Il est de notre devoir d’apporter une amélioration concrète à la vie de millions de Syriens [en]

SYRIE POLITIQUE

INTERVENTION DE MME NATHALIE BROADHURST, REPRESENTANTE PERMANENTE ADJOINTE DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, 18 septembre 2020

Monsieur le Président,

Je remercie l’Envoyé spécial Geir Pedersen pour son intervention et pour tous ses efforts dans l’exercice de ses missions.

La France a pris note de la tenue de la troisième session du comité constitutionnel à Genève. Son organisation nous enseigne qu’il est possible de poursuivre le processus politique en dépit du contexte de la pandémie si les précautions nécessaires sont prises.

La France regrette toutefois l’absence d’avancée lors de ces discussions, l’absence d’une date pour la prochaine réunion et l’absence d’accord sur un ordre du jour. Près d’un an après la formation du comité constitutionnel, son bilan est à ce jour nul.

Il importe que le régime accepte enfin de s’engager de bonne foi dans les négociations. Tous ceux qui ont une influence sur lui, en particulier au sein de ce Conseil, doivent en user à cette fin. Les tactiques de procrastination du régime ne trompent absolument personne : elles visent à gagner du temps, avec en perspective la tenue de l’élection présidentielle en 2021.

La France pour sa part n’acceptera pas que le processus politique onusien ne soit qu’une façade destinée à relégitimer le régime. Il y va de la crédibilité des Nations Unies et de ce Conseil. Il faut dans ce contexte rappeler clairement ce que sont les critères d’élections crédibles en Syrie : la sécurité, d’une part, la libre expression, la transparence, ainsi que la supervision des Nations unies et la participation des Syriens de la diaspora. Ce, conformément aux dispositions de la résolution 2254. La France et ses partenaires ne reconnaîtront pas les résultats d’élections qui ne respecteront pas ces critères. Il est essentiel que les Nations Unies s’attellent au plus vite à cette question pour qu’elles soient prêtes à agir dès la fin des travaux du comité constitutionnel.

Le processus politique ne peut se réduire au seul comité constitutionnel, nous le savons. Après dix ans de conflit, il est de notre devoir d’apporter une amélioration concrète à la vie de millions de Syriens.

Cela passe en premier lieu par la pérennisation du cessez-le-feu dans le Nord-Ouest et par la mise en œuvre d’une cessation des hostilités à l’échelle nationale. Ce, en réponse à l’appel du Secrétaire général endossé par la résolution 2532. La trêve actuelle est fragile et réversible, elle n’offre aucune garantie aux populations syriennes. La France est à cet égard très préoccupée par l’intensification des hostilités au Sud de la route M4 et elle met en garde contre la reprise d’une offensive par le régime et ses alliés, y compris limitée.

Il est également grand temps de parvenir en parallèle à des avancées sur la question des détenus, plusieurs de mes collègues en ont parlé. Elle est aujourd’hui au point mort en dépit des appels répétés de la société civile et des membres de ce Conseil. Il y a urgence à agir dans le contexte de la pandémie de COVID 19 : le régime doit autoriser la libération à grande échelle de détenus, et en particulier des prisonniers politiques, la résolution 2254.

Il est tout aussi urgent, d’autant plus dans le contexte de la pandémie, que le régime mette enfin un terme aux obstacles à la délivrance de l’aide humanitaire et qu’elle favorise l’accès des acteurs humanitaires pour répondre aux besoins de sa population. Nous ne sommes pas dupes des tentatives visant à attribuer la tragédie humanitaire en Syrie aux sanctions. Je rappelle à cet égard que la Commission d’enquête a conclu dans son dernier rapport que le régime a commis des crimes susceptibles de constituer des crimes contre l’humanité.

Monsieur le Président,

Pour conclure, je souhaite appeler ce Conseil à mettre de côté ses différends, à unir ses efforts pour mettre en œuvre la résolution 2254. J’en appelle en particulier à la responsabilité de la Russie. Sans règlement politique crédible, la France et ses partenaires européens ne dévieront pas de leur ligne sur les sanctions, la reconstruction et la normalisation.

Personne ne sortira gagnant de la détérioration de la situation en Syrie. Ce sont les Syriens qui en sont les premières victimes. Mais il y va aussi de la stabilité de la région et de la paix et de la sécurité internationales. La France est prête à prendre toute sa part dans la relance d’un processus politique ambitieux qui donne des résultats sur le terrain. Elle continuera en parallèle à apporter son plein soutien à la lutte contre l’impunité en Syrie.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 18/09/2020

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