Golfe arabo-persique : il faut œuvrer à la stabilisation de la situation régionale en rejetant la polarisation [en]

DEBAT SUR LA SECURITE REGIONALE DANS LE GOLFE ARABO-PERSIQUE

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE,
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 20 octobre 2020

Monsieur le président,

Je remercie la Russie d’avoir organisé ce débat. Je remercie également le Secrétaire général et les intervenants pour leurs présentations, ainsi que les pays de la région et les organisations régionales présentes pour leur participation.

Ce débat est important car le risque de déstabilisation dans la région est réel, du fait des nombreux défis auxquels elle fait face.

Défis sécuritaires avec le risque de prolifération nucléaire, l’acquisition et le transfert illégal d’armements, le terrorisme et plusieurs conflits aux portes du Golfe qui sont parfois le théâtre de la rivalité entre des puissances de la région et d’ailleurs.

Défis politiques également, les peuples de la région notamment les jeunes et les femmes, aspirant à la paix, à la démocratie, au respect des droits humains et au bien-être économique et social que l’insécurité, le COVID-19 ou encore le changement climatique mettent à l’épreuve.

Face à ces défis, il faut œuvrer à la stabilisation de la situation régionale en rejetant la polarisation et travailler ensemble à construire l’architecture de sécurité régionale de demain.

Pour cela, il faut d’abord que soient respectés le droit international et les engagements pris. Je voudrais souligner deux points à ce sujet.

Premièrement, le JCPoA et la résolution 2231. Ils ont apporté une solution concrète et efficace à la crise de prolifération nucléaire iranienne. La France se félicite que ce Conseil ait, en août et en septembre, de manière quasi unanime, réaffirmé son soutien au JCPoA. La résolution 2231 doit être pleinement mise en œuvre, par chacun. L’Iran doit ainsi mettre un terme sans délai aux violations de ses engagements nucléaires et ne prendre aucune mesure supplémentaire qui viendrait aggraver encore la situation nucléaire. De même, les restrictions concernant le développement de missiles qui constituent des vecteurs d’armes nucléaires doivent être respectées.

Deuxièmement, je souhaite rappeler que l’expiration de l’embargo sur les armes conventionnelles ne signifie en aucun cas que toutes les restrictions pesant sur la fourniture, les transferts ou les achats d’armes à destination ou en provenance d’Iran sont entièrement levées désormais. Certaines mesures restrictives, à commencer par l’embargo européen sur les armes et les restrictions prévues sur les transferts de missiles, seront maintenues conformément au JCPoA et resteront en vigueur jusqu’en octobre 2023. Nous veillerons à ce que ces dispositions soient strictement respectées. Nous appelons également tous les participants au JCPoA, ainsi que les possibles fournisseurs et acquéreurs de l’Iran, à faire preuve de la plus extrême retenue et la plus grande responsabilité dans l’examen des conséquences que d’éventuels transferts pourraient avoir pour la sécurité et la stabilité régionales, et en tirer les conclusions qui s’imposent.

Le Conseil de sécurité a par ailleurs, strictement encadré les transferts d’armes et de missiles dans la région à destination d’acteurs non-étatiques, en Irak, au Yémen et au Liban et il adopté d’autres restrictions générales sur de tels transferts dans le cadre de la résolution 1540. Ces régimes doivent être respectés dans leur intégralité. Leur violation, en particulier par l’Iran, a été largement documentée, notamment dans le dernier rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la résolution 2231. Avec nos partenaires E3, nous avons également fermement condamné, il y a un peu plus d’un an, les attaques contre les installations de Saudi Aramco, dont la responsabilité iranienne était établie. L’ensemble de ces violations et de ces actions sont inacceptables. Elles doivent cesser et nous devons collectivement réfléchir aux moyens d’y mettre fin. Il en va de la sécurité régionale et de l’autorité des décisions du Conseil de sécurité.

Nous poursuivons nos efforts en ce sens, pour identifier des solutions concrètes et ambitieuses permettant de répondre aux défis posés par la levée de l’embargo des Nations unies.

Pour œuvrer à la désescalade des tensions, un cadre de dialogue structuré pourrait permettre de casser la spirale de défiance qui menace la sécurité et la stabilité de la région. Il pourrait permettre d’élaborer des initiatives régionales et bilatérales en matière de transparence et de mesures de confiance.

Le Secrétaire général a toute légitimité pour organiser ce dialogue régional et proposer des options pour avancer vers la mise en place d’une architecture de sécurité dans la région.

Avec ses partenaires européens, la France est déjà engagée dans ce travail collectif. Il y a près d’un an, nous lancions l’initiative européenne de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz et nous continuerons, sur cette base, là encore avec nos partenaires européens au premier chef, à soutenir le dialogue régional pour la stabilité dans le Golfe.

Enfin, travailler à la sécurité dans le Golfe nécessite un engagement de bonne foi de tous les acteurs régionaux et internationaux pour résoudre les crises qui se trouvent à ses portes et qui, souvent, reflètent voire approfondissent les tensions régionales.

Mettre fin à la guerre au Yémen conduirait avant tout à mettre enfin un terme aux souffrances de la population yéménite et permettrait également d’enclencher une dynamique positive dans la région. Nous appelons les parties à cesser les hostilités, et à s’engager de bonne foi dans les pourparlers menés par l’Envoyé spécial Martin Griffiths pour conclure un accord politique, global et inclusif sous l’égide des Nations unies. La paix au Yémen est possible. Et si tous les pays réunis aujourd’hui coopèrent, elle peut devenir une réalité.

La coopération internationale est précisément ce qui a permis de vaincre militairement Daech en Irak et en Syrie, en appui aux autorités irakiennes et aux forces démocratiques syriennes. Le combat doit se poursuivre car la menace terroriste persiste et, à certains endroits, se fait de nouveau de plus en plus présente. Il convient également, à présent, de soutenir l’Irak dans ses efforts pour sa stabilité, son développement et ses réformes. C’est ce soutien que mes autorités ont exprimé hier au Premier ministre irakien lors de sa visite en France et qui doit être partagé par tous les acteurs, en premier lieu par les voisins de l’Irak. Et il est essentiel de trouver une solution politique à la crise syrienne conforme aux paramètres de la résolution 2254, et pleinement inclusive. Face à la catastrophe humanitaire qui caractérise ce conflit depuis 10 ans, la Russie et l’Iran ont la responsabilité de faire pression sur le régime syrien pour qu’il s’engage sur ce chemin.

Je souhaite enfin dire un mot du conflit israélo-palestinien qui mine la stabilité régionale. La France salue la normalisation des relations entre Israël et deux pays du Golfe, les Emirats arabes unis et Bahreïn. Nous nous réjouissons de sa contribution à la sécurité d’Israël et à la paix et à la sécurité dans la région. Mais nous souhaitons qu’elle contribue tout autant à une reprise des négociations israélo-palestiniennes en vue de mettre en œuvre la solution des deux Etats et à la renonciation définitive d’Israël à ses projets d’annexion de toute ou partie de la Cisjordanie.

Le chantier est vaste, mais il est essentiel. Il devra être mené de façon progressive car la confiance se construit pas à pas sur la base d’actes. Vous pouvez compter sur l’engagement de la France, et de ses partenaires européens pour y contribuer.

Je vous remercie.

Dernière modification : 27/10/2020

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