Il existe des chevauchements entre les groupes criminels et les groupes terroristes [en]

Terrorisme/criminalité organisée
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 9 juillet 2019

Monsieur le Président,

Je tiens tout d’abord à féliciter le Koweït et sa délégation pour la présidence du mois de juin, je tiens ensuite, Monsieur le Président, à vous souhaiter bonne chance pour cette présidence du mois de juillet. Je souhaite ensuite remercier l’Ambassadeur de Chine pour sa contribution remarquable aux travaux du Conseil ces derniers mois et ces dernières années. Je tiens enfin à vous remercier, Monsieur le Président et chers collègues, pour les paroles de bienvenue que vous avez prononcées à mon égard. Permettez-moi avant tout de remercier le Pérou d’avoir pris l’initiative de ce débat ouvert ainsi que nos intervenants, Yuri Fedotov, Michèle Coninsx et Tamara Makarenko, pour leurs présentations. La France s’associe à la déclaration qui sera prononcée par l’Union européenne. Nous avons eu, depuis la réunion du Conseil en formule Arria l’an dernier, plusieurs occasions d’entendre les différentes perspectives régionales et de partager les expériences et les bonnes pratiques dans ce domaine, et la France s’en félicite.

Je souhaiterais me limiter aujourd’hui à deux observations  :

1/ La première est un constat : il existe aujourd’hui indéniablement des chevauchements entre les groupes criminels et les groupes terroristes, dont la nature et l’ampleur varient selon les régions du monde.

En Europe, très peu de cas de coopération avérée entre réseaux criminels transnationaux et groupes terroristes ont été constatés au cours des dernières années. En revanche, les attentats de Paris en novembre 2015 et de Bruxelles en mars 2016 ont démontré l’existence de liens entre le terrorisme et la « petite criminalité » notamment, ainsi que l’a dit le représentant permanent de la Belgique.
Ailleurs dans le monde, et notamment au Sahel ou en Afghanistan, c’est-à-dire dans des régions où l’autorité de l’Etat est contestée par des groupes terroristes ou des mouvements criminels qui entretiennent un haut niveau de violence, les liens peuvent être plus forts et donner lieu à des coopérations plus actives, ou parfois même à des phénomènes « d’hybridation » où le terrorisme et le crime organisé se confondent dans une seule et même menace sécuritaire. Des groupes comme Al-Qaïda et Daech recrutent ainsi souvent au sein des mêmes populations et encouragent leurs partisans à verser dans la criminalité pour financer leurs propres activités. Les groupes criminels et terroristes utilisent fréquemment des moyens de communication similaires pour mener leurs activités, en particulier sur Internet, avec l’utilisation du « dark net ».

Nous devons donc rester attentifs à l’évolution de la menace afin d’adapter au mieux notre réponse : de récents rapports, notamment « l’Atlas mondial des flux financiers illicites » publié en septembre 2018, ont ainsi démontré que la criminalité environnementale au sens large était devenue la première source de financement de certains groupes armés non-étatiques et organisations terroristes. Il s’agit d’une évolution que nous devons prendre en compte, comme cela a été le cas au sein de la Commission pour la Prévention du Crime et la Justice Pénale.

2/ Cela m’amène à ma seconde remarque, qui porte sur la réponse à apporter, aux niveaux national, régional et international.

La France, pour ce qui la concerne,
est pleinement engagée dans la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes ainsi que dans la lutte contre la criminalité organisée. A titre d’exemple, la France porte et soutient plusieurs initiatives, notamment pour lutter, avec l’Allemagne, contre les trafics d’armes légères et de petit calibre dans les Balkans occidentaux, dans la mesure où ces trafics illicites entretiennent un haut niveau de violence et de corruption et peuvent faciliter le passage à l’acte d’individus terroristes en Europe ou ailleurs. La France a également lancé, dans le cadre de sa présidence du G7, une initiative multipartite pour lutter contre les trafics de drogues, d’armes légères et de petit calibre, la traite des êtres humains et le trafic illicite de migrants au Sahel. Ces trafics alimentent en effet l’instabilité et la corruption, ils mettent en danger l’Etat de droit et les efforts de paix, ils constituent un terreau fertile pour les organisations terroristes et contribuent à la dégradation de la situation humanitaire. Cette initiative vise donc à fournir aux pays de la région sahélienne l’assistance technique dont ils ont besoin.

Le caractère multidimensionnel de la lutte contre le terrorisme et les trafics susceptibles de l’alimenter exige par ailleurs une réponse régionale intégrée, liant développement et sécurité et tenant compte des dynamiques intrarégionales. Le soutien d’organisations sous-régionales et régionales telles que le G5 Sahel ou l’Union européenne, pour ne citer que ces exemples, est indispensable pour élaborer une réponse régionale efficace à ces phénomènes qui ignorent les frontières.

Enfin, et j’en terminerai par-là, les Nations unies ont naturellement un rôle unique à jouer pour améliorer notre compréhension des liens entre terrorisme et criminalité organisée, pour encourager la coopération internationale ou encore pour renforcer les capacités des Etats qui en font la demande. La résolution 2462 du Conseil de sécurité adoptée en mars dernier identifie clairement les risques posés par les liens entre financement du terrorisme et criminalité organisée dans différentes régions du monde et appelle les Etats, en lien étroit avec les organisations régionales compétentes et les Nations unies, à redoubler d’efforts pour y répondre. Nous devons veiller à ce qu’elle soit pleinement mise en œuvre. La France continuera de soutenir toutes les initiatives qui nous permettront d’avancer dans ce sens, en particulier le projet de résolution proposé par la présidence péruvienne de ce Conseil.

Je vous remercie.

Dernière modification : 10/07/2019

Haut de page