Grands Lacs : une forte volonté politique s’exprime au cœur de la région [en]

Grands Lacs
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 26 mars 2019

Je remercie chaleureusement l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, M. Said Djinnit, pour son intervention très éclairante comme toujours et tiens à nouveau, au nom de la France, à lui exprimer toute notre reconnaissance pour son engagement exemplaire, qui mérite tous les éloges. Je souhaite également adresser à son successeur, M. Huang Xia, tous nos vœux de succès et l’assurer de notre plein appui.

Le moment est propice, au terme du mandat de l’Envoyé spécial, pour faire le constat avec réalisme du chemin parcouru et des efforts qui restent à accomplir pour trouver la voie d’une paix durable dans la région des Grands Lacs. Six ans après la signature de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, une forte volonté politique s’exprime au cœur de la région, en RDC, portée par les attentes du peuple congolais. Elle doit être un facteur d’émulation car, pour reprendre une expression emblématique des efforts menés par M.Djinnit, les destins sont liés : ceux de la RDC et de ses voisins ; ceux de la région des Grands Lacs et les nôtres.

L’élan politique, vous avez tenté de l’imprimer, cher Saïd, au fil de vos navettes diplomatiques entre les capitales de la région, en vous appuyant sur les mécanismes régionaux ad-hoc et les institutions régionales compétentes. Vous avez contribué à souligner la pertinence du cadre multilatéral pour dépasser les enjeux qui, dans cette région tout particulièrement, ne peuvent être résolus isolément. Depuis Brazzaville, en octobre 2017, le mécanisme de suivi de l’Accord-cadre fait l’objet d’une attention au plus haut niveau des capitales régionales. Depuis Kampala, en octobre 2018, les partenaires disposent de la faculté de partager leur évaluation sur l’état de la région et son évolution.

***

Comme nous l’indiquions en octobre dernier, l’accord-cadre d’Addis-Abeba reste un instrument essentiel pour renforcer la confiance entre les pays de la région. Cet accord inclusif vise en effet à faire converger vers un même objectif les efforts de l’ensemble des acteurs concernés : les pays de la région, les institutions régionales compétentes, les partenaires extérieurs. Il porte une vision de long terme englobant toutes les voies possibles pour assurer le développement humain et économique de cette région pleine de promesses.

Mais pour se concerter, pour agir ensemble dans la même direction, il importe de disposer des enceintes et des outils appropriés. Fidèle à cette aspiration, la France renouvelle son attachement à la poursuite d’un dialogue de qualité entre l’ensemble des parties prenantes de la région des Grands Lacs, conforme à l’esprit de l’Accord-cadre. Elle a confiance dans la capacité du futur Envoyé spécial du Secrétaire général à le pérenniser et à contribuer à lui donner sa pleine portée.

En substance, cet accord devrait opérer comme un catalyseur d’action, mais il ne fonctionne pas encore à un niveau lui permettant d’exploiter pleinement son large potentiel. La France partage les préoccupations du Secrétaire général concernant les tensions persistantes entre certains signataires. Ces tensions sont exacerbées par la menace posée par les groupes armés et par le préjudice causé, en premier lieu aux communautés qui vivent sur ces territoires, par la poursuite de l’exploitation illégale et du trafic des ressources naturelles. Pourtant, comme cela a été dit, le rapatriement récent de certains membres des FDLR et du M23 illustre la faisabilité des redditions lorsqu’elles sont accompagnées des garanties mutuelles de réinsertion sociale et économique.

En outre, de nouvelles menaces sont apparues dans la région, qui nécessitent des réponses communes. Je pense à l’épidémie d’Ebola, à la radicalisation de la jeunesse ou encore aux dommages environnementaux liés à l’exploitation illégale des ressources naturelles. Les moyens appropriés pour répondre collectivement à ces défis ne sont pas toujours disponibles, même si certains progrès ont été réalisés. Nous avons notamment à l’esprit le manque de capacités juridiques et techniques régionales en appui aux douanes, à la police, ou encore à la coopération judiciaire en matière de lutte contre la traite et l’impunité.

***

La relation de la RDC à son environnement régional est au cœur de la dynamique de l’Accord-Cadre. L’alternance politique en RDC et le souhait exprimé par le Président Tshisekedi, à la faveur de sa tournée régionale, de se rapprocher de ses voisins s’inscrivent dans une logique de normalisation des relations entre les pays des Grands lacs, porteuse de développement. La France salue cette volonté et appelle tous les pays de la région à s’unir dans cet esprit autour d’une feuille de route régionale rénovée, qui puisse faire émerger de nouveaux modes d’interactions entre les voisins et permette de relever collectivement les défis qui demeurent.

La solution aux tensions régionales passe notamment par un dialogue politique soutenu entre leaders régionaux mais aussi une meilleure gestion partagée des ressources naturelles. Un développement concerté du secteur minier en particulier serait bénéfique pour tous. Il permettrait d’assainir les circuits d’exportations et assècherait les revenus financiers des groupes armés dans l’Est de la RDC. A ce titre, la France salue l’action menée par la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), en particulier en matière de renforcement de la traçabilité des filières d’approvisionnement en minerais, et appelle les Etats qui ne l’ont pas encore fait à adopter les dispositions législatives et règlementaires sur les certificats d’origine des minerais. La France souhaite apporter son soutien à la région dans ce domaine. C’est dans cet esprit qu’elle accueillera en juin la conférence mondiale de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives.

La France réaffirme toute l’importance qu’elle attache à la région des Grands Lacs et sa solidarité avec les pays concernés. Elle reste et restera fidèle à l’engagement pris en 2013. Nous avons un objectif commun : contribuer à forger la stabilité régionale à long terme. Nous sommes prêts à travailler avec l’ensemble des acteurs de la région dans cet objectif et pour surmonter les défis actuels.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/03/2019

Haut de page