Afghanistan:pas de paix durable sans une participation des femmes au processus de paix [en]

Afghanistan
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la mission permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 8 mars 2018

Madame la Présidente,

Permettez-moi de remercier tout d’abord chaleureusement l’ensemble des intervenants, et plus particulièrement Mesdames Sarabi et Safi, pour leurs exposés très éclairants. Je remercie les Pays-Bas d’avoir pris l’initiative d’organiser cet important débat le 8 mars, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, qui se célèbre aussi en français comme l’Ambassadeur Vassilenko vient de le démontrer brillamment. Le pays de Simone de Beauvoir, Marie Curie et Simone Veil, mon pays, prend cette journée très au sérieux. Le Président Macron a fait de la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause du quinquennat.

Je formulerai aujourd’hui quatre observations s’agissant de la situation en Afghanistan.

1/- Ma première remarque porte sur la fragilité de la situation sécuritaire que Madame Safi nous a rappelé et qui est illustrée notamment par les récentes attaques terroristes qui ont touché Kaboul et Jalalabad, et son impact sur la population afghane. La France condamne fermement ces attaques terroristes qui ont une nouvelle fois visé la population civile et en particulier les femmes et les enfants. Nous réitérons toute notre sympathie et notre soutien aux victimes de cette violence lâche et odieuse et à leurs familles. Comme le souligne le rapport trimestriel du Secrétaire général, le niveau de violence s’est accru en Afghanistan ces derniers mois en raison de la menace persistante posée par les taliban et de la présence accrue de Daech, que le Représentant spécial Monsieur Yamamoto a évoqué tout à l’heure. La France appelle à la protection des civils par toutes les parties et salue les efforts des autorités afghanes en ce sens ainsi que la détermination des forces de sécurité afghanes dans leur combat contre le terrorisme. La France salue également les engagements qui ont été pris à Kaboul le 28 février par l’ensemble des pays voisins de l’Afghanistan, ainsi que par les autres partenaires internationaux, pour une coopération accrue avec les autorités afghanes afin de combattre la double menace du terrorisme et de la criminalité organisée transnationale. Les efforts continus du gouvernement afghan et de ses partenaires internationaux contre le trafic de stupéfiants méritent en particulier d’être soulignés. Ils doivent encore être renforcés, y compris dans le cadre de l’initiative du Pacte de Paris.

Madame la Présidente,

Les femmes meurent de la violence terroriste en Afghanistan mais elles sont également victimes d’autres violences liées au conflit afghan. La France condamne notamment les exécutions de femmes décrétées par les cours talibanes et les nombreux cas de violences sexuelles – plus de 170 cas vérifiés pour l’année 2017. Nous saluons le lancement par le gouvernement afghan d’un plan d’action pour éliminer les mariages précoces pour la période 2017-2021 dont nous espérons qu’il permettra de mettre fin à cette pratique malheureusement généralisée.

2/- Ma deuxième remarque porte sur les efforts en cours pour rechercher une solution politique durable au conflit en Afghanistan. Depuis notre dernier débat en décembre, des progrès ont été enregistrés vers un processus de paix piloté par les Afghans. La proposition de pourparlers de paix inconditionnels qui a été faite par le président Ashraf Ghani aux taliban à l’occasion de la deuxième conférence du processus de Kaboul le 28 février est une évolution positive. Aux côtés des pays et organisations internationales qui participent au processus de Kaboul, la France soutient cette offre de paix, qui propose aux taliban une reconnaissance en tant que force politique. Nous rappelons, dans le même temps, notre exigence que les taliban renoncent à toute violence. La France salue les efforts entrepris par les autorités afghanes pour établir un large consensus national soutenant l’offre de paix. Elle les encourage à poursuivre dans cette voie, notamment en favorisant la cohésion du Gouvernement d’unité nationale, en combattant les tentations de repli communautaire ou ethnique et en garantissant une participation active des femmes à tous les niveaux de décision.

Sur ce dernier point, des avancées significatives méritent d’être relevées, avec notamment la hausse du nombre de femmes au sein du Haut Conseil pour la paix, comme cela a été évoqué aujourd’hui par Madame Sarabi. La mise en œuvre progressive du plan national d’action pour l’agenda « femmes, paix et sécurité » est à cet égard essentielle. Il faut désormais faire un saut qualitatif et s’assurer que les femmes afghanes participent pleinement à l’ensemble des processus de décision ; ce qui devrait commencer par exemple par une plus forte participation au Secrétariat conjoint du Haut Conseil, où il n’y a que trois femmes présentes. Il n’y aura pas de paix durable sans une participation active et effective des femmes afghanes au processus. Celles-ci doivent faire partie intégrante du consensus national forgé lors de la 2e conférence de Kaboul.

Enfin, la France incite tous les partenaires de l’Afghanistan, notamment les pays voisins, à appuyer et à faciliter ce processus de paix inclusif. Le Conseil de sécurité doit lui aussi se tenir à disposition pour soutenir ce processus.

Madame la Présidente,

3/- Ma troisième remarque porte sur les élections, qui constituent l’autre grande priorité pour l’Afghanistan en 2018 et 2019. Si des progrès ont été enregistrés dans le cadre de la réforme électorale et dans les préparatifs pilotés par la Commission électorale indépendante, le chemin à parcourir reste long. La France encourage le gouvernement afghan à poursuivre ses efforts pour remplir cette responsabilité, avec le soutien de la MANUA et de ses partenaires internationaux, afin de garantir la tenue d’élections parlementaires et locales libres, transparentes et inclusives avant la fin de l’année.

Dans cette perspective, comme la résolution que nous venons d’adopter le souligne, il est essentiel que les femmes puissent participer pleinement aux processus électoraux, en tant qu’électrices et en tant que candidates. Ceci implique des efforts renouvelés pour les aider à prendre conscience de l’importance de chaque vote, y compris par le biais de campagnes de sensibilisation. Une telle participation exige également de protéger et d’accompagner les femmes qui ont décidé de se présenter en tant que candidates et d’encourager celles qui n’auraient pas encore osé le faire à suivre cette voie. En ce 8 mars, nous formons aussi le vœu que le volontarisme des autorités afghanes pour donner aux femmes leur juste place se traduise par un accès parfaitement égal à l’éducation.

Madame la Présidente,

4/- Ma quatrième et dernière remarque porte sur l’importance du soutien international, et en particulier de la MANUA, à l’Afghanistan. Après la visite de ce Conseil à Kaboul en janvier, l’adoption [à l’unanimité] de la résolution [2405] renouvelant le mandat de la Mission est une nouvelle illustration du soutien indéfectible de la communauté internationale à l’Afghanistan. En endossant les recommandations de la revue stratégique menée à l’été 2017, cette résolution permet à la MANUA de se recentrer sur ses missions essentielles, en soutien des efforts de paix et de préparation des élections. Je tiens ici à saluer le travail remarquable, Madame la Présidente, effectué par votre délégation dans la conduite des négociations et vous féliciter de cet excellent résultat. Je salue, enfin, la décision du Secrétaire général d’accueillir la prochaine conférence ministérielle à Genève en novembre prochain, deux ans après la conférence des donateurs de Bruxelles. Elle témoignera, encore une fois, de notre engagement collectif et durable à la paix, à la sécurité et au développement en Afghanistan. Permettez-moi, pour conclure, de réitérer le plein soutien de la France au gouvernement afghan dans la recherche d’une paix durable pour toutes les Afghanes et tous les Afghans, ainsi qu’aux personnels des Nations unies qui travaillent dans des conditions particulièrement difficiles.

Je vous remercie.

Dernière modification : 09/03/2018

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