Bosnie-Herzégovine : un avenir européen [en]

Bosnie-Herzégovine
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 08 mai 2019

Monsieur le président,

Je tiens à remercier le Haut représentant pour la Bosnie-Herzégovine, M. Valentin Inzko, pour sa présentation éclairante, qui montre que la situation actuelle requiert manifestement toujours l’attention du Conseil de sécurité.

Il y a dix jours, le 29 avril à Berlin, le Président Macron, aux côtés de la chancelière Angela Merkel, a réaffirmé la volonté de la France de contribuer à la stabilité des Balkans occidentaux. Ce réengagement dans la région se focalise sur le développement économique et social, la sécurité, la justice et la défense, quatre piliers d’une stratégie française présentée en amont de cette rencontre avec les dirigeants des Balkans occidentaux.

La Bosnie-Herzégovine a toute sa place dans cette stratégie française qui vient appuyer les actions menées par l’Union européenne. C’est vers cet avenir européen que les autorités politiques de Bosnie-Herzégovine doivent tourner leurs regards – mon pays salue à ce titre les réponses transmises à la Commission européenne en février dernier - , plutôt que de rouvrir les plaies du passé.

Monsieur le président,

Trois points méritent toute l’attention du Conseil :

1/ Il est d’abord temps de mettre fin aux déclarations ayant pour but de saper l’autorité des décisions prises par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, auquel a succédé il y a plus d’un an un mécanisme résiduel. La France condamne fermement l’apologie des crimes et des criminels de guerre, quel que soit leur communauté d’origine. La justice nationale et internationale a effectué un travail remarquable de recherche afin d’identifier les responsables des atrocités commises pendant le conflit. Toutes les initiatives visant à remettre en cause les décisions du TPIY ou à les réinterpréter- je pense en particulier à celles relatives au génocide de Srebrenica - sont de nature à porter atteinte à la cohésion du pays.

Nous appelons tous les acteurs politiques de Bosnie-Herzégovine à privilégier une approche constructive pour renforcer cette cohésion, sans laquelle le pays ne pourra relever les défis du développement et de la construction d’un Etat de droit.

A ce titre, la formation d’un nouveau gouvernement doit être une priorité. Au lieu d’être l’objet de polémiques stériles, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine devraient être la base d’un consensus national. L’amélioration du bien-être de toute la population est en jeu.

2/ Il est ensuite urgent de renforcer et de consolider le système judiciaire. N’oublions pas que l’État de droit et le respect des droits de l’Homme ne sont pas un luxe auxquels seuls pourraient prétendre les pays prospères. C’est au contraire la condition d’un développement économique et social juste et durable, de la vitalité de la société civile et de la stabilité des institutions.

La France appelle toutes les tendances politiques à respecter les compétences de l’État central, en particulier dans le domaine de la défense, et les décisions prises par les instances judiciaires nationales et internationales, y compris par la cour constitutionnelle. Le fonctionnement institutionnel de la Bosnie-Herzégovine souffre de ce refus, souvent motivé par des calculs politiques, de se mettre en conformité avec les décisions prises par la justice de Bosnie-Herzégovine.

3/ Enfin, et ce sera mon troisième et dernier point, la perspective européenne nécessite plus que jamais de redoubler d’efforts pour adopter les réformes dont le pays a tant besoin. La France s’associe à cet égard la déclaration qui sera prononcée par la délégation de l’Union européenne devant ce Conseil. La perspective d’une intégration dans l’Union européenne, le moment venu, lorsque les conditions en seront remplies, est le prolongement de l’engagement, massif et multiforme, de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine. L’opération EUFOR Althea, mandatée par ce Conseil, témoigne de ce soutien.

Au-delà de cet appui, il est de la responsabilité des autorités de Bosnie-Herzégovine d’adopter des réformes audacieuses pour progresser dans le rapprochement européen. Ce sont ces réformes dans les domaines économiques et sociaux qui pourront donner de nouvelles perspectives aux jeunes générations, et les inciter à contribuer au développement du pays.

Monsieur le président,

Des institutions stables, un pays prospère et une justice équitable sont à portée de main de la Bosnie-Herzégovine. Ses dirigeants doivent être à la hauteur de cet enjeu historique en faisant preuve d’esprit de compromis et de courage politique. La France se tient aux côtés de la Bosnie-Herzégovine pour construire cet avenir et progresser dans le rapprochement européen.
Je vous remercie.

Dernière modification : 08/05/2019

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