Education : avoir le luxe de choisir son destin [en]

Assemblée générale des Nations unies - Réunion de haut-niveau "Financer l’avenir : l’éducation pour tous" - Intervention de M. le président de la République, Emmanuel Macron - Mercredi 20 septembre 2017

"Le sujet de l’éducation dans le monde, c’est celui que nous souhaitons porter avec le président Macky SALL parce que c’est une cause qui nous permettra, je suis profondément convaincu, [...] de relever chacun de ces défis." M. Emmanuel Macron

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Merci, Monsieur le Secrétaire général, Cher Gordon BROWN,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Chers Amis,

Le Secrétaire général vient de très bien résumer la situation une fois encore, les défis qui sont les nôtres sont multiples mais l’éducation est un sujet mondial par-dessus tout parce que quels que soient les pays qui nous réunissent, quelles que soient les aires linguistiques qui sont les nôtres, si nous voulons relever les défis de la mondialisation contemporaine nous ne le ferons que par l’éducation. Et si je puis me permettre cette remarque pour commencer, j’en suis d’autant plus convaincu que dans le projet de transformation que nous conduisons pour la France l’éducation fait partie du socle fondamental, nous sommes en train très profondément de transformer notre éducation, de réinvestir et de réorganiser les choses avec le ministre qui aujourd’hui m’accompagne.

Le sujet de l’éducation dans le monde, Monsieur le Secrétaire général, vous l’avez dit, c’est celui que nous souhaitons porter avec le président Macky SALL parce que c’est une cause qui nous permettra, je suis profondément convaincu et à plusieurs reprises Erna SOLBERG l’a dit, qui est profondément engagée sur ce sujet, de relever chacun de ces défis. Celui de la transformation numérique, celui de la transformation climatique, celui du défi du développement et de prévenir les phénomènes mondiaux que nous ne traitons que par les conséquences. Et quand on parle des grandes migrations, quand on parle du terrorisme, quand on parle des déstabilisations contemporaines dont nous sommes les victimes l’éducation est une des réponses qui s’attaque aux causes profondes.

Vous l’avez parfaitement décrit pour ce qui est de votre pays et de votre cas et je veux ici vous saluer, vous l’avez dit, la seule chose que craignent ceux qui veulent affaiblir, appauvrir, la seule chose que craignent par-dessus tout les terroristes dans le monde qui nous entoure c’est que les gens, c’est que l’ensemble de nos concitoyens soient éduqués.

La pauvreté continue à grandir partout où on ne donne pas l’autonomie à des jeunes gens pour construire leur propre destin, partout où on ne forme pas pour pouvoir apprendre à se développer et à construire tout au long de la vie. La violence s’installe partout où on peut faire des femmes et des hommes des bombes humaines parce que l’obscurantisme l’a emporté sur l’éducation. Nous passons beaucoup de temps, beaucoup d’énergie, beaucoup d’argent à régler les problèmes de ce monde et les grandes crises mais l’éducation c’est ce qui - parmi les réponses qui sont à notre portée - permet de les régler bien plus que les autres. Lorsqu’une jeunesse est éduquée, lorsque tout au long de la vie on continue à apprendre alors on ne cède en rien à ces facilités du temps présent, à ces déséquilibres et on résiste.

C’est pourquoi l’objectif de ces initiatives c’est bien d’abord de focaliser notre effort sur les régions qui sont les plus en difficulté, qui sont frappées par les crises, les guerres ou l’extrême pauvreté. C’est là où l’éducation joue un rôle absolument fondamental, c’est là où l’éducation permet justement de donner de l’autonomie, de construire de l’activité, de trouver pour chacune et chacun sa place dans la société, c’est ce qui enraye la fatalité de la pauvreté et de l’appauvrissement. C’est exactement ce que nous avons voulu retenir à quelques-uns dans l’Alliance pour le Sahel que nous avons lancée en soutien aux pays membres du G5 Sahel avec l’Allemagne, le PNUD, la banque mondiale, l’Union européenne et la Banque africaine de développement. L’éducation sera l’un des piliers justement de cette initiative avec la scolarisation de quatre millions d’enfants. Nous continuerons partout où il y a des conflits, partout où il y a l’appauvrissement qui s’est installé à développer des initiatives d’éducation parce que c’est ce qui permet de l’enrayer mais c’est ce qui permet aussi de conduire à des transitions démographiques, à des transformations de comportement et à l’autonomie des femmes et des hommes.

La deuxième priorité, et je rejoins ici le secrétaire général des Nations Unies, c’est en particulier l’éducation des filles parce que l’inégalité entre les hommes et les femmes c’est bien souvent l’injustice au carré. Partout où il y a des conflits ou des continents, des régions entières sont en train de décrocher, où la grande pauvreté s’est installée, où le terrorisme se construit et où les pires projets se développent on explique que l’égalité entre les hommes et les femmes est une valeur relative. Si nous acceptons cela nous cédons sur ce qui est fondamental et ce qui nous unit, l’un des ciments des Nations Unies, c’est-à-dire l’universalité de ces valeurs qui sont les nôtres.

Et aujourd’hui l’éducation des jeunes filles est un défi fondamental parce que c’est ce qui permet de lutter contre les mariages forcés partout où s’est imposé, de lutter contre une démographie subie, ce terme je l’assume, il a pu choquer certains, mais il y a des régions entières quand la pauvreté s’est installée où la crise démographique est là aussi, qui prépare les migrations de demain et d’après-demain et se nourrit de l’absence d’éducation des jeunes filles. Et d’ailleurs elle est légitimement construite par celles et ceux qui ne veulent pas l’émancipation des jeunes filles et des femmes, c’est qu’ils savent que la pire des armes contre eux ce serait l’éducation qu’on leur donnerait.

Le troisième objectif que nous devons poursuivre c’est en effet dans toutes nos sociétés de repenser la structure de notre éducation pour en faire, d’abord, une éducation fondamentale qui enseigne les savoirs fondamentaux, le comportement et qui forme votre génération qui est là devant nous, c’est-à-dire des jeunes femmes, des jeunes hommes qui auront à devenir capables, autonomes, qui se feront leur jugement, qui décideront ou pas leur vie.

Notre éducation aujourd’hui doit relever un autre défi, c’est que nous allons tous et toutes être formés tout au long de notre vie parce que nos sociétés doivent aujourd’hui absorber des transformations technologiques, des chocs profonds qui font que cette idée dans laquelle beaucoup ont vécu jusqu’ici, qu’on serait formé pour toute la vie à 20 ans ou 25 ans, est révolue, elle n’a plus cours ! Parce qu’à 40, 45 ans, 50 ans nous aurons une transformation profonde du monde qui nous entoure, de notre activité, des secteurs d’activité porteurs d’avenir et notre éducation au niveau mondial doit aussi embrasser ce défi et savoir le relever.

C’est pourquoi je considère que l’investissement dans l’éducation est une priorité, une priorité en tout cas que la France veut faire sienne dans son propre agenda. C’est une dimension centrale dans l’agenda 2030 pour le développement durable. L’éducation tous niveaux confondus représente aujourd’hui 15 % de l’aide publique au développement de la France, nous devons là aussi faire davantage, en part et en valeur absolue. Et c’est pourquoi nous souhaitons nous appuyer sur une riche collaboration avec les agences des Nations Unies ici présentes et que je salue ainsi qu’avec le Partenariat mondial pour l’éducation dont je souhaite souligner la pertinence et l’efficacité. Le partenariat est un catalyseur dans le secteur qu’aucune autre organisation ne peut générer à ce stade.

620 millions d’enfants supplémentaires d’âge primaire devront être scolarisés d’ici à 2030, dont 450 millions en Afrique subsaharienne et le manque de financement pour atteindre l’objectif du développement durable consacré à l’éducation est d’ores et déjà de 39 milliards de dollars annuels. A cet égard, je veux saluer le travail de la commission éducation que préside Gordon BROWN. Les États partenaires doivent accroître leurs financements nationaux et les bailleurs leurs engagements dans ce secteur. Il nous appartient donc de garantir l’accès à une éducation de qualité pour tous et c’est pourquoi je m’engagerai aux côtés du Sénégal en 2018 pour mobiliser l’ensemble de la communauté internationale en faveur d’un effort accru pour financer le développement de systèmes éducatifs pérennes et résilients.

Le président Macky SALL et moi-même avons ensemble de grandes ambitions, mobiliser 3,1 milliards de dollars sur trois ans de 2018 à 2020 et je compte sur vous, partenaires européens, membres du G7 et du G20 et plus largement sur tous les pays et les acteurs de la société civile y compris les fondations, les entreprises qui sont prêts ou qui seront prêts dans les mois à venir à s’engager pour l’éducation.

Mais je souhaite également que lors de cette conférence nous puissions adopter de nouvelles méthodes, c’est-à-dire afficher nos priorités et évaluer, là aussi rendre compte. Évaluer les besoins parce qu’ils changent chaque année et évaluer nos propres réalisations parce qu’on ne peut pas se contenter de mettre simplement des chiffres ou des montants face à ce défi, c’est un travail au quotidien qui impose une responsabilité de notre part à tous.

Je laisserai le président Macky SALL le soin de vous faire part du projet qui témoigne de notre engagement conjoint en faveur de cette humanité plus solidaire mais ce défi pour l’éducation, vous l’avez compris, est à mes yeux l’une des batailles fondamentales de nos sociétés, c’est ce qui nous permettra de relever pour partie presque tous les défis qui sont aujourd’hui les nôtres. Mais c’est surtout le devoir moral que nous vous devons à vous nouvelles générations, c’est que c’est parce que nous aurons fait ce choix, cet investissement, pris ces décisions que vous aurez la possibilité dans 10 ans, 15 ans, 20 ans, 30 ans à notre place d’avoir ce luxe de choisir votre destin. Nous avons encore ce luxe aujourd’hui, il y a trop de régions sur notre planète qui ne l’ont plus et elles ne l’ont plus parce que l’éducation n’est plus là. Alors ce que nous vous devons, ça n’est pas de vous dire quel destin vous aurez ou le choisir pour vous, mais c’est de tout faire pour que vous puissiez le choisir vous-même.

Je vous remercie.

Dernière modification : 22/09/2017

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