Agenda environnemental et social : la grande convergence

HLPF
Intervention de M. Rémy Rioux, Directeur général de l’Agence française de développement
17 juillet 2019

Je suis très heureux, très honoré d’être parmi vous ce matin. Merci à l’Union européenne, merci à l’Espagne, merci au Mexique pour cette organisation. Merci à la France, bien sûr, à toute l’équipe de l’Ambassadeur de Rivière ici à New York. Je salue Thomas Lesueur, le commissaire général au développement durable, qui a un rôle essentiel dans la transformation de notre propre pays. Je salue aussi la délégation française, Monsieur le Président de la commission du développement durable du Sénat, c’est le Sénateur Hervé Maurey, et tous les représentants du Parlement français qui sont présents dans la salle et dont nous savons tous l’engagement derrière l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris.

Après Jeff Sachs, après le commissaire Mimica, je prends la parole au nom des institutions publiques de financement du développement. Je suis le Directeur général de l’Agence française de développement, mais je suis aussi le Chairman de l’International Development Finance Club (IDFC). J’en dirai un mot après, mais je ne suis pas le seul dans la salle puisque deux de mes collègues sont avec moi, Patrick Dlamini, le CEO de la DBSA, qui est la Banque de développement de l’Afrique du Sud, et Ayman Seijiny, qui est le CEO de the Islamic Corporation for the Development, la branche secteur privé de la Banque islamique de développement. Bien sûr, toutes nos institutions sont en pleine réflexion stratégique et dans l’action pour répondre et trouver les conciliations nécessaires entre la lutte contre les inégalités et la lutte contre le changement climatique pour concilier l’agenda social et l’agenda environnemental, et les messages politiques, académiques, ceux de la société civile bien sûr, que nous recevons, sont absolument essentiels pour orienter nos interventions, et je tiens bien sûr à souligner, comme Jeff Sachs, la détermination de l’Union européenne et l’engagement de la présidence française du G7, depuis de longs mois, pour trouver ces compromis, ces synergies, entre agenda social et environnemental. Les ministres de l’Environnement du G7 se sont réunis, les ministres des Affaires étrangères, les ministres en charge de l’Egalité entre les femmes et les hommes, les ministres de la Santé, les ministres de l’Education, les ministres du Développement, très important, Bruno Le Maire réunit aujourd’hui et demain les ministres des Finances à Chantilly et tous préparent le Sommet mondial du 24 au 26 août prochain, dans un travail très intense pour imaginer la stratégie et les solutions concrètes vers cette convergence de l’Agenda 2030.

Ce dont nous avons besoin comme institution de développement, c’est plusieurs choses. Nous avons besoin bien sûr que nos mandat, que nos procédures internes, qui sont définis par nos gouvernements, qui sont nos actionnaires, soient renforcés, soient alignés sur l’Accord de Paris, sur les Objectifs de développement durable, sur ce grand objectif de neutralité carbone à horizon 2050.

Nous avons besoin aussi qu’un cadre et des incitations nouvelles soient définis dans le domaine financier. L’aide publique au développement est absolument cruciale évidemment, elle doit augmenter pour financer ce que personne ne finance, mais nous avons besoin d’un cadre d’incitation plus vaste pour mobiliser le secteur privé, pour aller avant, après, à côté du marché, vers des transitions. Le TOSSD, qui est en discussion, est évidemment un cadre utile dans cette perspective, comme tous les travaux qui ont été lancés à l’OCDE, au PNUD et aussi au sein de l’Union européenne sur de nouvelles taxinomies, sur l’orientation des flux privés vers les bons investissements.

Nous avons besoin aussi d’incitations vers de nouvelles coalitions, de nouveaux partenariats, c’est l’ODD 17, bien sûr, qui efface peut-être les frontières traditionnelles, et qui nous engage tous vers l’action climatique. Je tiens ici à souligner le rôle essentiel du fond vert pour le climat, dont la reconstitution est une étape essentielle d’ici à la fin du mois d’octobre, mais dont le rôle dans l’architecture internationale du financement du développement durable va bien au-delà de ses financements eux-mêmes en raison de sa capacité unique à créer du lien entre acteurs, au service de ces priorités internationales.

Nous sommes dans un moment de grande convergence. Je voyais mon collègue britannique du DFID hier qui met désormais la lutte contre les changements climatiques au même rang de priorité, pour l’aide britannique, que la lutte contre la pauvreté et contre les inégalités. C’est une évolution stratégique absolument essentielle dans le monde du financement du développement. Que nous partions de la lutte contre la pauvreté ou que nous partions de la lutte contre le changement climatique, que nous partions des prêts ou que nous partions des dons, les instruments du financement du développement sont en train de converger au service de l’Agenda 2030 des Nations unies.

Je termine, d’un mot, pour dire que l’Agence française de développement veut être un acteur très clair et très fort dans ce combat au sein d’un système européen de financement du développement. Notre stratégie c’est d’être à la fois « 100% Accord de Paris », pour dire notre alignement sur le climat, et puis, en même temps, « 100% lien social ». Nous avons développé des procédures d’avis développement durable au sein de l’Agence française de développement, indépendantes des opérations, pour vérifier que tous nos projets respectent ces deux critères, et puis, bien sûr, à la demande du gouvernement français, nous sommes en train d’augmenter fortement notre capacité financière, qui est passée de 8 milliards d’euros par an au moment de la COP21 à 14 milliards d’euros cette année, avec une part de dons accrue, ce qui est essentiel pour les secteurs sociaux comme pour l’adaptation au changement climatique.

Je termine bien sûr par l’International Development Finance Club (IDFC). IDFC c’est ce club unique, qui a maintenant huit ans d’âge, qui rassemble les vingt-cinq plus grandes banques nationales et régionales de développement du monde entier, l’essentiel, le plus grand nombre d’entre elles, des banques des pays en développement des pays émergents. Nous avons décidé de nous aligner sur l’Accord de Paris spécifiquement. Nous servons les objectifs de développement durable. La capacité financière du club totale est de 850 milliards de dollars par an d’argent public, plus long, moins cher, avec cette capacité unique de mobiliser nos propres pays, de parler avec les collectivités locales, avec le secteur privé, avec la société civile, avec les gouvernements de nos, pour accélérer les transitions. Sur ces 850 milliards de dollars, 200 sont déjà de la finance climat selon des normes internationales retenues en 2015 et nos bilans, notre capacité financière, évidemment est à votre disposition. IDFC est, je crois, le symbole plus large de l’architecture que nous avons à construire entre institutions financières publiques du développement. Nous ne sommes pas subsidiaires. Nous sommes je crois essentiels à un moment où nous avons besoin de finance directement orientée vers le climat et vers les objectifs de développement durable, non pas contre le marché mais avec le marché, à côté du marché, avant le marché, à côté du marché, dans le marché pour accélérer les transitions. Le Consensus de Washington avait un petit peu oublié tous ces instruments publics. Nous étions à Pékin il y a un mois ; l’Université de Pékin développe une base de données sur les institutions publiques de financement du développement durable. Ils en ont dénombré 550 qui sont là, qui attendent d’être reconnues, qui attendent d’être orientées ! Au total ça fait probablement 1,5 trillion de dollars d’argent public à votre disposition pour aller plus loin. Pour le climat et les Objectifs de Développement Durable.

Merci à tous.

Dernière modification : 22/10/2019

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