Israël-Palestine : la France réaffirme son engagement pour une solution à deux Etats [en]

Débat ouvert sur le Moyen-Orient
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 22 janvier 2019

Monsieur le Président,

Je souhaiterais débuter mon intervention en saluant la mémoire des 10 casques bleus tchadiens de la MINUSMA tombés dimanche au Nord Mali. Je tiens à présenter mes condoléances aux familles des victimes, au peuple et au gouvernement tchadiens. Le sacrifice héroïque de ces soldats nous oblige tous. Il nous rappelle combien la MINUSMA évolue dans un contexte sécuritaire difficile. Il nous rappelle également combien elle joue un rôle indispensable pour préserver la stabilité du Mali et soutenir la mise en œuvre du processus de paix malien. Face aux ennemis de la paix, notre détermination doit rester totale.

Monsieur le Président,

Je veux remercier Nikolay Mladenov pour sa présentation convaincante et, une fois de plus, inquiétante, ainsi que pour son engagement quotidien sur le terrain. Je salue également la présence parmi nous de la ministre des Affaires étrangères de l’Indonésie.

Le constat qui s’impose régulièrement à ce Conseil reste, plus que jamais, d’actualité : l’illusion du statu quo recouvre une dégradation quotidienne de la situation, qui peut dégénérer à tout moment en nouveau conflit. Les violences qui ont marqué la fin de l’année 2018 – à Gaza en novembre, en Cisjordanie en décembre – doivent servir d’avertissement. Elles doivent aussi nous rappeler que lorsque la paix recule sur le terrain, elle recule également dans les esprits et dans les discours. 25 ans après les accords d’Oslo, seule une petite moitié de Palestiniens et d’Israéliens croit encore à la solution des deux Etats. Génération après génération, Palestiniens et Israéliens perdent l’espoir d’un règlement pacifique du conflit. Il est donc plus important que jamais que les autorités israéliennes et palestiniennes veillent à préserver un espace pluraliste et ouvert au sein de leurs sociétés civiles respectives, qui conditionne la possibilité d’un vrai dialogue entre elles. Le Président de l’Autorité palestinienne s’est exprimé devant les Nations Unies le 15 janvier dernier à l’occasion du début de sa présidence du G77. Ses propos alarmistes donnent la mesure de la gravité de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui .

Monsieur le Président,

1.Je veux en premier lieu revenir sur la situation à Gaza. A la mi-novembre, la bande de Gaza a été sur le point de basculer dans un nouveau conflit meurtrier, comme ce territoire en a connu trois au cours de la dernière décennie. Ce risque n’a pas disparu aujourd’hui, et nous devons prendre toute la mesure de sa gravité, dans un contexte régional volatile et marqué par un regain de tensions au nord d’Israël.

Le contexte de crise humanitaire qui prévaut dans la bande de Gaza demeure pour l’essentiel le même, malgré des améliorations ponctuelles dans le domaine de l’approvisionnement énergétique.

Dans ce contexte humanitaire catastrophique, les violences se sont succédées à Gaza depuis bientôt un an, à un niveau sans précédent depuis 2014. Le bilan des manifestations le long de la barrière de séparation est lourd : plus de 180 Palestiniens tués et plus de 6000 blessés par balle depuis le 30 mars, dans le cadre de rassemblements nourris par le désespoir de la population. La France a condamné un usage disproportionné et indiscriminé de la force et appelé Israël à respecter le droit des Palestiniens à manifester pacifiquement. Nous avons également dénoncé l’instrumentalisation des manifestations par le Hamas et d’autres groupes armés.

Sur le plan politique, l’impasse dans laquelle se trouve le processus de réconciliation inter-palestinien aggrave la situation pour la population de Gaza. La fermeture du point de passage de Rafah entre Gaza et l’Egypte, qui résulte du retrait des personnels de l’Autorité palestinienne, vient s’ajouter au blocus imposé par Israël depuis plus d’une décennie à la bande de Gaza.

Pour redonner espoir dans l’immédiat à la population de Gaza, nous devons d’abord répondre à l’urgence humanitaire. Les efforts du coordinateur spécial et de l’ensemble des agences des Nations Unies, contribuent de manière significative à cette réponse. Les conditions d’une réouverture rapide du point de passage de Rafah doivent aussi être réunies rapidement. A terme, seule une levée du blocus, assortie des garanties de sécurité requises pour Israël, permettra de répondre aux besoins de la population. Le rôle de l’UNWRA est dans ce contexte plus crucial que jamais. A Gaza comme dans la région, l’agence joue un rôle essentiel sur le plan humanitaire mais aussi sur le plan de la stabilité et de la sécurité. Alors sachons continuer à nous mobiliser pour soutenir l’UNWRA après le retrait américain, comme le fait la France en doublant cette année sa contribution à l’agence.

Mais il ne saurait y avoir de réponse durable à la crise que connaît Gaza sans retour à l’unité palestinienne, qui devra permettre à l’Autorité palestinienne de retrouver l’ensemble de ses prérogatives dans ce territoire. Nous soutenons cet objectif dans le cadre des efforts engagés par l’Egypte, que je tiens à nouveau à saluer ici. Nous appelons l’ensemble des parties à reprendre le dialogue pour relancer le processus de réconciliation inter-palestinien.

Au-delà de Gaza, ce processus passera également par la tenue d’élections législatives, comme annoncé par le président Mahmoud Abbas à la suite de sa décision de dissoudre le Conseil législatif palestinien. Ces élections devront se tenir dans des conditions libres et transparentes, et toutes les voies devront être explorées pour qu’elles puissent se dérouler dans l’ensemble des territoires palestiniens.

2. Monsieur le Président,

En Cisjordanie, l’escalade intervenue entre le 9 et le 13 décembre, à la suite de l’attaque meurtrière perpétrée aux abords de la colonie d’Ofra – que la France a condamnée avec plus grande fermeté – s’inscrit également dans un contexte profondément dégradé par l’absence d’horizon politique et les conséquences de la colonisation.

La politique de colonisation, dont Nikolay Mladenov a établi le bilan le mois dernier devant ce Conseil, s’est poursuivie sous toutes ses formes tout au long de l’année 2018 à un rythme soutenu. A Jérusalem, elle a atteint un niveau proche du triste record de 2012 en nombre d’annonces de nouvelles unités de logement ; elle s’est aussi traduite par la poursuite de la politique d’expulsion des Palestiniens des quartiers arabes de la ville, comme celui de Cheikh Jarrah. Ces développements nous éloignent chaque jour de l’objectif de faire de Jérusalem la capitale des deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte-à-côté en paix et dans la sécurité.

En Cisjordanie, la mise en œuvre de la politique de colonisation s’est également poursuivie de manière systématique, avec une succession d’annonces portant sur de nouvelles unités de logement dans les colonies, jusqu’à l’approbation, les 24-25 décembre, de près de 2 200 nouvelles unités de logement. Les annonces qui se sont multipliées l’an dernier portent notamment sur des zones isolées au cœur de la Cisjordanie et sur des sites particulièrement sensibles comme Hébron. Dans le même esprit, la récente décision d’allocation par le gouvernement israélien d’une zone pour la construction de la nouvelle colonie de Givat Eitam, dans une zone essentielle pour la viabilité de la solution des deux Etats et pour la continuité des Territoires palestiniens, au sud de Bethléem, est un nouveau développement préoccupant. Dans une autre zone critique pour la solution des deux Etats, aux abords de la zone E1, nous attendons toujours que la décision de surseoir à la démolition du village de Khan al-Ahmar soit pérennisée, et que les autorités israéliennes renoncent définitivement à la démolition de ce village et au déplacement forcé de ses habitants. Nous appelons enfin au retrait des initiatives législatives visant à la régularisation des colonies dites « sauvages », illégales même en droit israélien.

Je veux redire, dans ce contexte, notre condamnation de la colonisation, qui est illégale en droit international et contrevient aux résolutions de ce Conseil, notamment la résolution 2334.

Monsieur le Président,

Face à la situation que je viens de décrire, le Conseil de sécurité n’a jamais été en mesure de parler d’une seule voix au cours de l’année dernière. Ce silence assourdissant est chaque jour plus incompréhensible pour les populations de la région, comme pour le monde qui nous regarde. C’est pourquoi nous appelons à un sursaut et à une remobilisation cette année. Au-delà, il est urgent de restaurer un horizon politique crédible. Toute négociation devra s’inscrire dans le cadre des paramètres internationalement agréés qui reposent sur le droit international et les résolutions de ce Conseil. Ces paramètres ne sont pas des options ou un menu dans lequel il serait possible de piocher à sa guise ; ils sont, pris dans leur ensemble, le socle incontournable de tout plan de paix et de toute négociation à venir.

Nous sommes, en effet, proches du point de non-retour. L’ensemble territorial morcelé qui prend forme sous nos yeux fait d’ores et déjà coexister de manière inégalitaire deux populations sur un même territoire. L’aboutissement de ce processus marquerait, pour les Palestiniens, l’abandon de leurs aspirations nationales, qui passent par l’établissement d’un Etat ; et, pour les Israéliens, la renonciation au caractère démocratique de l’Etat d’Israël. Or nous le savons tous, les destins des Israéliens et des Palestiniens sont liés : aucun des deux peuples ne réalisera durablement ses aspirations aux dépens de l’autre. La France est l’amie des Israéliens comme des Palestiniens. Le Président Emmanuel Macron rencontrera le Président israélien, Reuven Rivlin, dans le cadre de sa visite en France qui débute aujourd’hui ; et le Premier ministre Edouard Phillippe a rencontré le Premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, le mois dernier à Paris. La France n’a qu’un seul objectif : la mise en œuvre, par la négociation, de la solution des deux Etats, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale, seule à même de permettre une paix juste et durable. Soyez assuré que nous ne continuerons à ne ménager aucun effort en ce sens et en faveur de la paix. Je vous remercie.

Dernière modification : 22/01/2019

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