Course contre la montre pour la stabilisation du Sahel [en]

G5 Sahel
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 16 mai 2019

Monsieur le Président,

Je remercie l’ensemble des briefers pour leurs interventions particulièrement éclairantes. Je salue tout particulièrement la présence autour de cette table du Ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Son Excellence M. Alpha Barry, au titre de la présidence en exercice du G5 Sahel. Votre présence est très appréciée, Monsieur le Ministre, et nous vous souhaitons chaleureusement la bienvenue dans cette enceinte.

Je souhaiterais débuter mon intervention en adressant aux autorités nigériennes nos condoléances les plus attristées suite au tragique bilan humain de l’embuscade terroriste qui a frappé les forces armées du Niger aux abords de la frontière malienne, et les assurer de la totale solidarité de la France. Je tiens également à saluer la mémoire de tous les civils, représentants de l’Etat et membres des forces armées nationales et internationales qui ont perdu la vie lors des violences terroristes et intercommunautaires qui frappent quasi-quotidiennement les pays du Sahel. Vous me permettrez enfin d’exprimer ici une pensée émue pour les deux soldats français tombés il y a quelques jours après lors d’une opération de libération d’otages au Burkina Faso, après l’hommage national qui leur a été rendu avant-hier. Vos mots, Monsieur le Ministre, ont été également particulièrement appréciés.

Monsieur le Président,

Il nous faut, pour avancer, être lucides sur le constat. La dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire au Sahel se nourrit à la fois de l’extension de la menace terroriste et de la multiplication des violences intercommunautaires. Cette dégradation fait peser un risque sans précédent sur la stabilité de l’Afrique de l’Ouest tout entière. Les Etats du G5 sont aujourd’hui les premiers touchés. Mais d’autres font et feront prochainement face aux mêmes défis si des réponses fortes ne sont pas apportées. Et il y a urgence.

C’est donc dans une véritable course contre la montre pour la stabilisation du Sahel que nous sommes aujourd’hui collectivement engagés. Le succès passe par une mise en œuvre urgente de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, par une lutte sans merci contre les groupes terroristes qui sévissent dans la région, ainsi que par la bonne gouvernance et la création de perspectives économiques durables pour les populations. Nous le savons tous, nous ne réussirons qu’en marchant sur les deux jambes de la sécurité et du développement.

La force conjointe du G5 Sahel constitue un élément essentiel du volet sécuritaire de ce dispositif, en complément des autres présences de sécurité déployées dans la région, qui ont chacune leur valeur ajoutée. La force conjointe revêt un caractère inédit, sans réel précédent ni équivalent sur le continent. Elle démontre la volonté commune des Etats du G5 Sahel de coordonner la réponse contre une menace qui, ne nous y trompons pas, a des conséquences sur nous tous. Notre responsabilité commune, en tant que communauté internationale, est bien d’apporter aux Etats concernés un soutien à la hauteur des enjeux.

Les derniers et importants progrès réalisés ont permis à la force conjointe de franchir une nouvelle étape dans son opérationnalisation. Je pense bien entendu à la relance des opérations, qui constitue un signal fort de résilience après l’attaque contre le QG de Sévaré. Je pense également à la pleine opérationnalisation du cadre de conformité en matière de droits de l’Homme, qui illustre la prise de conscience du fait que l’action de la force conjointe ne pourra être efficace que si elle bénéficie du plein soutien des populations. Je pense enfin aux avancées enregistrées dans le déploiement de la composante police, qui est indispensable au bon fonctionnement de la force.

Dans ce contexte, la pleine mobilisation des Etats du G5 Sahel est plus indispensable que jamais pour que la force conjointe soit en situation de livrer la pleine mesure de son potentiel. Les procédures judiciaires engagées à l’encontre de responsables présumés d’exactions, quelles qu’elles soient, doivent également être menées à leur terme. Le déploiement de prévôts au sein de l’ensemble des contingents de la force conjointe et la judiciarisation de son action doivent enfin être finalisés, avec le soutien des différents partenaires que sont notamment l’ONUDC, EUCAP Sahel ou encore la MINUSMA.

Au-delà de la mobilisation des Etats du G5, la réussite de la force conjointe repose également sur un soutien international efficace et adapté.

Beaucoup a déjà été fait, notamment grâce à la mobilisation inédite de l’Union européenne, comme cela a été dit, en lien avec le Secrétariat permanent du G5. Le Secrétariat permanent, dont je salue ici l’action, a vocation à devenir à terme la seule interface entre l’aide internationale et les besoins rencontrés sur le terrain.

Nous souhaitons également continuer à améliorer l’efficacité des dispositifs internationaux en place. Dans ce cadre nous allons proposer, lors du renouvellement à venir du mandat de la MINUSMA, de clarifier les modalités d’utilisation et de livraison du soutien apporté dans le cadre de l’accord technique, afin que celui-ci réponde davantage aux besoins de la force.

Notre ambition demeure enfin de renforcer le soutien multilatéral à la force conjointe, via l’octroi d’un mandat robuste et la mise en œuvre d’un paquet logistique, car nous savons que seul un soutien prévisible et durable est de nature à assurer le succès des efforts du G5 Sahel à moyen terme. Les recommandations formulées par le Secrétaire général dans son rapport demeurent à cet égard notre boussole. Nous sommes prêts à les porter au Conseil dès que la force conjointe aura enregistré de premiers résultats significatifs sur le terrain.

Monsieur le Président,

Dans ce contexte régional difficile, la situation au Burkina Faso doit bénéficier de toute notre attention. La récente mission du Conseil de sécurité au Sahel a été l’occasion de constater la mobilisation des autorités burkinabé sur le terrain mais également le besoin d’un soutien international significatif pour leur permettre de rétablir la stabilité. La France appuie pleinement le processus engagé à l’initiative du Secrétaire général afin d’ajuster la présence onusienne sur place, à la lumière des besoins générés par la dégradation de la situation sur le terrain. Nous souhaitons que la réponse des Nations unies soit ambitieuse et à la mesure des attentes des autorités burkinabé, tant dans le domaine de l’aide humanitaire et du développement que de ceux de la formation des forces de sécurité, du respect des droits de l’Homme, de la promotion de l’état de droit, ou encore du soutien à la lutte contre le terrorisme. La Commission de consolidation de la paix nous parait le lieu approprié pour suivre ce processus, sur lequel nous attendons que le Secrétariat fournisse des points d’information réguliers.

Monsieur le Président,

Les menaces pesant sur le Sahel appellent un engagement collectif redoublé et requièrent toute l’attention et la mobilisation de ce Conseil. Soyez assurés de la détermination totale en ce sens de la France, qui proposera une déclaration à la presse à cet effet à l’issue de cette réunion.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/05/2019

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