Colombie : la pandémie de COVID-19 pèse sur la mise en œuvre de l’accord de paix [en]

COLOMBIE

INTERVENTION De M. ANTOINE MICHON, COORDINATEUR POLITIQUE À LA MISSION PERMANENTE DE LA FRANCE AUPRÈS DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SÉCURITÉ

LE 14 JUILLET 2020

Monsieur le Président,

Je voudrais moi aussi remercier le représentant spécial du Secrétaire général Carlos Ruiz et la représentante de la société civile Clemencia Carabili pour leurs présentations. Je voudrais aussi saluer la participation à cette réunion de la ministre colombienne des Affaires étrangères Madame Claudia Blum.

Je souhaite exprimer la solidarité de la France avec le gouvernement et le peuple colombiens dans le combat contre la COVID-19.

Sans surprise, la pandémie pèse sur la mise en œuvre de l’accord de paix, et notamment sur les communautés les plus vulnérables. Le gouvernement colombien et les différentes parties prenantes ont fourni des efforts sérieux pour que les acquis de la mise en œuvre de l’accord de paix soient préservés dans ce contexte. Ils ont tout notre soutien dans cette entreprise. Le succès de l’accord de paix dans le long terme dépend, nous le savons bien, de la mise en œuvre de l’ensemble de ses chapitres, de manière interconnectée.

Nous avons noté que les efforts en matière de réintégration se sont poursuivis au cours des derniers mois en dépit de la pandémie et malgré l’impact du confinement sur les projets productifs. Les efforts pour la réintégration des anciens combattants dans le système de santé sont particulièrement importants dans ce contexte.

Mais malheureusement les assassinats d’anciens combattants, et de figures de la société civile et de défenseurs des droits de l’Homme ont aussi continué au cours des derniers mois, comme l’a décrit Mme Carabili de manière poignante avec son témoignage personnel. Non seulement la pandémie n’a pas ralenti le rythme de ces assassinats mais les groupes armés illégaux et les organisations criminelles en ont profité pour étendre leur contrôle territorial. Nous estimons qu’il est plus que jamais nécessaire de renforcer la réponse dans ce domaine, notamment en matière de protection et de poursuites judiciaires contre les auteurs de ces actes. Des progrès sont attendus à cet égard de la part de la Commission nationale sur les garanties de sécurité.

Le système global pour la vérité, la justice, les réparations et la non-répétition constitue une pièce maîtresse de l’accord de paix, ainsi que nous l’avons souligné régulièrement dans ce Conseil. Nous avons pris note avec intérêt de l’aspiration des parties en Colombie à confier aux Nations Unies un rôle de vérification de l’application des sanctions de la juridiction spéciale pour la paix. Ces sanctions constituent l’un des aspects les plus innovants de l’accord de paix et doivent donc être confortées et légitimées au maximum. Nous partageons le souhait que la mission de vérification contribue à la légitimité de ce processus de justice transitionnelle.

L’accord de paix a aussi apporté des solutions originales sur de nombreux autres points pour répondre aux causes profondes de conflit en Colombie notamment avec le programme de substitution de cultures illicites qui doit être renforcé, avec le principe d’une réforme rurale, d’une participation politique plus importante, et des réponses sur les questions ethniques, notamment la situation des personnes appartenant à la minorité afro-colombienne, ainsi que sur l’égalité femmes-hommes. Nous soutenons les efforts du Gouvernement et de toutes les parties-prenantes à la paix pour renforcer leur action dans ces domaines.

Nous avons aussi conscience que la pandémie n’est pas le seul défi auquel fait face la Colombie. La présence de personnes déplacées internes mais aussi de réfugiés, notamment en provenance du Venezuela, pèsent sur la société et sur l’économie colombiennes. Ces personnes ne doivent pas être mises à l’écart, notamment en termes d’accès aux services de santé dans ce contexte de pandémie. Nous tenons à saluer la générosité de la Colombie dans l’accueil de ces migrants et réfugiés et nous rappelons le soutien de l’Union européenne qui a été démontré notamment lors de la conférence de Bruxelles du 26 mai.

Enfin, nous espérons que l’appel au cessez-le-feu global du Secrétaire général qui a été endossé par ce Conseil, par sa résolution 2532 du le 1er juillet, contribuera à un enracinement plus profond de la paix en Colombie, partout où des groupes armés continuent d’avoir recours à la violence.

Monsieur le Président,

Le processus de paix en Colombie fait face à des défis dont nous ne méconnaissons pas l’importance. La France, à titre national, au sein du Conseil de sécurité et de l’Union européenne, continuera d’apporter tout son soutien à tous ceux qui, en Colombie, sont au quotidien mobilisés pour relever ces défis.

Dernière modification : 05/10/2020

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