Femmes, paix et sécurité au Moyen Orient : une responsabilité collective

« Femmes, paix et sécurité » au Moyen Orient
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe/chargée d’affaires a.i. de la France auprès des Nations unies
Réunion du Conseil de sécurité en format Arria – 24 janvier 2019

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Je souhaite tout d’abord remercier l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Pérou d’avoir organisé cette réunion sur l’agenda « Femmes, paix et sécurité » une priorité majeur pour la France qui a fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une cause nationale et qui mène désormais une politique étrangère résolument féministe.
Je remercie les intervenantes pour leurs exposés forts et éclairants qui nous rappellent que la participation politique des femmes dépend largement de leur émancipation au sens large, notamment sur les plans économique social et juridique. Beaucoup de femmes arabes ont joué et jouent un rôle crucial dans l’évolution récente de leur pays, ce rôle est d’ailleurs largement reconnu en atteste l’attribution du prix Nobel de la paix dans les années récentes à Nadia Murad, à Tawakkol Karman et à Ouided Bouchamaoui. Comme ces femmes remarquables l’ont montré, les femmes ne sont pas que des victimes à protéger, elles sont également des actrices de la décision et de la transformation politique et sociale à encourager et à soutenir.

I/ Le premier message que je souhaite souligner aujourd’hui est que nous avons une responsabilité collective et une responsabilité à titre national et bilatéral pour soutenir politiquement et matériellement les initiatives prises par les Etats d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour mettre en œuvre l’agenda « Femmes, paix et sécurité ». La France salue l’adoption ces cinq dernières années, de cinq plans d’action : par l’Irak, la Jordanie, la Tunisie, la Palestine et la Ligue arabe. La France salue aussi l’élaboration par le Liban de son premier plan d’action national sur l’agenda « Femmes, paix et sécurité », dont l’adoption pourrait intervenir après celle de sa stratégie nationale et la mise en place d’un partenariat avec le PNUD comme la création d’un Ministère d’Etat de la femme. Ces initiatives très positives doivent être soutenues. Notre Conseil a lui aussi souligné l’importance de cette nouvelle dynamique au Liban en ajoutant à l’été 2018 une nouvelle disposition sur l’agenda « Femmes, paix et sécurité » au mandat de la FINUL, sur lequel la France tient la plume. Il est par ailleurs important que les opérations de maintien de la paix des Nations unies montrent l’exemple, avec une présence accrue des femmes en leur sein.

Les plans d’actions nationaux, une fois adoptés, doivent être pleinement mis en œuvre. La participation politique des femmes reste un enjeu majeur dans la région. Certains progrès peuvent d’ores et déjà être soulignés : 30% des parlementaires sont des femmes en Tunisie et en Israël, 25% en Algérie et en Irak, où un minimum de sièges leurs est réservé par la loi. Ayant vécu à Tunis de 2013 à 2016, je ne peux pas oublier l’implication déterminante des femmes de tous bords politiques dans le succès de la transition démocratique en Tunisie comme dans les progrès législatifs accomplis depuis notamment l’adoption en février 2018 de la loi sur les violences faites aux femmes. A titre personnel, je souhaits aussi évoquer l’engagement courageux des femmes palestiniennes de la société civile en faveur de la paix et de la justice. Comme le montre l’exemple irakien, dont Madame Aref vient de nous parler, des efforts doivent être faits pour que les femmes soient présentes, actives et décisionnaires à tous les niveaux des processus de décision politique, économiques et sociaux, de la représentation locale aux gouvernements, y compris à des postes dit « régaliens », pour sortir d’une vision stéréotypée des partages de responsabilités. Tout doit être fait, aussi, pour que les femmes puissent être véritablement actrices des processus de négociations en cours, comme au Yémen, où le Conseil consultatif des femmes gagnerait à être pleinement associé au processus de paix, ou encore en Libye.

Comme Nadia Murad n’a eu de cesse de le rappeler, nous devons lutter sans relâche contre l’impunité en cas de violences sexuelles. L’utilisation de ces violences comme arme de guerre en Syrie, les violences sexuelles commises contre les femmes migrantes et les victimes de la traite en Libye ou encore l’esclavagisme sexuel qui a été commis par Daech sont autant d’exemples intolérables. La France agit contre ces crimes : depuis 2015, la France a ainsi consacré plus de 7,5M€ à des projets humanitaires et de stabilisation bénéficiant aux populations qui ont payé le plus lourd tribut à l’occupation de Daech, en apportant en particulier un soutien psycho-social à plus de 50 000 personnes. La France a en outre décidé d’accueillir 100 femmes yézidies pour qu’elles puissent avoir accès à des soins appropriés et entamer un processus de réhabilitation.

L’agenda « Femmes, paix et sécurité » ne pourra bien sûr pas être pleinement mis en œuvre sans une approche holistique, qui promeut les droits des femmes dans leur ensemble. La France continuera à travailler étroitement avec les Etats de la région et la société civile en ce sens, comme elle le fait par exemple à travers l’initiative « Femmes d’avenir en Méditerranée ».

II/ Au-delà de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient, sur le plan global et de manière universelle, nous devons collectivement faire beaucoup plus pour mettre en œuvre l’agenda « Femmes, paix et sécurité ».

Cela passe par l’adoption et la rénovation des plans d’action nationaux, à la lumière des obstacles rencontrés. Les efforts pour promouvoir la participation des femmes doivent être renforcés. C’est la priorité que la France s’est donnée pour la réalisation et la mise en œuvre de son 3e Plan national d’action qu’elle présentera cette année. Dans la continuité des efforts entrepris par le Canada, la présidence française du G7 intègrera l’agenda « Femmes, paix et sécurité » aux discussions, dans le cadre de la priorité donnée à la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes.

Le Conseil de sécurité a également une responsabilité particulière dans la perspective de l’anniversaire de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » en 2020 -le 20ème anniversaire de cet agenda. Nous devons réfléchir collectivement aux moyens de rendre le suivi des plans d’action plus robuste, en mettant en place un mécanisme de suivi efficace.

Et je souhaiterais conclure en saluant également l’indispensable action de l’ONU, notamment celle d’ONU Femmes et celle de la RSSGNU Pramila Patten. Le plaidoyer de l’ONU pour la participation des femmes dans la prévention et le règlement des conflits pourrait être davantage encore incarné.

Monsieur le Président,
Simone de Beauvoir écrivait qu’ « il faut considérer que la vie est une partie que l’on peut gagner ou perdre ». Ce Conseil a un rôle à jouer pour faire gagner la partie à la cause de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Merci.

Dernière modification : 25/01/2019

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