Il nous faut anticiper les conséquences humanitaires des catastrophes environnementales [en]

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES : IMPACT HUMANITAIRE DE LA DÉGRADATION DE L’ENVIRONNEMENT, ET PAIX ET SÉCURITÉ

INTERVENTION DE M. NICOLAS DE RIVIERE, REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES

AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 17 septembre 2020

Monsieur le Président,

Je voudrais saluer votre présence parmi nous et féliciter la présidence nigérienne pour l’organisation de ce débat qui vient après les réunions tenues à l’initiative de l’Allemagne au mois de juillet et de la France en avril dernier. Cela démontre l’intégration de la dimension environnementale dans la prévention des conflits et le règlement des crises. C’est devenu une réalité pour le Conseil de sécurité.

Le Président du CICR, le Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification et Inna Modja se sont exprimés avec conviction. Les conséquences des changements climatiques et de la dégradation de l’environnement sont considérables : ils engendrent des déplacements de populations, une augmentation du niveau d’insécurité alimentaire et sanitaire et des déséquilibres nutritionnels, économiques, démographiques et sociaux. Le Sahel en est malheureusement l’illustration parfaite et les populations en ont pris la mesure. Ainsi l’Agence française de développement soutient plusieurs ONG sahéliennes qui sont à l’avant-garde de la lutte contre la désertification à travers des projets régionaux comme la Grande muraille verte. C’est un projet ambitieux, à la mesure des défis de la région.

En appui aux populations et autorités qui sont en première ligne bien entendu, nous avons besoin d’une diplomatie préventive qui intègre l’ensemble des facteurs déstabilisateurs, y compris ceux liés aux changements climatiques et à l’effondrement de la biodiversité. Ce sera mon premier point.

Il nous faut anticiper les conséquences humanitaires des catastrophes environnementales. Nous ne partons pas de zéro. Depuis dix ans l’Union, européenne et les Nations unies ont établi un partenariat pour renforcer les capacités en matière de prévention des conflits et de gestion des terres et des ressources naturelles. Cela doit devenir plus systématique.

Nous devons aller plus loin et nous doter d’outils d’analyse : 2 500 conflits sont liés aux combustibles fossiles, à l’eau, à la nourriture et aux terres avec des conséquences humanitaires déjà terribles qui seront plus encore déstabilisatrices dans le futur. Pour ne pas être pris de court et permettre au Conseil de sécurité de réagir à temps, la France souhaite que le Secrétaire général puisse présenter, tous les deux ans, un état des lieux des risques pour la paix et la sécurité internationales que font peser les impacts des changements climatiques, dans toutes les régions du monde, et à différents horizons de temps.

En complément, il est indispensable d’évaluer les risques de dommages environnementaux dans les situations humanitaires fragiles. Ce sera mon second point.

Le cas du pétrolier SAFER au Yémen témoigne de l’acuité et de l’urgence du problème : le pétrolier fait peser un risque immense sur l’écosystème et la biodiversité, ainsi que sur la santé et les moyens de subsistance de millions de personnes dans les États côtiers de la mer Rouge déjà frappés par les conflits et les catastrophes écologiques. C’est en particulier le cas du Yémen. Il y a urgence à ce que les équipes des Nations unies puissent avoir accès à ce pétrolier.

Enfin, il convient d’intégrer systématiquement les enjeux climatiques et environnementaux dans la conception des interventions des forces armées et de sécurité, lors d’opérations de secours humanitaire après une catastrophe naturelle ou lors d’opérations de maintien de la paix.

La prise en compte des réfugiés climatiques et environnementaux est un enjeu global qui requiert des efforts considérables de coordination entre tous les acteurs, notamment de terrain.

C’est également dans cette optique que nous poursuivons un travail de réflexion afin d’ajuster nos instruments humanitaires afin de mieux anticiper et prendre en compte les éventuelles conséquences environnementales et climatiques de toute action humanitaire sur le terrain.

La protection de l’environnement exige donc le plein investissement de tous et une plus grande coopération internationale car en dépendent la reconstruction et la paix durable. Soyez assurés que la France, en lien avec ses partenaires, entend poursuivre ses efforts en ce sens.

Je vous remercie Monsieur le Président.

Dernière modification : 17/09/2020

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