Birmanie : l’action des autorités sur le terrain demeure insuffisante [en]

Birmanie
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 28 février 2019

Monsieur le Président,

Permettez-moi avant tout de remercier l’Envoyée spéciale du Secrétaire général, Mme Christine Schraner Burgener, pour sa présentation très éclairante ainsi que pour son engagement de tous les instants en vue de trouver notamment une solution durable à la crise dans l’Etat de l’Arakan. Je souhaite également saluer la présence parmi nous du Ministre des Affaires étrangère du Bangladesh.

La France reste très préoccupée par la situation des Rohingyas, qu’il s’agisse de ceux qui se trouvent encore dans l’Arakan ou des réfugiés vivant dans les camps au Bangladesh. En dépit de certaines annonces, qui constituent des premiers pas, l’action des autorités birmanes sur le terrain demeure clairement insuffisante. Pour la France, des progrès sont plus particulièrement attendus dans trois domaines prioritaires :

1/- La première priorité est le soutien humanitaire aux Rohingyas et personnes déplacées qui se trouvent encore dans l’Arakan et aux réfugiés dans les camps au Bangladesh. Les autorités birmanes doivent établir sans délai un accès humanitaire sûr, complet et sans entrave dans l’Etat de l’Arakan pour les Nations unies et l’ensemble des acteurs humanitaires. Si le regain de tensions observé début janvier à la suite des attaques menées par l’Arakan Army illustre certainement la complexité de la situation, il estimpératif de travailler aux moyens d’établir des accès humanitaires permanents afin de venir en aide aux populations qui se trouvent encore dans l’Etat de l’Arakan. Il faut permettre aux déplacés internes Rohingyas une pleine liberté de circulation et un accès entier et sans discrimination aux services de base. Ce sont des conditions indispensables pour un retour volontaire, sûr, digne et durable des réfugiés Rohingyas - conditions qui, pour l’heure, ne sont toujours pas réunies. Au Bangladesh, nous saluons la générosité exceptionnelle des autorités et de la population, ainsi que le travail remarquable effectué par les agences des Nations unies et les organisations humanitaires.

2/- La deuxième priorité demeure la lutte contre l’impunité. Nous n’avons à ce jour pas de garanties que la commission d’enquête sur les violations des droits de l’Homme (COI) créée l’été dernier est réellement en mesure de mener un travail d’enquête indépendant, crédible et impartial. C’est bien ce que nous appelons de nos vœux. Les conclusions de la mission d’établissement des faits exposées devant ce Conseil en octobre sont sans ambiguïté. Nous devons en tirer toutes les conséquences en coopérant pleinement avec la Cour Pénale Internationale et avec le Mécanisme d’enquête créé par le Conseil des droits de l’Homme. Les violations graves commises contre les civils, y compris les femmes et les enfants, ne peuvent rester impunies. Nous souhaitons à cet égard que la Représentante spéciale chargée de la lutte contre les violences sexuelles, Pramila Patten, puisse rendre compte prochainement au Conseil de sécurité de sa visite récente en Birmanie. Il est également essentiel que le groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés puisse adopter des conclusions sur la Birmanie, comme sur les autres situations qui figurent à l’agenda du Conseil de sécurité, et que les recommandations du Conseil soient suivies d’effets concrets en faveur des enfants et de la lutte contre l’impunité.

3/- Enfin, la troisième priorité concerne les recommandations de la Commission Annan, en particulier celles sur la citoyenneté et l’égalité des droits. En dépit de la mise en place d’un comité chargé de la mise en œuvre de ces recommandations, aucune amélioration tangible de la situation des communautés les plus vulnérables n’a été enregistrée. Les autorités birmanes doivent démontrer, par des mesures concrètes, leur volonté de restaurer la confiance entre les communautés et d’apporter une solution durable à la crise. Ces mesures devraient notamment porter sur l’accès effectif aux services publics, de soin, de santé et d’éducation pour toutes les personnes appartenant à la communauté Rohingya ainsi que sur la liberté de circulation pour l’ensemble des communautés.

Monsieur le Président,

Pour toutes ces raisons et en écho à ce qui a été dit par les orateurs précédents, en particulier par ma collègues et amie britannique, la France estime que le Conseil de sécurité doit rester pleinement mobilisé afin d’assurer un suivi attentif de la mise en œuvre de sa déclaration présidentielle de novembre 2017. Le dialogue qui a pu être noué entre les Nations Unies et les autorités birmanes, en particulier depuis l’arrivée de l’Envoyée spéciale il y a huit mois, doit désormais se traduire en une amélioration concrète de la situation des populations affectées. La France réaffirme à cet égard son plein soutien à l’Envoyée spéciale du Secrétaire général dans la poursuite de son mandat.

Monsieur le Président,

Je ne peux hélas conclure mes propos sans évoquer la condamnation en appel à sept ans de prison des deux journalistes de l’agence de presse Reuters. La France déplore cette condamnation, qui constitue une grave atteinte à la liberté de la presse, et espère que les autorités birmanes exploreront toutes les voies possibles afin de permettre la libération rapide des deux journalistes.

Permettez-moi enfin, Monsieur le Président, de vous exprimer, à vous-même et à votre équipe, nos plus chaleureux remerciements et félicitations pour votre excellente présidence du Conseil tout au long du mois de février.

Je vous remercie.

Dernière modification : 01/03/2019

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