Au Sahel, la situation se dégrade. Il est urgent d’agir

Mali
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 15 janvier 2020

M. le Président,

Je tiens d’abord à remercier le Secrétaire général adjoint pour sa présentation.
Six mois après l’adoption de la résolution 2480, notre réunion ce jour est l’occasion d’un bilan d’étape.

Je souhaite insister sur trois points.

Le premier porte sur la situation sécuritaire. Au Sahel, la donne a changé. Nous assistons désormais face à une extension géographique et à une mutation de la menace. Les groupes terroristes ne cessent de s’adapter. A défaut de pouvoir contrôler un territoire, ils veulent empêcher le retour de l’Etat. Si les populations civiles sont les premières victimes, les soldats sahéliens ont également accusé de lourdes pertes. Je salue la mémoire de ces victimes et de ces combattants.

Face à cette situation, la France a jugé qu’il était important et urgent de réagir. Elle a organisé lundi à Pau un Sommet avec les pays du G5 Sahel, auquel ont également participé le Secrétaire général, des représentants de l’Union européenne, de l’Union africaine et de l’Organisation internationale de la Francophonie. À l’issue de ce sommet, nous avons décidé ensemble de mettre en place une « coalition pour le Sahel ». L’objectif militaire, c’est d’affaiblir durablement les mouvements terroristes. L’objectif politique, c’est d’assurer le retour de l’Etat, dans toutes les régions du Sahel, aussi bien à Kidal que dans le nord du Burkina Faso.

La France invite l’ensemble des pays et organisations intéressés à rejoindre cette initiative. Elle sera organisée en quatre piliers : la lutte contre le terrorisme, le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité des pays du Sahel, l’appui au retour de l’État et le développement économique et social. Plusieurs actions que nous menons avec nos partenaires de l’Union européenne, en particulier l’Allemagne, s’inscrivent déjà dans ce cadre. Je pense notamment à l’Alliance Sahel mais aussi au Partenariat pour la stabilité et la sécurité au Sahel.

Il s’agit donc bien d’accroître notre soutien aux pays du G5 Sahel mais aussi de les encourager à réformer, en matière de sécurité, bien sûr, mais aussi de gouvernance et de droits de l’Homme. C’est à ces conditions que nous parviendrons à éradiquer le terrorisme. Cette coalition sera basée sur l’efficacité et les résultats. Les chefs d’Etat se retrouveront à Nouakchott en juin prochain pour faire un suivi précis de la mise en œuvre de la Coalition et du respect des engagements réciproques.

Mon second point concerne le processus de paix et la situation politique au Mali. Le dialogue national inclusif a constitué une étape importante. Le caractère constructif des échanges des mouvements signataires avec les autres participants sur l’accord de paix est un bon signal pour la suite. Il est positif que de nombreuses femmes aient participé à l’exercice. La mise en œuvre de l’accord de paix a connu certains progrès. Le redéploiement, au Nord, des premières unités de l’armée malienne reconstituée est en cours. Une première étape doit être le déploiement dans la ville de Kidal, d’où l’armée et l’administration malienne sont absentes depuis trop longtemps.

La France salue la tenue annoncée, le 19 janvier prochain, d’un comité de suivi de l’accord, alors que les travaux de cette instance étaient interrompus depuis août. Il faut profiter de ce contexte pour avancer sur les autres mesures attendues : achever le transfert de 30 pour cent des ressources de l’État aux autorités locales, mener un projet pilote de développement au Nord, ainsi que garantir la participation des femmes au processus. Sur tous ces aspects, le rôle de la MINUSMA demeurera crucial et il est indispensable qu’elle dispose des ressources nécessaires pour remplir ses missions.

L’accord d’Alger doit demeurer notre horizon. Il fournit le seul cadre pour une réconciliation durable entre les Maliens, qui est une condition impérative de la stabilisation du pays. Comme ce Conseil l’a énoncé à plusieurs reprises, ceux qui entravent sa mise en œuvre s’exposent à des sanctions.

M. le Président,

Je souhaite enfin revenir sur les critiques contre les partenaires internationaux, et notamment contre la MINUSMA. Celle-ci demeure une composante essentielle du dispositif international au Mali. Elle remplit des fonctions qu’aucun autre acteur n’est en mesure d’assurer, qu’il s’agisse de la protection des civils, du soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix ou encore de l’appui logistique à la Force conjointe du G5 Sahel. Le tribut qu’elle a payé est extrêmement lourd et je salue l’engagement des pays contributeurs de troupes et de leurs soldats.

Face à cette situation, il est important de mieux communiquer sur les actions respectives des différents acteurs internationaux au Mali. Pour autant, il est important aussi d’entendre les critiques et de voir comment améliorer les choses.
C’est en ce sens que la France salue le projet d’adaptation de la force de la MINUSMA. Il s’agit d’accroître la mobilité et la flexibilité de la force pour la rendre mieux à même de remplir son mandat et de protéger les civils. C’est une proposition ambitieuse mais elle est pertinente. La France encourage l’ensemble des membres de ce Conseil à la soutenir.

Je vous remercie.

Dernière modification : 22/01/2020

Haut de page