, le docteur Sima Samar et l’Ambassadrice Adela-Raz pour leurs interventions très éclairantes, et pour leur engagement, dans leurs rôles respectifs, en faveur de la paix et en faveur des droits humains et du respect des libertés de tous les Afghans et de toutes les Afghanes.

La France s’associe également à la déclaration qui sera prononcée tout à l’heure au nom de l’Union européenne et je formulerai pour ma part trois observations.

1/- La première urgence, fondamentale, est de redoubler d’efforts pour la protection des civils, y compris du personnel humanitaire et médical, et de répondre aux besoins humanitaires. Le nombre de victimes, même s’il est en légère baisse par rapport à l’an dernier, est particulièrement préoccupant : avec 11 000 morts en 2018, l’Afghanistan est le pays en conflit qui compte le plus de victimes civiles. Le nombre d’attaques contre les personnels humanitaires a augmenté de plus de 150% en un an. Les écoles sont également des cibles. C’est inacceptable. Il est impératif que toutes les parties au conflit respectent leurs obligations au titre du droit international humanitaire et la France salue l’action de la MANUA en soutien aux autorités afghanes pour limiter le nombre de victimes civiles et réduire l’impact des opérations sur les civils et leurs infrastructures. La France salue les lois et les plans d’action adoptés pour protéger les enfants, qui doivent être pleinement mis en œuvre et permettre une protection contre les six violations graves. Il en va ainsi de même, qui plus largement, s’agissant des lois visant à protéger les femmes et les enfants contre les violences, notamment sexuelles. Il est essentiel que les capacités de la justice soient encore renforcées en ce sens.

Comme le Secrétaire général le demande dans son rapport, nous devons répondre aux besoins humanitaires croissants des 6.3 millions d’Afghans dans le besoin et garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave sur l’ensemble du territoire.

2/- Deuxièmement, notre priorité reste, plus que jamais, de faire aboutir les efforts pour atteindre une paix négociée et durable en Afghanistan. Je tiens à saluer le travail mené par plusieurs partenaires, notamment les Etats-Unis, le Qatar et l’Allemagne, qui ont engagé des discussions avec les taliban dans le but de les amener à des pourparlers de paix avec le gouvernement afghan. La France appelle les talibans à démontrer sans attendre et de manière concrète leur engagement pour la paix en acceptant des pourparlers directs avec le gouvernement afghan et en déclarant un cessez-le-feu.

Comme l’a rappelé le Représentant spécial, le processus de paix devra être inclusif, conduit par les Afghans et pour les Afghans. Il est à cet égard essentiel que des femmes participent de manière directe et significative aux discussions de paix, et ce, à tous les niveaux de la prise de décision. La préservation et le renforcement des acquis en matière de justice, d’Etat de droit, et de respect des droits et des libertés doit rester une priorité absolue. Je pense en particulier au respect des droits des femmes et au respect des libertés fondamentales, en particulier les libertés d’opinion et d’expression, ainsi qu’à la protection des journalistes. Le sacrifice de ces acquis pourrait remettre en cause les soutiens internationaux, y compris financiers, au processus en cours.

3/- Enfin, la troisième priorité est d’assurer la tenue et le bon déroulement des élections présidentielles du 28 septembre qui devront être libres, transparentes et inclusives. Les faiblesses identifiées lors des scrutins précédents doivent être corrigées et les efforts de préparation intensifiés. La Commission électorale indépendante doit continuer à œuvrer pour permettre la participation la plus large possible de la population aux élections, notamment celle des femmes en tant que candidates et en tant qu’électrices.

Compte-tenu du niveau de menace élevé, y compris à Kaboul, la sécurisation du scrutin sera également un élément déterminant et nous renouvelons notre plein soutien aux forces de sécurité afghanes, dont les efforts ont été remarqués lors des élections législatives.

Monsieur le Président,

Permettez-moi, pour conclure, de rappeler le rôle essentiel des Nations unies pour continuer à accompagner l’Afghanistan. Je souhaite à cet égard saluer le travail remarquable effectué par la MANUA et par les différentes agences des Nations unies en Afghanistan dans un contexte sécuritaire que nous savons particulièrement difficile. Alors que nous examinerons prochainement à nouveau le mandat de la mission, nous ne devons pas perdre de vue le travail indispensable qu’elle effectue au quotidien. Il est impératif que la communauté internationale et en particulier le Conseil de sécurité demeurent unis pour soutenir la trajectoire de l’Afghanistan vers la paix, la démocratie et le développement économique et social.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/06/2019

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