Approches régionales de la consolidation de la paix

Approches régionales de la consolidation de la paix : Sahel, bassin du lac Tchad et Union du fleuve Mano
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Session annuelle de la Commission de consolidation de la paix - 4 décembre 2019

Monsieur le Président,

Comme l’Ambassadeur du Mali l’a très éloquemment rappelé, le constat que nous faisons aujourd’hui de la fragilité du Sahel et du bassin du lac Tchad est largement partagé. Nous connaissons les facteurs qui contribuent à cette fragilité et qui favorisent le développement des violences intercommunautaires et du terrorisme. J’en citerai trois : une mise en valeur des espaces qui ne profite pas aux populations ; le désengagement de l’État et le manque de services publics ; enfin, l’impact du changement climatique.

Face à ce constat, seules des stratégies politiques qui allient sécurité et développement peuvent répondre aux enjeux. La France en est pleinement convaincue. Nous avons donc une responsabilité collective d’appuyer les États d’Afrique de l’Ouest dans la mise en œuvre de stratégies globales, dans la logique de l’agenda 2030, comme la présidente de l’ECOSOC l’a très bien expliqué tout à l’heure. Seuls les Etats et les sociétés concernés sont en mesure d’apporter une solution durable à leurs défis, et personne ne pourra se substituer à eux. Nous devons nous inscrire dans une logique de responsabilisation des acteurs. C’est essentiel.

Pour cela, notre responsabilité à tous est d’aider les Etats à réinvestir les ressources naturelles des régions reculées, d’y développer ou redévelopper une présence légitime, avec des services publics efficaces. Je pense notamment aux écoles, mais aussi à l’administration judiciaire. Il faut également encourager le développement de mécanismes de prévention et de résolution pacifique des différends.

La nature transfrontalière des enjeux plaide aussi pour une approche régionale renforcée, dont M. Ibn Chambas et Loucény Fall nous ont parlé tout à l’heure. La France salue à cet égard la décision de la CEDEAO de consacrer 1 milliard de dollars à la lutte contre le terrorisme. Dans cette même logique, le Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel, le P3S, qui est une initiative franco-allemande, a vocation à conforter le rôle du G5 Sahel, tout en élargissant l’approche aux pays de la CEDEAO, et à des secteurs tels que la sécurité intérieure et la justice.

L’intensité des enjeux plaide, enfin, pour un investissement accru des partenaires internationaux qui doivent être bien articulés et coordonnés entre eux. La Commission de consolidation de la paix doit, à notre sens, poursuivre ses travaux sur le Sahel, en cherchant la complémentarité avec les initiatives existantes et en renforçant son message en faveur d’une approche intégrée. La proposition de configuration région qui été faite par les Ambassadeurs du Kenya et du Portugal me semble à cet égard très pertinente et je la soutiens. Les Bureaux des Nations unies sont également des outils précieux. La France soutient le renouvellement et le renforcement du mandat du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Le Représentant spécial doit pouvoir intensifier son rôle de prévention et de bons offices en vue de plusieurs élections en Afrique de l’Ouest notamment. Par exemple qu’en Guinée, il est important d’appeler au dialogue et à l’apaisement en vue des élections législatives, qui ont été annoncées pour février 2020. La France appelle également l’UNOWAS à favoriser la mise en œuvre de la stratégie intégrée des Nations unies pour le Sahel. Les projets doivent être aussi concrets que possible et avoir un impact rapide et visible sur le terrain. A cet égard, il faut aider à améliorer la gouvernance et à renforcer la capacité institutionnelle des Etats, leur capacité à distribuer les ressources de manière plus équitable et permettre un accès égal à tous au service public, avec une priorité claire aux enfants et aux jeunes. L’Alliance Sahel, qui fédère plusieurs partenaires, vise précisément à cela. Elle met en œuvre un portefeuille de projets de 9 milliards d’euros, auquel la France contribue à hauteur d’1,6 milliard d’euros. Il est également important que l’UNOWAS renforce son engagement sur le bassin du lac Tchad, et ceci en lien avec l’UNOCA.

Je vous remercie.

Dernière modification : 25/02/2020

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