Il ne peut y avoir de solution que politique et pacifique au Vénézuéla [en]

Vénézuéla
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 26 février 2019

Monsieur le Président,

Je remercie la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Mme Rosemary DiCarlo, pour sa présentation très éclairante de la situation toujours aussi tragique à laquelle est confronté le peuple vénézuélien.

Alors que le Venezuela traverse la crise humanitaire la plus grave de son histoire et que les populations civiles, en particulier les femmes et les enfants, succombent faute de pouvoir bénéficier de soins et biens de première nécessité appropriés, le régime de M. Maduro a décidé le 23 février dernier d’interdire l’aide internationale à sa population. Ses forces n’ont pas hésité à tuer et à faire plusieurs centaines de blessés lors d’affrontements avec une population désarmée aux abords des frontières. Le régime a eu recours à des milices armées à sa solde, connues pour leur particulière brutalité. Des centaines de soldats vénézuéliens ont préféré faire défection plutôt que de s’en prendre à leurs compatriotes.

Monsieur le Président,

La France a depuis le début de cette crise affirmé son soutien sans faille au peuple vénézuélien et à ses revendications légitimes. Il s’agit de ces femmes et de ces hommes qui souffrent des pénuries des biens de première nécessité et d’un système de santé en ruines ; de ces femmes et de ces hommes qui ont dû fuir leur pays parce qu’ils ne pouvaient plus y vivre dignement et en sécurité ; de ces femmes et de ces hommes qui demandent le retour de la démocratie et l’État de droit au Venezuela.

Dans ce contexte, je souhaiterais insister plus particulièrement sur deux points :

1/ D’abord, cette crise politique et humanitaire n’est pas le fruit du hasard. Comme l’a rappelé la haute représentante et vice-présidente de l’Union européenne, Mme Federica Mogherini, le 24 février dernier : « les origines de la crise actuelle au Venezuela sont politiques et institutionnelles, la solution ne peut donc être que politique ». En effet, cette crise est le résultat des multiples violations de l’Etat de droit et de la constitution vénézuélienne commises par le régime.

Ces violations ont culminé le 20 mai 2018 avec des élections présidentielles opaques, dénuées de crédibilité et organisées dans un climat d’oppression. Nicolas Maduro, qui s’est prétendu vainqueur, ne dispose de ce fait d’aucune légitimité. De nombreux pays, y compris la France et ses partenaires européens, ont tiré les conclusions qui s’imposaient : le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, est devenu président par intérim, non pas dans les fourgons de l’étranger mais dans le respect de la constitution du Venezuela et pour organiser de nouvelles élections présidentielles libres, crédibles et transparentes.

Alors que la situation semble bloquée, l’Union européenne et l’Uruguay ont lancé un groupe de contact international auquel la France participe. Ce groupe a deux objectifs clairs qui sont ceux de la France.

Le premier objectif est de promouvoir une sortie négociée et pacifique à la crise, car il faut éviter un recours à la force et à la violence au Venezuela. La France souhaite insister particulièrement sur ce point. Il ne peut y avoir de solution que politique et pacifique, et une telle solution implique l’organisation aussi rapide que possible d’élections présidentielles démocratiques.

Le deuxième objectif est de permettre la livraison d’une aide internationale en accord avec les principes humanitaires internationaux afin de répondre aux besoins urgents du peuple vénézuélien.

Monsieur le président,

2/ En bloquant l’aide humanitaire dans le contexte d’une crise sans précédent, le régime porte l’opprobre aux yeux de la communauté internationale et de son propre peuple. Des millions de Vénézuéliens rencontrent depuis plusieurs années les plus grandes difficultés à se nourrir et à se soigner, victimes d’un système gravement corrompu. A titre national, et via l’Union européenne, la France s’est engagée à aider celles et ceux qui en ont cruellement besoin. Nous poursuivrons nos efforts en lien étroit avec les institutions compétentes des Nations unies, dans le plein respect des principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Nous devons notamment accroître collectivement nos efforts pour aider les organisations internationales et non-gouvernementales à répondre aux besoins des réfugiés et des migrants du Venezuela.

Nous appelons le régime vénézuélien à faire preuve d’humanité, et à faciliter l’accès et le travail sur son territoire des agences onusiennes et des organisations non-gouvernementales ayant pour objectif de soulager les souffrances de la population vénézuélienne. C’est une question de vie ou de mort pour des milliers de personnes, et chaque minute perdue tue des vies. Je souhaite ici saluer à nouveau le courage de ces Vénézuéliens mobilisés depuis plusieurs années maintenant pour apporter une aide à leurs concitoyens. Ils méritent toute notre admiration et tout notre soutien.

Monsieur le président,

Permettez-moi pour conclure de souligner ceci. Alors que le Venezuela est aujourd’hui au bord du gouffre, notre responsabilité n’est pas de nous substituer au peuple vénézuélien. Elle est de lui redonner la parole et de lui permettre de s’exprimer librement pour reprendre en main son destin. Et elle est de le faire à travers le rétablissement de la démocratie et de l’Etat de droit au Venezuela.

Tel est, Monsieur le Président, le sens des efforts de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2019

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