Criminalité transnationale organisée en mer : la coopération internationale est nécessaire [en]

Débat sur la lutte contre la criminalité transnationale organisée en mer
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 05 février 2019

Monsieur le Président,

Je souhaiterais remercier la Guinée équatoriale d’avoir pris l’initiative d’organiser cette réunion sur la criminalité transnationale organisée en mer et saluer la présence parmi nous de son Ministre des Affaires étrangères et de la coopération pour présider cette séance importante. Merci Monsieur le Ministre. Je remercie également M. Yuri Fedotov, Directeur exécutif de l’ONUDC et Mme Florentina Adenike-Ukonga, Secrétaire exécutive de la Commission du Golfe de Guinée, pour leurs interventions particulièrement éclairantes. Je formulerai trois observations :

1/ Première observation : l’insécurité maritime résultant notamment de la criminalité transnationale en mer constitue une menace sécuritaire d’autant plus lourde que les enjeux économiques et sociaux associés sont considérables.

Quelques chiffres suffisent pour prendre la mesure des risques posés par l’insécurité maritime, à commencer par le suivant : 90 % du commerce mondial est maritime. Le Golfe de Guinée constitue l’un des plus grands gisements de pétrole off-shore de la planète, avec 24 milliards de barils de réserve estimés, soit 5% des réserves mondiales ; et près de 40 % du trafic maritime mondial transite par le détroit de Bab el-Mandeb.

La criminalité transnationale organisée trouve donc en mer un terrain de jeu naturel, sinon privilégié, et les menaces qui pèsent sur la sûreté maritime sont tout sauf théoriques. La piraterie maritime dans le Golfe d’Aden ou les actions de brigandage dans le Golfe de Guinée ont parfaitement illustré la menace que pouvait constituer la criminalité transnationale organisée en mer pour les individus, pour les Etats ou pour les entreprises. Certains groupes criminels savent par ailleurs tirer profit de l’insécurité maritime pour s’adonner à d’autres trafics, notamment le trafic de migrants, comme nous avons pu l’observer en Méditerranée. Que ce soit l’héroïne en provenance d’Afghanistan ou la cocaïne produite en Amérique du Sud, le trafic de drogue, qui transite souvent par la mer, alimente des groupes terroristes et déstabilise des économies entières en nourrissant le phénomène de corruption. Le pillage des ressources halieutiques est également une réalité qui déstabilise les régions côtières et engendre des conséquences environnementales et socio-économiques particulièrement néfastes.

2/ Deuxième observation : ce constat particulièrement alarmant n’en rend que plus indispensable une forte mobilisation internationale et régionale pour endiguer ces menaces transnationales.

La France est pleinement engagée dans la lutte contre l’insécurité maritime dans de nombreuses régions, en particulier dans le Golfe de Guinée, en Méditerranée et dans les Caraïbes. A titre national, et pour ne citer qu’un exemple, nous sommes présents depuis vingt-cinq ans dans le Golfe de Guinée à travers la mission CORYMBE et nos actions de coopération de sécurité et de défense. Nous nous appuyons sur un réseau permanent de coopérants pour aider les pays partenaires à renforcer la surveillance de leurs côtes et leurs capacités d’intervention, et nous formons depuis 2015 des experts à travers l’Institut de sécurité maritime interrégional d’Abidjan.

Nous sommes également mobilisés au travers de l’action de l’Union Européenne dans le golfe d’Aden avec l’opération Atalante, qui a joué un rôle déterminant dans la diminution du nombre d’actes de piraterie dans cette région, et mène de nombreux programmes de renforcement des capacités des Etats. L’opération Atlante constitue ainsi une vraie « success-story » qui a fait une différence majeure sur le terrain et qui doit être portée au crédit de l’Union Européenne et des Etats concernés.

Dans le Golfe de Guinée, les Etats de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest), de la CEEAC (Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale) et de la CGG (Commission du Golfe de Guinée) sont particulièrement mobilisés depuis 2013. La France a ainsi fortement appuyé, notamment par le biais du groupe des Amis du Golfe de Guinée du G7, la mise en place d’une architecture interrégionale de sûreté maritime dans le cadre du processus de Yaoundé. La création du Centre interrégional de coopération (CIC), qui constitue un dispositif unique de mise en œuvre et de suivi de la stratégie régionale de lutte contre l’insécurité maritime, a marqué une étape majeure en ce sens.

Monsieur le Président,

3/ Permettez-moi, pour conclure, de formuler trois recommandations en forme de priorités afin de renforcer notre engagement dans la lutte contre l’insécurité maritime :

-  Première priorité : renforcer les capacités des Etats vulnérables. Il s’agit d’un point central pour prévenir et lutter contre tout le spectre des phénomènes de criminalité en mer, piraterie, trafic de drogue, trafic de pétrole, traite d’êtres humains ou trafic de migrants. Dans ce contexte, il est essentiel de mettre l’accent sur le développement d’une chaîne judiciaire et pénitentiaire en mesure de traiter ces phénomènes dans le cadre d’un État de droit. L’ONUDC a naturellement un rôle central à jouer dans ce domaine.

-  Deuxième priorité : promouvoir une meilleure coordination des actions menées par l’ensemble des acteurs étatiques et les organisations régionales ou internationales afin, notamment, de renforcer le partage d’informations. Une coopération étroite avec les acteurs économiques et non-gouvernementaux, à commencer par l’industrie maritime, est naturellement indispensable dans ce cadre.
-  Troisième priorité, plus large : donner aux populations côtières des alternatives en poursuivant des politiques de développement ambitieuses.

C’est la combinaison de ces trois axes d’action qui permettra de lutter efficacement contre la criminalité transnationale en mer. Soyez assuré, Monsieur le Président, de la détermination de la France à continuer à ne ménager aucun effort en ce sens.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/02/2019

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