Agir face à la catastrophe humanitaire du Nord-Ouest syrien [en]

Syrie humanitaire
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 30 juillet 2019

Merci Monsieur le Président,

Je tiens à remercier Mark Lowcock et je salue le travail remarquable de ses équipes pour répondre à l’urgence humanitaire en Syrie. Je souhaite également remercier la directrice de « Physicians for Human Rights » pour sa présentation et pour l’engagement des personnels humanitaires et médicaux sur le terrain. Le constat dressé par nos deux intervenants est sans appel. C’est une catastrophe humanitaire qui se joue dans le Nord-Ouest syrien. Les vies de plus de trois millions de civils, dont un million d’enfants, sont en jeu.

Au-delà de la réponse à l’urgence, nous devons plus que jamais concentrer nos efforts sur trois priorités.

1/ La première, c’est la restauration du cessez-le-feu à Idlib. Il s’agit d’un impératif absolu.

La France condamne avec la plus grande fermeté les frappes qui continuent à viser de manière indiscriminée les civils et les infrastructures civiles et humanitaires.

Nous appelons les signataires de l’accord de cessez-le-feu, la Russie et la Turquie, à tenir leurs engagements et à assurer sa mise en œuvre effective dans le Nord-Ouest syrien en vue d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale, conformément à la résolution 2254. La Russie doit exercer les pressions nécessaires sur le régime afin d’éviter la poursuite des violences, dont les premières victimes sont les civils. La lutte contre les groupes terroristes listés par les Nations unies est nécessaire. Mais en aucun cas elle ne saurait servir de prétexte à des bombardements indiscriminés. Ceux-ci ne font qu’accroître le risque terroriste et notamment celui de la dispersion des djihadistes.

Par ailleurs, je le répète, la France se montrera d’une extrême fermeté et se tient prête à réagir en cas de nouvel usage avéré d’armes chimiques.

2/ Le respect du droit international humanitaire s’impose à tous et n’est pas négociable, c’est la deuxième priorité.

Les parties au conflit doivent prendre leurs responsabilités pour protéger les populations civiles, en particulier les plus vulnérables et les personnels humanitaires et médicaux. Le ciblage d’infrastructures civiles et humanitaires, telles que les hôpitaux et les écoles, y compris celles ayant fait l’objet d’une « déconfliction », est une violation inacceptable du droit international humanitaire. Nous appelons les Nations unies à mener une enquête sur ces incidents. Les attaques délibérée contre les infrastructures civiles sont constitutives de crimes de guerre. Elles ne sauraient rester impunies.

Il faut garantir un accès humanitaire immédiat, sûr, complet, durable et sans entraves à l’ensemble du territoire syrien. C’est la responsabilité première du régime. L’aide humanitaire doit pouvoir parvenir en priorité aux populations qui en ont le plus besoin, femmes, enfants, déplacés et réfugiés. Il est urgent qu’un nouveau convoi d’aide puisse être immédiatement déployé dans le camp de Rukban. Nous appelons ceux qui en ont les moyens à exercer les pressions nécessaires sur le régime pour qu’il garantisse cet accès dans l’ensemble des zones sous son contrôle, en particulier dans les territoires qu’il a reconquis en 2018, au Sud-Ouest et dans la Ghouta orientale.

Les conclusions du rapport de Human Rights Watch, qui documente l’obstruction et les pratiques prédatrices du régime en matière d’aide humanitaire, doivent nous faire réagir. Il est indispensable que l’acheminement de l’aide humanitaire ne soit pas arbitrairement entravé dès lors que celle-ci est fournie dans le respect des principes de neutralité, d’indépendance, d’humanité et d’impartialité : là encore, les soutiens du régime ont une responsabilité particulière.

3/ La troisième priorité est le lancement d’un processus politique durable sous l’égide des Nations unies sur la base de tous les éléments de la résolution 2254. Il est essentiel que ce Conseil soit uni dans cet objectif.

Nous soutenons pleinement les efforts de l’Envoyé spécial en ce sens. Nous saluons la poursuite de ses efforts et réitérons notre appel à ce que des progrès rapides puissent être faits. Nous souhaitons que le paquet constitutionnel soit crédible et équilibré, tant dans la composition du comité que dans ses règles de procédure.

Il appartient à l’Envoyé spécial et à lui seul d’annoncer la formation du comité et de le réunir à Genève. En cas de maintien du blocage du régime, il reviendra à l’envoyé spécial de nous dire quand il estimera avoir épuisé toutes les voies possibles pour parvenir à un accord. Il sera alors de la responsabilité de ce Conseil d’en tirer toutes les conséquences.

En parallèle, nous devons dès maintenant commencer à préparer la tenue d’élections libres et transparentes, sous la supervision des Nations unies et auxquelles l’ensemble des Syriens, y compris les réfugiés, participeront, conformément à la résolution 2254. Pour sortir de la tragédie syrienne, il est essentiel de redonner aux Syriens la possibilité de s’exprimer librement sur l’avenir de leur pays. Ce travail doit aller de pair avec la définition de mesures de confiance susceptibles de contribuer à la mise en place d’un environnement neutre et sûr.

Sans progrès sur ces points essentiels, il n’y a pas de raison que la France et ses partenaires fassent évoluer leurs positions sur la reconstruction, la levée des sanctions et la normalisation.

Le régime et ses soutiens continuent à détruire les infrastructures, notamment médicales et scolaires et ils en appellent d’ors et déjà à la communauté internationale pour financer la reconstruction de ce qu’ils sont en train de détruire. C’est complètement exclu. Il n’y aura pas de solution militaire à la crise syrienne.

Je vous remercie.

Dernière modification : 30/07/2019

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