Famine : Il est urgent d’agir [en]

FAMINE

INTERVENTION DE MME NATHALIE BROADHURST,
REPRESENTANTE PERMANENTE ADJOINTE DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 17 septembre 2020

Je tiens d’abord à remercier Mark Lowcock, David Beasley et Qu Dongyu pour leurs interventions extrêmement complètes.

Les chiffres que vous venez de présenter sont absolument alarmants : le risque de famine ne cesse de se renforcer. Les causes sont nombreuses, nous le savons : les conflits, le changement climatique et désormais la pandémie de COVID-19, ainsi que la crise économique qui en résulte, contribuent à accroître chaque jour le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Le nombre de pays touchés par le risque de famine est extrêmement préoccupant, vous en avez parlé, la RDC, le Yémen, le Nord-Est du Nigéria et le Soudan du Sud. La situation est également extrêmement préoccupante au Sahel, et en particulier au Burkina Faso.

Il est donc urgent d’agir.

Tout d’abord et ce sera mon premier point, seule une action collective coordonnée et intégrée permettra d’éviter une catastrophe humanitaire. Les Etats, les agences de l’ONU, les organisations régionales et sous-régionales, les ONG, mais aussi le secteur privé et les institutions financières internationales : tous doivent être mobilisés pour faire reculer le risque de famine.

La coopération entre tous ces acteurs, qu’ils soient humanitaires mais également de développement est indispensable. Nous le savons, il ne s’agit pas seulement d’apporter une aide alimentaire, aussi importante soit-elle. Il faut également renforcer les systèmes productifs nationaux et locaux et favoriser les filets de sécurité sociaux qui aideront les personnes les plus vulnérables à éviter le risque de famine mais surtout à subvenir, dans la dignité, à leurs besoins alimentaires. Cette crise alimentaire invite à renforcer la résilience des systèmes alimentaires et à accélérer la réalisation des objectifs du développement durable. Nous devons aussi renforcer les mécanismes de prévention et d’alerte précoce, comme vous l’avez souligné, pour mieux anticiper, prévenir et atténuer les effets des crises alimentaires. Cela implique de collecter des données fiables, et ceci en temps réel.

La France continuera, tant par son appui bilatéral que multilatéral, à œuvrer en ce sens et à fournir tous les efforts nécessaires. Notre financement de l’aide alimentaire est passé d’environ 40 millions d’euros en 2019 à plus de 50 millions d’euros en 2020. Il continuera d’augmenter l’année prochaine. Par ailleurs, la France mobilise actuellement ses partenaires européens pour renforcer la réponse de l’ « Equipe Europe » en matière de sécurité alimentaire et de nutrition, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, dont tout le monde a souligné les impacts, y compris budgétaires, et ce avec une attention spécifique sur l’Afrique, région qui nous préoccupe particulièrement.

Deuxième point : tout doit être fait pour garantir un respect absolu du droit international humanitaire. Vous avez été nombreux à le souligner : l’utilisation de la famine comme méthode de guerre est un crime de guerre en vertu du droit pénal international. Un tel crime ne doit pas rester pas impuni. Par ailleurs, nous ne le répéterons jamais assez : toutes les parties doivent garantir la protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, ainsi que des infrastructures civiles. Nous ne devons pas transiger sur ce sujet.

Enfin, prévenir la famine implique de garantir un accès humanitaire sûr et sans entraves à l’ensemble des personnes dans le besoin. A cet égard, il est essentiel d’accélérer la mise en œuvre de la résolution 2532, à travers un cessez-le-feu et une pause humanitaire.

Monsieur le Président,

Nous avons une responsabilité collective, nous avons une obligation morale d’éviter une nouvelle tragédie humanitaire si le risque de famine se réalise. Alors que les conflits restent le premier moteur des crises alimentaires, nous nous devons d’accroître les efforts pour trouver des solutions politiques durables à l’ensemble de ces conflits. Vous pouvez compter sur le soutien sans faille et continu de la France. Je vous remercie.

Dernière modification : 17/09/2020

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