Colombie : la France salue le chemin parcouru depuis l’accord de paix [en]

Colombie
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, Chargée d’Affaires a.i.
Conseil de sécurité – 13 janvier 2020

Merci Monsieur le Président,

Avant d’aborder la Colombie, je souhaite également vous remercier pour les deux minutes de silence qui ont été observées tout à l’heure. Tout d’abord celle observée en mémoire des victimes innombrables du tremblement de terre à Haïti le 12 janvier 2010. Je souhaite également présenter mes condoléances à l’Ambassadeur Abarry, au gouvernement et au peuple nigérien pour la mort de 89 soldats nigériens dans l’attaque terroriste contre le camp de Chinégodar le 9 janvier.

Monsieur le Président,

Concernant la Colombie, je souhaite la bienvenue à cette table à la ministre colombienne des affaires étrangères, Mme Claudia Blum, et la féliciter pour ses nouvelles fonctions. Je tiens également à remercier Carlos Ruiz Massieu pour son exposé, et surtout saluer son travail et celui de l’ensemble de l’équipe de la mission de vérification. Notre Conseil s’est efforcé de soutenir de manière unie l’effort collectif du gouvernement et du peuple colombien, notamment par la mise en place de cette mission de vérification des Nations unies. Et à cet égard, nous saluons l’appel du Président Duque à étendre cette mission jusqu’en 2022.

Monsieur le Président,

Cela fait maintenant plus de trois ans que l’accord de paix a été conclu. Beaucoup de chemin a déjà été fait grâce aux efforts du gouvernement et du peuple colombiens, efforts que je tiens à saluer une nouvelle fois. Pour la première fois depuis l’accord de paix, des élections locales et départementales ont été organisées le 27 octobre dernier, dans des conditions que l’on peut juger globalement satisfaisantes. Le parti FARC a présenté des candidats. Les électeurs colombiens se sont déplacés en nombre, et cette bonne participation a démontré la contribution positive de l’accord de paix au processus démocratique en Colombie. Les autorités locales nouvellement élues vont désormais pouvoir contribuer à la mise en œuvre de l’accord, et notamment par leur implication dans les projets de développement à ancrage territorial (PDET) qui constituent une composante importante de l’accord. Par ailleurs, le dispositif de réintégration produit des résultats, ce dont témoigne le rapport du Secrétaire général et nous nous félicitons notamment que l’immense majorité des ex-combattants des FARC-EP reste engagée dans le processus de réintégration économique et sociale, en dépit du choix très minoritaire de certains de reprendre la lutte armée, choix que la France a condamné. Nous saluons également l’avancée continue du travail réalisé par le système intégral de justice et vérité. La justice transitionnelle devrait notamment prononcer cette année ses premières sentences et ces éléments sont essentiels à la construction d’une paix durable et inclusive, qui ne pourra cependant être effective que si l’ensemble du processus est mené à bien.

Monsieur le Président,

Il faut également reconnaître avec lucidité que, au regard de l’ambition de 2016, un certain nombre de dispositions de l’accord sont encore insuffisamment mises en œuvre. L’accord de paix a été conçu comme un ensemble, ceci a été souligné par l’ensemble des orateurs précédents, dont les différents volets sont interconnectés et indissociables pour être pleinement effectifs. La France appelle donc toutes les parties prenantes à redoubler d’efforts en vue d’une application complète de toutes ses composantes. Nous soulignons en particulier l’importance du programme de substitution des cultures illicites, qui doit être doté des ressources nécessaires pour fonctionner, notamment pour financer les projets productifs alternatifs qui conditionnent son succès à long terme. La réforme rurale constitue un des piliers fondamentaux de l’accord et doit être mise en œuvre. La réforme politique également. Les chapitres de l’accord touchant aux questions ethniques et de genre doivent également faire l’objet d’une attention toute particulière.

Monsieur le Président,

Cette application pleine et entière de l’accord de paix est la seule voie capable de répondre aux graves problèmes qui subsistent en matière de sécurité, et dont les figures de la société civile, les défenseurs des droits de l’Homme, les anciens combattants des FARC-EP et les populations autochtones sont les premières victimes. L’année 2019 a été particulièrement préoccupante de ce point de vue. Le gouvernement a consenti à des efforts pour assurer la présence des forces de l’ordre et la protection individuelle des personnes menacées, mais la France appelle les autorités colombiennes à faire davantage encore pour assurer la présence de tous ses services, militaires mais aussi civils, sur l’ensemble du territoire, y compris dans les départements les plus reculés, en concertation avec la société civile. Des progrès en matière de protection collective sont également nécessaires. Je partage également pleinement ce qu’a dit l’Ambassadeur de Belgique concernant les enfants, qui doivent être protégés.

Les difficultés de mise en œuvre sont certes inhérentes à la vie de tout accord, mais les différents mécanismes ont été conçus pour apporter des solutions à ces problèmes et ils constituent le forum adéquat de dialogue et doivent être davantage utilisés.

Nous avons enfin pleinement conscience que la mise en œuvre de l’accord s’inscrit dans un contexte complexe, notamment du fait du défi que constitue la crise migratoire vénézuélienne pour la Colombie. Je veux saluer ici la générosité du gouvernement et du peuple colombiens dans l’accueil de ces réfugiés et de ces migrants, avec le soutien de la communauté internationale.

Monsieur le Président,

Pour conclure, je souhaite souligner que le gouvernement et le peuple colombien peuvent être assurés du soutien de la France, et de notre disponibilité de l’accompagner, conjointement avec nos partenaires de l’Union européenne sur la voie exigeante de la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/01/2020

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