Iran : Soyons les acteurs d’une solution politique [en]

Iran
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 26 juin 2019

Monsieur le Président,

Je remercie la Secrétaire générale adjointe Rosemarie DiCarlo, l’Ambassadeur Vale de Almeida pour l’Union européenne et l’Ambassadeur de Belgique, en sa qualité de facilitateur de la mise en œuvre de la résolution 2231, pour leurs interventions très éclairantes. Je souhaite également saluer le professionnalisme et l’engagement du Secrétariat, qui a produit un rapport de qualité, très précis et équilibré.

Monsieur le Président,

Les défis qui nous mobilisent au sein de ce Conseil sont plus nombreux et plus graves que jamais, et nos responsabilités sont immenses, sur les enjeux de non-prolifération comme sur l’ensemble des dossiers régionaux dont nous avons à traiter. Dans ce contexte, notre responsabilité est d’être pleinement mobilisés pour prévenir et résoudre les crises. C’est cet engagement et cette mobilisation collective qui ont permis dès 2003, à l’initiative des E3 et avec le soutien de ce Conseil, de tracer le chemin vers des négociations avec l’Iran qui ont mené à l’adoption du Plan d’action global conjoint (JCPoA) en 2015. Cet accord a été scellé par l’adoption de la résolution 2231, une résolution portée par les cinq membres permanents de ce Conseil, reflet de leur unité, et de notre unité collective sur les enjeux de non-prolifération, qui sont au cœur de notre sécurité. La France reste résolument attachée à la préservation de ce cadre, et continuera activement ses efforts pour mettre en œuvre ses obligations au titre du JCPoA, avec ses partenaires de l’Union européenne, tant que l’Iran respectera ses engagements nucléaires.

Monsieur le Président,

Le JCPoA, qui a mis fin à une grave crise de prolifération nucléaire, constitue une pierre angulaire pour la stabilité de l’ensemble du Moyen-Orient et un instrument de non-prolifération indispensable. Alors que nous assistons à une inquiétante montée des tensions dans la région, chacun doit s’abstenir d’annonces et de mesures susceptibles d’affaiblir le JCPoA et de précipiter une escalade.

Le retrait des Etats-Unis de l’accord l’an dernier, puis les sanctions américaines, ont ouvert une phase d’incertitude très préoccupante. La France, en lien avec ses partenaires et à l’instar du Secrétaire général des Nations unies, a clairement exprimé ses regrets et inquiétudes concernant ces décisions américaines.

Dans ce contexte, les récentes annonces iraniennes quant au non-respect des dispositions du JCPoA, qu’a également regretté le Secrétaire général, sont extrêmement préoccupantes. Je souhaite rappeler sur ce point la position de mon pays : il est impératif que l’Iran continue à mettre en œuvre pleinement et scrupuleusement ses obligations nucléaires. Au-delà des annonces, Téhéran doit s’abstenir de toute mesure qui placerait l’Iran en violation de ses engagements. Le JCPoA résulte d’un équilibre fragile. Toute cessation, même partielle, des engagements iraniens aurait des conséquences négatives en termes de risque de prolifération nucléaire et déstabiliserait davantage encore la région.

Monsieur le Président,

La France l’a dit à de nombreuses reprises dans cette enceinte, la préservation et la pleine mise en œuvre de l’accord doivent aller de pair avec le respect de toutes les dispositions de la résolution 2231 qui l’endosse. Chacun sait en effet que les engagements collectifs pris en 2015 ne s’arrêtent pas au cadre du JCPoA. Je voudrais à cet égard exprimer la préoccupation de la France quant aux divers éléments identifiés par le Secrétaire général dans son rapport sur le non-respect continu par l’Iran de plusieurs de ses dispositions, notamment sur ses activités balistiques et sur les transferts d’armes diverses vers d’autres acteurs au Moyen-Orient. L’Iran mène des activités particulièrement déstabilisantes dans le domaine des missiles, qu’il s’agisse de ses efforts pour développer un programme balistique, non-conformes à la résolution 2231, ou des transferts vers des acteurs étatiques et non-étatiques au Moyen-Orient, qui placent l’Iran en violation de plusieurs résolutions de ce Conseil, dont la résolution 2231.

Il est donc indispensable que l’Iran cesse ces activités et se conforme pleinement aux résolutions adoptées par ce Conseil.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de lancer ici un appel urgent au pragmatisme et à la lucidité.

Face au risque d’escalade causé par les incidents dans le Golfe d’Oman, il est crucial que l’ensemble des acteurs concernés fassent preuve de la plus grande retenue, privilégient la voie du dialogue et du règlement pacifique et contribuent ainsi d’urgence à une désescalade régionale. La France encourage et soutient tous les efforts de médiation entre les parties. Des voies doivent être trouvées vers l’apaisement grâce à des gestes de tous les acteurs impliqués. Cette crise doit aussi être l’occasion de s’engager dans la recherche de mécanismes régionaux de stabilisation et de sécurité.

La disparition du JCPoA marquerait un dangereux retour en arrière, porteur d’incertitudes et potentiellement lourd de conséquences pour la région, pour le régime de non-prolifération et pour notre sécurité collective. Nous devons tous œuvrer pour éviter un tel scénario, dont nous paierions tous le prix, et pour préserver l’accord nucléaire. J’appelle chacun autour de cette table à se rallier à cet objectif.

La France, vous le savez, défend une approche globale, endossée par l’Union européenne, qui vise à assurer la préservation du JCPoA, tout en traitant également de l’encadrement de long-terme du programme nucléaire iranien et des comportements de l’Iran dans le domaine balistique et dans les conflits régionaux.

Monsieur de le Président,

Face aux engrenages menaçants en cours, je voudrais conclure en appelant, au nom de la France, l’ensemble des parties prenantes à se ressaisir, à débrancher leur pilote automatique et à assumer leurs responsabilités, dans le respect et par le dialogue, pour rechercher des convergences et conduire à la désescalade. Ne soyons pas les somnambules d’une confrontation militaire, mais les acteurs d’une solution qui ne peut être que politique. Soyez assurés de l’engagement résolu de la France en ce sens.

Je vous remercie.

Dernière modification : 27/06/2019

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