Bosnie-Herzégovine : des réformes sont nécessaires pour un rapprochement européen [en]

Bosnie-Herzégovine
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 5 novembre 2019

Madame la Présidente,

Je tiens à remercier le Haut représentant pour la Bosnie-Herzégovine, M. Valentin Inzko, ainsi que Mme Selma Korjenic pour leur présentation, et à saluer la présence parmi nous du représentant permanent de Bosnie-Herzégovine. Le Haut-Représentant a exposé avec précision les différents défis auxquels la Bosnie-Herzégovine continue de faire face, et je souhaite revenir sur trois d’entre eux.

Premièrement, plus d’un an après les élections générales d’octobre 2018, l’absence de gouvernements et d’institutions fonctionnelles est très préoccupante à plusieurs titres. D’abord, parce qu’elle dénote un climat de défiance persistant entre les différentes communautés qui forment la Bosnie-Herzégovine. Ensuite, parce qu’elle empêche la mise en œuvre des réformes nécessaires au pays, notamment pour son rapprochement européen, qu’il s’agisse de l’économie, des affaires sociales, du renforcement de l’Etat de droit ou des droits de l’Homme. La France appelle toute les formations et tendances politiques à permettre au pays de fonctionner, en particulier à former les gouvernements au niveau de l’Etat central, au niveau de la Fédération de Bosnie-Herzégovine, mais aussi dans plusieurs cantons. Nous soulignons aussi l’importance que des élections locales puissent être tenues l’année prochaine à Mostar, pour la première fois depuis plus de dix ans, comme le Représentant l’a souligné. Je rappelle que la cour européenne des droits de l’Homme a récemment enjoint la Bosnie-Herzégovine de permettre la tenue de ces élections.

Mon deuxième point concerne la manière dont la Bosnie-Herzégovine fait face à son passé, sur laquelle je remercie Madame Korjenic de son exposé très détaillé. Ce qui nous a été décrit est alarmant. La France condamne fermement l’apologie des crimes et des criminels de guerre, quelle que soit leur communauté d’origine. La justice nationale et internationale a effectué un travail remarquable pour poursuivre et pour condamner les responsables des atrocités commises pendant le conflit. Toutes les initiatives visant à remettre en cause les décisions du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ou à les réinterpréter, et je pense en particulier à celles relatives au génocide de Srebrenica, sont inacceptables. Et je rejoins les questions qui ont été posées tout à l’heure par le Représentant permanent de l’Allemagne : comment faire pour que tous les acteurs politiques de Bosnie-Herzégovine se montrent à la hauteur du devoir qui leur incombe en la matière, et comment assurer que la justice de Bosnie-Herzégovine continue d’instruire avec efficacité les nombreuses affaires héritées de la guerre, en particulier les crimes de guerre ? Le ralentissement des processus de justice transitionnelle et de réconciliation contribue en effet au manque de confiance des citoyens de Bosnie-Herzégovine à l’égard du système judiciaire et porte atteinte à la cohésion du pays.

Madame la Présidente,

Je souhaite troisièmement revenir sur la perspective européenne de la Bosnie-Herzégovine et des Balkans occidentaux, qui nécessite plus que jamais de redoubler d’efforts pour adopter les réformes dont le pays a besoin. La France s’associe à cet égard à la déclaration qui sera prononcée par la délégation de l’Union européenne. La perspective d’une intégration dans l’Union européenne lorsque les conditions en seront remplies, est le prolongement de l’engagement massif et multiforme de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine. L’opération militaire EUFOR Althea, que ce Conseil autorise pour une année supplémentaire par la résolution adoptée aujourd’hui, témoigne de ce soutien. Au-delà de cet appui, il est de la responsabilité des autorités de Bosnie-Herzégovine d’adopter les réformes profondes pour progresser dans le rapprochement européen. Ce sont ces réformes dans les domaines de l’Etat de droit et du développement économique et social qui pourront donner de nouvelles perspectives aux jeunes générations, et les inciter à contribuer au développement du pays.

Madame la Présidente,

Lors du sommet du 29 avril dernier, le président Emmanuel Macron, aux côtés de la chancelière Angela Merkel, a réaffirmé la volonté de la France de contribuer à la stabilité des Balkans occidentaux. Ce réengagement se focalise sur le développement économique et social, la sécurité, la justice et la défense, quatre piliers d’une stratégie française présentée en amont de cette rencontre. La Bosnie-Herzégovine a toute sa place dans cette stratégie qui vient appuyer les actions menées par l’Union européenne. Et c’est vers cet avenir européen que les autorités politiques doivent tourner leurs regards.

Je vous remercie.

Dernière modification : 05/11/2019

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