Dans cette période décisive, la Colombie peut compter sur le soutien de la France [en]

Colombie
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 23 janvier 2019

Monsieur le Président,
Madame et Messieurs les Ministres,

Je tiens d’abord à remercier le représentant spécial du Secrétaire général, Monsieur Carlos Ruiz Massieu, pour sa présentation très éclairante du travail remarquable mené par la mission de vérification en Colombie. Permettez-moi aussi de saisir cette occasion pour rendre à nouveau hommage à son prédécesseur, Jean Arnault, pour son engagement exemplaire. Je salue également la présence parmi nous du ministre des Affaires étrangères colombien, Monsieur Carlos Holmes Trujillo, et du haut conseiller du président colombien pour l’après conflit, Monsieur Emilio Archila.

Monsieur le Président,

L’attentat du 17 janvier dernier a été un choc. Au moment où tous les Colombiens aspirent à une paix durable, cet acte terroriste a coûté la vie à 20 innocents et blessé plus de 60 personnes. Je tiens à réitérer ici au nom de la France notre plus ferme condamnation de cet attentat, telle qu’elle a été exprimée par le Président Macron. Monsieur le ministre, le peuple colombien peut compter sur l’amitié et la solidarité sans faille du peuple français dans cette épreuve et face au terrorisme. Pour y faire face, l’unité doit plus que jamais prévaloir, y compris au sein du Conseil de sécurité.

C’est dans ce moment de tristesse et de souffrance que nous devons nous rappeler le formidable espoir qui est né du processus de paix entre le gouvernement colombien et les FARC, et que nous avons la responsabilité de porter tous ensemble. Désarmée, l’ancienne guérilla des FARC est désormais un acteur politique à part entière tandis que les anciens combattants ont exprimé leur souhait de retrouver toute leur place dans la société colombienne.

Plus de deux ans après la signature des accords de paix, trois points méritent nous semble-t-il une attention particulière :

1/ La situation sécuritaire dans les anciennes zones de conflit apparaît comme la priorité absolue en ce début d’année. En deux semaines, nous avons eu la confirmation de l’assassinat d’au moins sept défenseurs des droits de l’Homme. Ne nous y trompons pas, ce phénomène - que nous avons eu l’occasion de signaler lors de précédentes réunions publiques du Conseil – n’est pas un simple accident ; il prend de telles proportions qu’il est manifestement l’œuvre d’une stratégie de terreur, qui doit être combattue comme telle. Force est de constater que ce niveau élevé de violence dans les anciennes zones affectées par le conflit, qui n’épargne pas les anciens combattants des FARC, érode la confiance dans le processus de paix.

Nous saluons les initiatives prises par le gouvernement colombien, en particulier le « plan d’action pour la protection des leaders de la société civile, des défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes ». Dans la perspective des élections départementales et municipales d’octobre prochain, il est nécessaire de redoubler d’efforts. La réussite de cet exercice démocratique dépendra du niveau de sécurité garanti aux femmes et aux hommes prêts à s’engager politiquement pour contribuer à la vitalité de la démocratie colombienne. Les deux sont indissociablement liés.

2/ La réincorporation économique des anciens combattants est une autre priorité de cette année 2019. La France a régulièrement encouragé les autorités colombiennes à investir dans ce processus de réincorporation pour donner aux anciens combattants la perspective réelle d’un retour dans la société colombienne. Ce sera sans doute le critère déterminant de la réussite de l’accord de paix. À ce titre, nous espérons que des solutions de long terme seront trouvées pour les anciens combattants actuellement installés dans les zones de regroupement et de réintégration.
Ce processus de réincorporation économique ne peut faire l’impasse sur la question cruciale de l’accès à la terre. Les projets productifs en cours démontrent le lien étroit entre cette question et une politique de développement durable. Nous encourageons le gouvernement colombien à poursuivre les démarches en cours pour permettre une pleine mise en œuvre du décret adopté en juin dernier.

3/ Enfin, et ce sera mon dernier point, une attention particulière doit être accordée à la juridiction spéciale pour la paix. En effet, le processus de pays colombien a mis en place un système unique de justice transitionnelle qui repose sur la coopération de tous les acteurs du conflit avec cette juridiction. C’est seulement dans le cadre et le prolongement de cette démarche des participants au conflit que la Colombie pourra faire toute la lumière sur les crimes commis pendant cette période, y compris contre les femmes, souvent les premières victimes des violences.

Outre l’engagement de coopération de toutes les parties au conflit, le respect des décisions ayant l’autorité de la chose jugée apparaît tout aussi fondamental pour préserver la légitimité de ce pilier du processus de paix. La France appelle ainsi tous les acteurs politiques, quelle que soit leur tendance, à réaffirmer à chaque occasion l’indépendance de cette juridiction, gage de la sécurité juridique des femmes et des hommes qui ont eu le courage de déposer les armes.

Monsieur le Président,

Le processus de paix colombien mérite toute notre admiration ; il constitue aussi une profonde source d’inspiration pour les Nations unies et pour ce Conseil. Symétriquement, l’ONU est résolument aux cotés de la Colombie pour l’encourager à écrire ce chapitre historique qui doit accoucher d’une paix durable pour l’ensemble du peuple colombien. Dans cette période décisive de son histoire, la Colombie peut à chaque instant compter sur le soutien fraternel de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 23/01/2019

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