Create the conditions for the stabilization of Syria [fr]

Syria - Remarks to the press by Mr. François Delattre, Permanent Representative of France to the United Nations (following Security Council meeting) - 22 January 2018

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Nous sortons de cette réunion d’urgence sur la situation en Syrie demandée par la France par la voix du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Cette réunion a été particulièrement utile et importante.

Cette réunion nous a d’abord permis d’écouter les briefings du Secrétaire général adjoint pour les affaires humanitaires, Mark Lowcock, de retour de Syrie, mais aussi du Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques, Jeff Feltman.

Les deux intervenants ont confirmé la situation dramatique qui prévaut aujourd’hui en Syrie, en mettant particulièrement en relief l’ampleur de la catastrophe humanitaire en cours dans la Ghouta orientale et à Idlib. Je ne prendrai qu’un seul exemple parmi beaucoup d’autres : aucun convoi humanitaire transfrontalier n’est passé en Syrie depuis le 1er janvier – aucun – et, s’agissant de la Ghouta, aucun convoi n’a pu atteindre la Ghouta depuis le mois de novembre. Jeff Feltman et Mark Lowcock ont également évoqué les derniers développements dans l’ensemble du pays, y compris à Afrin.

Au nom de la France, et dans la continuité des propos tenus hier par le Ministre Jean-Yves Le Drian, j’ai pour ma part marqué trois messages principaux :

1/ Tout d’abord, un message de vive préoccupation devant la situation dans le nord de la Syrie, avec l’escalade en cours et une situation humanitaire tragique causée par les opérations militaires du régime syrien et de ses alliés. Je pense en particulier aux bombardements sur Idlib, qui se poursuivent jour après jour méthodiquement, et je pense également au siège de la Ghouta orientale, un siège qui est digne du Moyen-Age. La détérioration de la situation est d’autant plus inacceptable qu’elle concerne des zones dites de « désescalade » dont la sécurité est sensée être garantie par les parties d’Astana.

2/ Mon deuxième message a été un message ferme d’appel au strict respect du droit international humanitaire dans l’ensemble de la Syrie, et notamment un accès immédiat et sans entrave, en particulier dans la Ghouta orientale, ainsi qu’une condamnation tout aussi ferme des bombardements indiscriminés par le régime dans la province d’Idlib qui touchent des milliers de civils innocents. Avec l’appui de beaucoup de mes collègues, j’ai insisté auprès de Mark Lowcock sur la nécessité d’obtenir des garanties du régime sur ces différents points.

3/ Enfin un message d’urgence sur la nécessité de créer sur le terrain les conditions nécessaires à la stabilisation de la Syrie, de garantir un environnement neutre, puisque c’est le terme clé, et de créer ce faisant les conditions pour la reprise d’une négociation politique conduisant à une solution inclusive. A l’inverse, il faut voir que sans un tel environnement, sans une telle stabilisation, un processus politique de sortie de crise est illusoire et ne ferait que reconduire la violence.

Ces messages que j’ai passés au nom de la France ont été soutenus explicitement par la grande majorité de mes collègues au Conseil de sécurité. Ils ont été bien reçus et ont été relayés même par la plupart d’entre eux, ce qui est important.

Au total, cette réunion d’urgence était non seulement utile mais je crois indispensable, plus encore à la veille de la séquence politique très lourde qui est devant nous, pour au moins trois raisons :

- D’abord pour avoir une appréciation commune de la situation, pour que l’ensemble des membres du Conseil de sécurité ait une appréciation commune, objective, incontestable de la situation. Les membres du Conseil de sécurité abordent donc la réunion de Vienne notamment, qui est la prochaine étape, avec la même base d’informations objectives et hélas sans aucune ambiguité sur la gravité de la situation en Syrie. Personne ne peut dire qu’il ne savait pas.

- La deuxième raison pour laquelle cette réunion est particulièrement importante, c’est pour maximiser les pressions sur ceux, à commencer par le régime de Damas, qui sont les premiers responsables du désastre humanitaire en cours en Syrie. Il faut appeler un chat un chat. Les informations selon lesquelles de nouvelles attaques chimiques ont eu lieu dans la Ghouta orientale ne font qu’ajouter à cette tragédie et ne font que renforcer l’importance de la conférence que Jean-Yves Le Drian réunira demain à Paris afin de lancer un nouveau partenariat international contre l’impunité de l’utilisation d’armes chimiques. C’est la même logique visant à protéger les civils et, ce faisant, modifier l’équation sur le terrain et créer les conditions d’une vraie relance politique.

- Enfin, la troisième raison pour laquelle cette réunion était importante, c’est justement pour créer les conditions propices à la relance des négociations politiques. La Syrie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit nous laissons prévaloir une logique de fragmentation et de confrontation, les deux allant de pair, avec dans cette hypothèse des réactions en chaîne et une situation incontrôlable qui, inévitablement, conduiront à l’escalade. C’est un risque que Jeff Feltman a mis en relief devant nous. Soit au contraire nous faisons prévaloir une logique politique inclusive, en soutien des efforts de Staffan de Mistura et dans le cadre des Nations unies. C’est le choix de la France. Cela suppose un effort de tous pour trouver le chemin exigeant vers la paix qui passe par Vienne, Genève et le respect de la résolution 2254, une résolution qui doit plus que jamais constituer notre boussole commune. Cela suppose aussi que le régime de Damas accepte enfin de s’engager sérieusement dans la négociation, ce que pour l’instant il s’est obtinément refusé à faire.

Cette réunion demandée par la France a donc été particulièrement utile et importante pour faire prendre conscience de cette course de vitesse entre la logique de fragmentation et la logique politique auxquelles je viens de faire référence, et pour contribuer à donner l’énergie, l’impulsion nécessaire afin de bâtir, pierre après pierre, le consensus indispensable en faveur de la logique politique inclusive qui doit prévaloir. C’est le choix de la France et c’est le sens de notre engagement.

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A few words to summarize in English. At the request of France, we just had a very useful and important emergency meeting on the situation in Syria, with the briefings of Mark Lowcock and Jeff Feltman.

First of all, both Mark Lowcock and Jeff Feltman confirmed the humanitarian catastrophe taking place in Syria, related first and foremost to the situation in Eastern Ghouta and Idlib. Just one terrible illustration of this : not one humanitarian cross-border convoy was able to come to Syria since the 1st of January, and if you consider Eastern Goutha, it’s since November. It says a lot about the scale and the reasons of the humanitarian tragedy that we are confronted with.

Against this backdrop, on behalf of France and following the statements yesterday by my Foreign Minister Jean-Yves Le Drian, I underlined three key messages:

1/ The first message is a message of great concern regarding the situation in Northern Syria with the ongoing escalation and the tragic humanitarian situation caused first and foremost by the military operations of the Syrian regime and its allies. I am thinking in particular about the ongoing bombings of Idlib but also the ongoing Middle-Age-style siege of Eastern Ghouta. We must do everything possible to prevent Eastern Ghouta from being a new Aleppo. The deterioration of the situation is all the more unacceptable as it concerns areas of so called “de-escalation” supposed to be guaranteed as such by the Astana parties.

2/ My second message was a firm message to call for the strict respect of the international humanitarian law in Syria and in particular for an immediate and unhindered humanitarian access, especially in Eastern Ghouta, as well as an equally firm condemnation of the indiscriminate bombings by the regime in the province of Idlib, which literally affect thousands of innocent civilians every day. Together with several of my colleagues, I have underscored the importance for Mark Lowcock to obtain guarantees from the Syrian regime on these critical issues.

3/ And finally, an urgent message on the vital need to create on the field the conditions necessary for the stabilization of Syria. The key is to ensure a neutral environment and therefore to create the conditions for a lasting, inclusive political solution. Conversely, a political process absent such an environment would only be illusory and perpetuate the violence.

So all in all, this meeting was particularly helpful and needed for at least three reasons:

- Number one, it allows us, as members of the Security Council, to have a common basis of information and appreciation of the situation - and there’s absolutely no ambiguity about it. There is a humanitarian tragedy taking place before our eyes and the situation is only getting worse, deteriorating day after day. So we have the same objective information on the reality of the situation in Syria. Nobody can say that he or she was not aware of this now.

- Secondly, this meeting was very important to maximize the needed pressure on the Syrian regime, which is the primary responsible for the situation, especially in Eastern Ghouta and Idlib. Let’s call a spade a spade. The information we recently got about possible chemical attacks in Eastern Ghouta only reinforce the need for a strong reaction from the international community. And in this respect, the conference that Minister Le Drian will convene tomorrow in Paris to launch a new international partnership against impunity in the use of chemical weapons is particularly important.

- And last but not least, this meeting was critical to create the conditions for giving a boost to the political and negotiation process in Syria. The country is at a crossroads today: Either the fragmentation and confrontation process goes on and then the worst is to come, with a situation getting out of control and escalating further through chain reactions that we all have in mind. I think Jeff Feltman was quite clear about this risk today. Either we fight together beyond our differences for an inclusive political solution to prevail. This is France’s choice. This implies to all roll up our sleeves and find the narrow and demanding path toward peace that goes through Vienna, Geneva, and first and foremost the respect of Resolution 2254, which must be more than ever our common compass. But it also implies that the Syrian regime finally decides to seriously engage into the negotiations, which it has for the time being refused to do.

Here is the challenge: how to win the race between the logic of fragmentation and the hope that the Syrian people have on us, on the security Council in particular, to recreate the conditions for a serious political process leading to the inclusive political solution that this country needs.

Q: Monsieur l’Ambassadeur, pouvez-vous nous donner une idée des teneurs des positions concernant Afrin, les autorités semblent très embarrassées par ce qui se passe actuellement. Est-ce que vous avez obtenu des garanties des autorités turques que cette opération prendrait fin avant le début des négociations à Vienne ?

Première observation, quand on mentionne la tragédie humanitaire en Syrie, il faut mettre en tête de liste la situation dans la Ghouta orientale et à Idlib, et donc mettre en relief la responsabilité première qui est celle du régime de Damas. C’est bien ce qu’ont souligné Jeff Feltman comme Mark Lowcock dans leurs présentations. Il ne faut pas se tromper de priorité. C’est donc notre responsabilité de mettre en exergue la responsabilité écrasante du régime de Damas, et je crois que c’est l’un des éléments qui ressort avec beaucoup de force de cette réunion du Conseil de sécurité, très utile précisément en ce qu’elle permet de maximiser la pression nécessaire sur Damas à la fois sur le plan humanitaire mais aussi sur le plan politique, tant il est urgent que le régime accepte enfin de s’engager dans une vraie négociation politique.

Deuxième élément, sur la situation à Afrin et vis-à-vis de la Turquie : comme l’a souligné notre ministre Jean-Yves Le Drian, hier, la France est attentive à la sécurité de la Turquie, de son territoire, de ses frontières. Elle appelle les autorités turques à la retenue, c’est le communiqué qui a suivi hier l’entretien téléphonique entre Jean-Yves Le Drian et son homologue turc, que vous connaissez et que je ne veux pas paraphraser. La France souligne également la nécessité de garder à l’esprit la priorité qui est de maintenir l’unité des alliés dans la lutte contre Daech. Nous n’en avons pas fini dans ce combat contre Daech, le danger reste présent et il faut donc rester unis pour y faire face. En réponse à votre question, la situation à Afrin a donc été naturellement évoquée dans le cadre des échanges. Pour ce qui la concerne, la France a rappelé la position que je viens de vous dire et par construction je ne peux pas parler pour les autres pays.

With respect to the situation in Afrin, it was of course part of the conversation within the Security Council. In this respect, following the phone conversation yesterday between Minister Le Drian and his Turkish counterpart, I reminded of the fact that France is attentive to the security of Turkey, its territories and its borders, that France calls on Turkey for restraint in the very volatile environment that we all know in Syria and that it’s critically important to keep the unity of the allies in what remains the number one priority, which is the fight againt terrorism and against Daesh in particular. I don’t want to speak for my colleagues with respect to their positions.

What I also underscored is that the primary responsible for the humanitarian tragedy in Syria is the Damascus regime. The catastrophic situation in Eastern Ghouta and Idlib is first and foremost the direct result of the campaign of bombings led by the Syrian regime but also of its deliberate policy to prevent convoys from reaching the populations in need. The combination of the two leads to the human tragedy that we all can see.

In a nutshell the meeting allowed us to have an exchange of views on every issue, includind the situation in Afrin, and at the same time to clearly underscore the number one humanitarian concern, Eastern Ghouta and Idlib, and the responsibility that lies first and foremost on the Syrian regime in this respect. It was important to put things into pespective.

Q: Once the Afrin issue and the Turkish attack discussed by all of the Council members, was there any kind of united agreement, of response and will France will be working on any kind of follow up action in the Security Council on this whole issue of what’s happening in Syria, humanitarian wise, politically and militarly? Any kind of follow up resolution or presidential statement to address the humanitarian situation in a broader impact and the implication of what’s happening cross-border with Turkey and else where?

Number one, it was critically important to have this meeting now, especially before the political sequence of the coming weeks, starting with the Vienna meeting. If indeed we want to succeed on the political front then we need to do collectively much better on the humanitarian front, and therefore maximize the pressure on the Damascus regime. The meeting showed that this is widely shared within the Council.
Now we’ll have through the coming weeks a lot of new elements on the table, also with respect to the situation on the ground. We will remain both mobilized and extremely vigilant and if there is a need for new meetings or initiatives by the Security Council, you know us, we are not shy and we would move ahead. This is a humanitarian and diplomatic priority for France – as well as a national security priority in many respects.

Dernière modification : 23/01/2018

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