Des menaces graves pèsent sur la solution des deux Etats [en]

Moyen-Orient
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 20 septembre 2019

Monsieur le Président,

Je tiens tout d’abord à saluer la participation à notre débat des ministres des affaires étrangères de Jordanie et de Palestine, et je remercie le Coordinateur spécial des Nations unies pour sa présentation. Le rapport qu’il a fait au titre de la résolution 2334 de ce Conseil attire une fois de plus notre attention sur la gravité de la situation, notamment en matière de colonisation. Dans la perspective des prochaines réunions qui se tiendront dans le cadre de cette résolution, je veux à nouveau remercier le Secrétariat d’avoir accédé à notre demande de pouvoir disposer régulièrement de rapports écrits. Ce sont des instruments indispensables pour documenter la question de la colonisation mais également celle de la violence, et pour orienter les travaux de ce Conseil.

Les menaces qui pèsent sur la solution des deux Etats sont très préoccupantes.

Les annonces relatives à une possible annexion de certaines zones en Cisjordanie, notamment de la vallée du Jourdain, de la côte nord de la mer Morte, mais aussi à terme de l’ensemble des colonies de Cisjordanie, sont très préoccupantes.

Si elles étaient mises en œuvre, ces annonces constitueraient non seulement une violation grave et sans précédent du droit international, mais elles alimenteraient également l’instabilité de la région en exacerbant les tensions et en nourrissant toutes les formes d’extrémisme. Nous appelons donc les parties à s’abstenir de toute les mesures contraires au droit international qui mettraient en danger la viabilité de la solution des deux États. Avec nos partenaires européens, nous continuerons de suivre la situation de près, notamment toute évolution vers une annexion, et nous agirons en conséquence.

La poursuite de la colonisation, est également un motif de profonde inquiétude pour la France. Nous avons condamné les décisions prises par les autorités israéliennes en août dernier visant à permettre la construction de 2 300 logements en Cisjordanie. Nous condamnons également la décision le 15 septembre dernier de légaliser, en droit israélien, une « colonie sauvage » de la vallée du Jourdain.

Comme l’a affirmé la résolution 2334, la colonisation est illégale. Cette politique contribue à attiser les tensions. En sapant la viabilité de la solution à deux Etats, elle remet en cause les conditions d’une paix juste et durable et elle doit cesser. Je tiens à remercier le Coordinateur spécial pour le rapport trimestriel qu’il a fourni sur la mise en œuvre de cette résolution.

Enfin, la détérioration de la situation au cours des dernières semaines à Gaza, où les tirs ont repris contre le territoire israélien et où plusieurs manifestants palestiniens ont à nouveau été tués, fait craindre une nouvelle escalade. Nous appelons toutes les parties à la plus grande retenue, réitérons notre condamnation des tirs depuis Gaza vers les zones habitées d’Israël, comme de l’usage disproportionné de la force contre les manifestants. Ces développements interviennent sur fond d’impasse de la réconciliation inter-palestinienne, malgré les efforts de l’Egypte que je salue, et de dégradation de la situation humanitaire, avec notamment une pénurie de médicaments et une crise du système de santé. Le soutien de la communauté internationale, en particulier à l’UNRWA, est indispensable. Mais il n’y aura pas d’amélioration durable de la situation à Gaza sans une solution politique impliquant le retour de l’Autorité palestinienne et la levée du blocus, assortie de garanties pour Israël, donc la sécurité, je le répète, n’est pas négociable.

Dans ce contexte la session de l’Assemblée générale qui s’ouvre doit être l’occasion de réaffirmer notre attachement collectif aux paramètres agréés par la communauté internationale et aux résolutions de ce Conseil.

L’objectif doit rester celui d’un État palestinien, vivant dans la paix et la sécurité aux côtés de l’État d’Israël, au sein de frontières sûres et internationalement reconnues tracées sur la base des lignes de 1967, avec Jérusalem pour capitale des deux États. La France se tient prête à soutenir tout effort de paix qui s’inscrirait dans ce cadre.

Toute tentative de s’écarter de ces paramètres internationalement agréés et définis collectivement serait condamnée à l’échec. Elle serait également porteuse de risques de déstabilisation régionale car il n’existe aucune alternative viable à la solution des deux Etats. Aucun des deux peuples ne peut durablement satisfaire ses aspirations au détriment de l’autre.

La voie de la paix durable passe donc par la solution des deux Etats. Et la France, parce qu’elle est l’amie d’Israël comme celle des Palestiniens, reste plus que jamais déterminée à les accompagner sur ce chemin.
Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 25/09/2019

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