Discours de Jean-Yves Le Drian au Conseil de sécurité sur la Corée du Nord [en]

Corée du Nord
Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
Conseil de sécurité - 27 septembre 2018

(Seul le prononcé fait foi)

La Corée du Nord continue de représenter la plus grave crise de prolifération à laquelle la communauté internationale ait à faire face en ce début de XXIe siècle. Elle est un défi majeur pour notre sécurité collective. Je souhaite remercier le Secrétaire d’État Michael Pompeo pour l’organisation de cet événement.

Quelle est la situation ? Les processus engagés entre la Corée du Sud et la Corée du Nord, d’une part, et entre les États-Unis et la Corée du Nord, d’autre part, ont permis de réduire les tensions dans la péninsule coréenne depuis le début de l’année 2018. Le sommet de Singapour constitue à cet égard un événement important, à l’initiative des États-Unis. Nous devons bien sûr nous en féliciter, à la lumière, en particulier, de la situation de défiance qui avait prévalu tout au long de l’année 2017. Nous avons pris note des engagements pris par la Corée du Nord dans la Déclaration de Pyongyang du 19 septembre ; ils vont dans le sens d’un apaisement des tensions et d’un rapprochement entre les deux Corées. Je salue à cet égard les efforts diplomatiques du Président Moon, encore illustrés lors du sommet intercoréen de la semaine dernière.

Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue que, tant que la Corée du Nord n’aura pas abandonné ses programmes nucléaire et balistique, ces derniers continueront de représenter une menace pour la région et pour le monde. La priorité du Conseil doit être d’amener la Corée du Nord à marquer une volonté significative de reculer sur son ambition de se doter d’un arsenal nucléaire opérationnel et à effectuer des gestes tangibles en ce sens. En effet, l’Agence internationale de l’énergie atomique a récemment rappelé que la Corée du Nord avait poursuivi ces derniers mois ses activités nucléaires. Le Groupe d’experts des Nations Unies mis en place pour aider le Comité créé par la résolution 1718 (2006) l’a également redit. Il faut également relever que la Corée du Nord n’a pas ratifié la Convention pour l’interdiction des armes chimiques et maintient des capacités militaires dans les domaines chimiques et biologiques. L’enquête menée à la suite de la mort de Kim Jong-nam en février 2017 à Kuala Lumpur a établi des liens avec la Corée du Nord.

Et de ce fait, malgré la baisse des tensions, qu’il faut saluer, cette situation constitue toujours une menace à la sécurité internationale. Tant que les programmes nucléaire et balistique nord-coréens demeureront, tout incident est susceptible de susciter une escalade. En outre, tant que ce programme se poursuit, il y a toujours un risque de prolifération secondaire depuis la Corée du Nord vers d’autres pays – voire vers des entités non-étatiques, tant que l’arsenal nord-coréen n’aura pas été éliminé et tant que ses experts nucléaires et balistiques n’auront pas été reconvertis vers les secteurs civils.

La mission de ce Conseil doit être de poursuivre sa pression pour que cette fois-ci, la Corée du Nord tienne ses engagements, et pour que le processus enclenché porte ses fruits, il doit s’appuyer sur des gestes concrets, témoignant de sa volonté réelle de démanteler ses programmes nucléaire et balistique de façon complète, vérifiable et irréversible, conformément aux résolutions de ce Conseil. Nous attendons de la Corée du Nord qu’elle aille au-delà d’un certain nombre de gestes symboliques, il est vrai, et irréversibles comme l’annonce de la destruction de son site d’essais nucléaires. Dans cette situation, l’Agence internationale de l’énergie atomique aura nécessairement un rôle important à jouer – elle s’y prépare activement. Les experts des États dotés devront être au premier plan pour vérifier les activités les plus sensibles. La France est prête à apporter son concours le moment venu.

Une première étape concrète pourrait être un inventaire complet et précis du programme nucléaire et balistique de la Corée du Nord. Quelle attitude devons-nous adopter ? Nous devons en premier lieu soutenir le dialogue existant, car il est important, essentiel, pour rétablir la confiance et pour avancer dans la voie de la dénucléarisation. Nous devons, dans le même temps, collectivement maintenir notre politique de fermeté à l’égard de la Corée du Nord, en appliquant rigoureusement les sanctions décidées par le Conseil de sécurité. Les sanctions ne sont pas une fin en soi, mais la stratégie de pression doit permettre de poursuivre la voie d’une solution politique. Le Conseil de sécurité doit rester, je pense, uni sur ce point. Les sanctions demeurent essentielles. Nous resterons particulièrement vigilants sur le respect par chacun de ses obligations au titre du droit international. Je salue à cet égard le travail remarquable effectué par le panel d’experts et le comité de sanctions des Nations Unies qui sont des outils essentiels pour vérifier l’application effective des sanctions onusiennes. Et je tiens à rappeler ici le prix que nous attachons au respect de l’indépendance et de l’impartialité du travail du panel d’experts.

Nous devons aussi, cela a été dit par plusieurs intervenants précédents, lutter contre les stratégies déployées par la Corée du Nord pour contourner les sanctions par différentes activités illicites allant du blanchiment d’argent aux opérations de transbordements maritimes de pétrole et de charbon.

Le Président Kim Jong Un a dit vouloir la dénucléarisation. Il nous a appelés à ne pas douter de ses intentions. Pour notre part, nous jugerons sur les actes, et nous appelons à une réponse unie et déterminée de la communauté internationale, dans le respect des décisions de ce Conseil. La crédibilité et la durabilité de notre architecture de sécurité collective, en particulier la durabilité de la non-prolifération, sont en jeu. Voilà le chemin et la voie dont la France souhaite qu’ils soient tenus par le Conseil.

Dernière modification : 02/10/2018

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