Biodiversité : Si 2020 est l’année de la prise de conscience, 2021 doit être celle de l’action [en]

75EME ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

SOMMET DES NATIONS UNIES SUR LA BIODIVERSITE

DISCOURS DE M. EMMANUEL MACRON,
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE

New York, le 30 septembre 2020

Mesdames et messieurs,
chers collègues,

L’année 2020 devait être la super année de la biodiversité au cours de laquelle notre nouveau cadre international d’action devait être défini. Elle sera, je l’espère, l’année de la prise de conscience et d’une véritable transformation. Devions-nous en passer par là ? Je ne sais pas, mais la crise de la Covid-19 a montré très clairement les conséquences désastreuses pour notre santé, notre prospérité, notre sécurité collective, de la destruction de la biodiversité, bien public mondial s’il en est.

Les scientifiques nous alertent depuis longtemps sur les risques d’apparition de nouvelles maladies infectieuses liées à la déforestation, au braconnage des espèces sauvages, en matérialisant les liens très étroits entre les santés humaine, animale et environnementale. Cette pandémie nous rappelle que la biodiversité est notre assurance vie. Lorsqu’elle est fragilisée, c’est notre sécurité sanitaire, notre sécurité économique qui sont en jeu.

La protection de la nature renvoie donc fondamentalement à une question éthique qui est celle de la protection de l’humain. Surtout, la protection de la biodiversité, c’est la protection de nos écosystèmes. Je ne crois pas à un droit du vivant qui serait supérieur à un droit de l’homme. Mais je ne crois pas à l’effectivité de la préservation des droits humains sans préservation des écosystèmes dans lesquels nous vivons. C’est pour moi le fondement philosophique et éthique de cette bataille pour la biodiversité.

C’est pourquoi cette nouvelle épreuve doit être l’occasion d’un sursaut collectif. Nous devons renforcer la lutte contre la criminalité environnementale. Nous devons mettre un terme définitif à toutes les activités illégales qui mettent en danger la nature, détruisent les écosystèmes, nourrissent la corruption, entravent le développement de l’État de droit et, in fine, remettent en cause le développement durable de l’humanité.

Mais cette crise doit aussi nous pousser à transformer en profondeur nos modèles de production, de commerce, de consommation car il est illusoire de penser que le développement des sociétés peut être fondé sur un modèle de production destructeur du vivant et donc, in fine, de notre santé et de notre prospérité à tous. C’est pourquoi nous devons être cohérents. Très précisément, si l’Union européenne n’a pas signé l’accord commercial avec le MERCOSUR, c’est parce qu’il risquait d’accroître la déforestation importée contre laquelle nous sommes déterminés à agir. Si la France veut développer une filière propre de production de protéines au niveau européen, c’est parce qu’aujourd’hui, le soja OGM nourrit la déforestation en Amazonie. Nous devons être cohérents sur l’ensemble de notre agenda. Alors, comment transformer nos modèles ? Les investissements publics doivent accompagner ces inflexions de trajectoire. Le plan de relance français consacrera ainsi plus d’un milliard d’euros à la biodiversité et à la lutte contre la dégradation des terres.

C’est aussi l’objectif de la stratégie biodiversité du Pacte vert européen, qui donne un cadre d’action commun à tous les États de l’Union pour enrayer la perte de la biodiversité au cours de la prochaine décennie. Car cette érosion accélérée de notre capital naturel affecte chacun de nos pays dans ses paysages, ses traditions, son agriculture. Parce qu’elle nous menace tous collectivement, nous devons nous retrouver de façon solidaire autour de la protection des océans comme des forêts du monde. La France a joué sa part et continuera de le faire via des initiatives concrètes, tel le partenariat TerrAmaz signé récemment par l’Agence française de développement, qui réconcilie et lutte contre la déforestation et développement en Amazonie. Cette collaboration montre qu’il n’y a pas lieu d’opposer bien public mondial et souveraineté territoriale, que préservation des écosystèmes et création de valeur économique vont de pair.

Si 2020 est l’année de la prise de conscience, 2021 doit être celle de l’action. Parce que nous devons agir sans attendre, j’ai décidé d’organiser en France, en janvier de l’année prochaine, un sommet One Planet pour soutenir et amplifier les actions de tous les acteurs, États, organisations internationales, société civile, entreprises qui s’engagent pour la protection de la biodiversité. La France se mobilisera en vue de l’adoption d’un nouveau cadre stratégique mondial ambitieux pour la protection de la biodiversité à la COP15 de Kunming. A l’image de l’accord de Paris pour le climat, nous souhaitons que cet accord soit assorti d’engagements chiffrés et mesurables, ainsi que d’un mécanisme de mise en œuvre et de redevabilité clair.

Dans cet esprit, la France s’est elle-même d’ores-et-déjà fixé des objectifs ambitieux en prenant la tête aux côtés du Costa-Rica, d’une coalition visant à protéger 30% des espaces terrestres et maritimes de notre planète au cours de la prochaine décennie, dont 10% en protection forte. J’invite tous les États à rejoindre cette coalition. Avant la COP 15, la France aura le plaisir d’accueillir en 2021 à Marseille le Congrès mondial de la nature de l’UICN, qui devra acter des orientations fortes. Alors que la fin de l’année 2021 sera marquée par les COP des trois conventions de Rio, nous devons saisir cette opportunité historique pour mobiliser la communauté internationale au plus haut niveau et délivrer pour la première fois un message d’ambition commun lors d’un événement unique en réponse aux trois défis que sont la crise climatique, la perte de la diversité biologique et la dégradation des terres. Seule une approche commune nous permettra de relever ensemble ces défis, tous liés et interdépendants. Vous pouvez compter, vous l’avez compris, sur la mobilisation de la France, mon implication personnelle et la cohérence de l’agenda que nous entendons conduire de la France à l’Europe jusqu’à l’international. Je vous remercie.

Dernière modification : 30/09/2020

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