Climat : nous devons revoir nos ambitions à la hausse

Evénement de haut niveau sur le climat
Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères
Assemblée générale des Nations unies - 28 mars 2019

Merci Mme la présidente,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d’abord souligner l’importance que la France attache à cette journée de mobilisation collective pour nos engagements climatiques et pour revoir ensemble nos ambitions à la hausse.

Le Secrétaire général vient de rappeler le défi que représente aujourd’hui, pour l’humanité toute entière, le changement climatique. Déjà, ses redoutables effets se font sentir. Une hausse d’un degré a suffi à bouleverser en profondeur et à fragiliser le monde dans lequel nous vivons. Et partout dans le monde, des voix se lèvent pour crier leur impatience et leur détermination. Chaque semaine, une jeunesse dit sa colère mais aussi son espoir. C’est à nous tous que ces voix s’adressent. Elles nous obligent.

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En 2015, à Paris, nous avons convenu d’un cadre universel fondé sur l’action, la responsabilité et le respect de la souveraineté de chacun.

Depuis la COP24 de Katowice, grâce au précieux soutien du Secrétaire général, nous disposons de tous les instruments nécessaires.

Mais pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris, nous devons agir vite, et agir ensemble, partout où nous le pouvons et, en premier lieu, dans le cadre multilatéral des Nations Unies.

Le temps presse. Nos engagements actuels sont largement insuffisants. Mais rien n’autorise la résignation.
Constater ne suffit plus. Promettre ne suffit plus. Il faut agir.

A ceux qui en douteraient encore, disons-le clairement : nous avons les moyens de réussir la transition climatique. Les solutions technologiques nécessaires existent. Demain, nous les perfectionnerons encore. Les financements existent ; il faut les orienter vers les solutions bas-carbone.

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Alors, que faire, concrètement ?

Nous devons viser la neutralité carbone dès que possible pour la seconde moitié du siècle.

La France met tout en œuvre pour atteindre cet objectif. Au plan national, nous l’avons décliné en budgets carbones quinquennaux, qui assureront la neutralité de nos émissions en 2050. Pour cela, nous agissons dans tous les secteurs de l’économie pour diminuer notre consommation d’énergies fossiles. Au plan européen, nous sommes mobilisés pour qu’avec nos partenaires nous puissions tous suivre la même voie.

Et dans cette enceinte, à vos côtés, nous voulons inciter tous les pays, et notamment les grands émetteurs, à prendre de nouveaux engagements plus ambitieux. L’objectif de neutralité à l’horizon 2050 doit devenir l’objectif de tous.

Rendez-vous est pris, le 23 septembre prochain, pour un sommet organisé à l’initiative du Secrétaire-général des Nations unies. Nous l’avons bien entendu tout à l’heure. Nous avons bien entendu son message. Et nous viendrons avec des plans et pas avec des discours.

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A cet égard, il nous a été confié à la France, la Jamaïque et au Qatar, la mission de travailler sur le financement de la lutte contre le changement climatique.

A compter de l’an prochain, nous devons être en mesure, chaque année, de mobiliser 100 milliards de dollars pour aider les pays en développement.

C’est essentiel. Mais cela n’épuise en rien le champ des réflexions que nous pouvons mener.

Nous en connaissons déjà les contours, il est ainsi indispensable d’aligner les flux de l’aide publique au développement sur les objectifs de l’accord de Paris.
Grâce à la reconstitution ambitieuse prévue pour cette année et à une gouvernance rapidement renforcée, le fonds vert doit jouer un rôle encore plus efficace au service de la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

Mais les financements publics ne sont pas tout. Nous sommes convaincus de l’urgence de réorienter aussi les flux financiers privés, en renforçant la transparence et la redevabilité du système financier vis-à-vis du climat et en développant des instruments combinant financements publics et financements privés.

Le 15 mars dernier, à Nairobi, devant l’Assemblée générale des Nations Unies pour l’environnement, le Président Macron a pointé un double écueil qu’il nous faudra à tout prix éviter : d’abord, « repeindre en vert » l’existant, ce qui n’est nullement notre intention, et ensuite nous donner de nouveaux moyens sans nous donner de nouvelles méthodes. Il nous faudra au contraire, pour éviter ce double écueil, revoir en profondeur le modèle de financement de nos économies.

Les enjeux – et les risques – climatiques doivent désormais être placés au cœur des processus de décision économique, au cœur de celles que prennent les consommateurs et à celles que prennent les banques centrales, en passant par les investisseurs internationaux.

Tout cela est possible. De nouveaux modes de financement de la transition écologique ont déjà vu le jour et les différentes éditions du One Planet Summit ont permis d’initier ou de renforcer ces nouveaux modes.

Je suis convaincu que le processus qui débute aujourd’hui et qui culminera en septembre permettra d’échanger et de confronter utilement les expériences qui permettent de construire ensemble les sociétés durables de demain.

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Mesdames et Messieurs, chers amis,

2019 et 2020 seront des années décisives. Elles devront être porteuses d’annonces fortes : nouveaux objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, nouveaux engagements financiers, nouvelles actions pour renforcer adaptation et résilience.

Notre mobilisation doit être à la hauteur d’un enjeu qui revêt aujourd’hui, à proprement parler, une importance vitale. Soyez assurés que la France prendra toute sa part à cet effort.

Je vous remercie.

Dernière modification : 02/04/2019

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