Il y a urgence à faire taire les armes à Idlib [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 27 février 2020

Monsieur le Président,

Je remercie Mesdames Müller et Fore pour leurs interventions. Et je salue la présence parmi nous du Ministre allemand des Affaires étrangères ainsi que la vôtre bien-sûr.

Il y a urgence à faire taire les armes à Idlib et à parvenir à une cessation immédiate des hostilités.

La France condamne avec la plus grande fermeté les bombardements intenses de l’aviation du régime et de ses alliés, en particulier de la Russie. Ces bombardements visent de manière indiscriminée les populations et les infrastructures civiles dans le Nord-Ouest, y compris des hôpitaux, des écoles et des abris pour les personnes déplacées. Ces crimes – car ce sont des crimes, si les mots ont un sens - ne doivent pas rester impunis : nous continuerons à soutenir l’ensemble des mécanismes mis en place par les Nations Unies et nous maintiendrons notre engagement dans le cadre de nos juridictions nationales.

Nous sommes parfaitement lucides sur la présence de groupes terroristes à Idlib. Nous ne prendrons jamais à la légère le problème du terrorisme. Nous le combattons avec détermination et la France est en première ligne engagée dans la lutte contre Daech et contre les autres groupes. A Idlib, comme ailleurs en Syrie, lutter contre le terrorisme devrait signifier lutter contre les groupes sanctionnés par ce Conseil, et non pas, comme c’est le cas, comme le font le régime syrien et la Russie, frapper de manière indiscriminée tous les opposants, terroristes ou non, et la population civile au passage.La lutte contre le terrorisme ne doit pas justifier non plus les violations du droit international humanitaire. La guerre a des règles et le respect du droit international humanitaire s’impose à tous. La protection des civils, y compris des personnels humanitaires et médicaux, ainsi que des infrastructures civiles, doit rester une priorité absolue. A Idlib et ailleurs en Syrie, les enfants meurent sous les bombes, ou meurent de froid, et cela doit cesser. Ce n’est pas la directrice exécutive de l’UNICEF, ici présente, qui va me contredire.

Il faut aujourd’hui unir nos efforts pour parvenir à un cessez-le-feu immédiat et durable à Idlib. Quatorze ministres des Affaires étrangères de pays membres de l’UE, dont Monsieur Le Drian et Monsieur Maas, se sont exprimés hier en ce sens.

Nous appelons la Russie à poursuivre ses négociations avec la Turquie pour parvenir à une désescalade tout de suite. Mais le format d’Astana a montré son incapacité à prévenir la catastrophe humanitaire et l’escalade. Il est donc de notre responsabilité de nous réunir pour faire taire les armes. La France et l’Allemagne se mobilisent à cette fin. Les Nations Unies ont un rôle central en la matière, comme le prévoit la résolution 2254. La France réitère son plein soutien aux efforts du Secrétaire général et de l’Envoyé spécial des Nations Unies, dont nous attendons des propositions sur le cessez-le-feu.

Dans le même temps, tout doit être fait pour garantir un accès humanitaire aux personnes ayant besoin d’aide.

Il est essentiel que les parties, en particulier le régime syrien, garantissent l’accès aux acteurs humanitaires aux populations dans le besoin. Nous appelons la Russie à œuvrer en ce sens. Les chiffres rappelés par Madame Mueller parlent d’eux-mêmes : il n’y a pas d’alternative au mécanisme transfrontalier pour apporter de l’aide dans le Nord-Ouest. Il faut le préserver et nous y sommes déterminés. C’est une question de vie ou de mort pour des millions de Syriens.

S’agissant du Nord-Est, nous remercions le Secrétaire général pour son rapport qui met en évidence l’absence de progrès pour acheminer de l’aide médicale en « crossline » depuis Damas. Nous dénonçons les blocages du régime syrien. Les récentes annonces qu’il a faites devront se traduire en actes durables et nous y serons vigilants : nous ne sommes pas dupes de sa stratégie d’instrumentalisation de l’aide humanitaire. Nous déplorons également que ce Conseil n’ait pas renouvelé son autorisation pour l’utilisation du point de passage d’al Yaroubiyah. Il est essentiel de trouver sans délai des solutions pour permettre l’acheminement durable de matériel médical dans le Nord-Est.

Les recommandations du Secrétaire général sont claires : il est nécessaire de combiner l’aide transfrontalière et l’aide « crossline ». Il appartient donc à ce Conseil de prendre ses responsabilités et d’en tirer des conséquences. Nous garderons pour notre part un niveau d’exigence très élevé s’agissant de l’acheminement d’aide humanitaire au Nord-Est, où les enjeux sont cruciaux : il s’agit du relèvement d’une région où la pauvreté et la relégation ont servi de terreau à l’émergence de Daech.

La tragédie à laquelle nous assistons rend enfin plus nécessaire que jamais une solution politique.

L’offensive à Idlib ne laisse aucun doute sur les intentions du régime syrien, soutenu par ses appuis extérieurs, à commencer par la Russie : reprendre par la force le contrôle de la Syrie sans rien négocier, faire semblant de rechercher une solution politique tout en œuvrant à une victoire militaire totale, dans le sang.

Il est plus que jamais urgent de remettre sur les rails le processus politique en vue de la mise en œuvre de la résolution 2254 dans tous ses éléments, en particulier à travers des mesures de confiance et des élections libres et transparentes, supervisées par les Nations Unies et auxquelles tous les Syriens pourront prendre part.

Seule une solution politique permettra, par ailleurs, aux 6 millions de réfugiés syriens de revenir dans leur pays dans des conditions sûres et dignes. Nous regrettons que ces conditions ne soient pas réunies.

Enfin, la France, ainsi que tous ses partenaires de l’Union européenne, se tiendra prête à financer la reconstruction et à lever les sanctions, dès qu’un règlement politique sera solidement engagé, de manière irréversible. Pas avant. La clé pour sortir de l’impasse est donc entre les mains du régime et de ses alliés.

Face au drame qui se déroule sous nos yeux à Idlib, il est aujourd’hui essentiel d’unir nos efforts pour conjurer le désastre humanitaire, politique et sécuritaire qui s’y joue.

Je vous remercie.

Dernière modification : 27/02/2020

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