Journée contre la pauvreté : Dignité, courage, respect

Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 17 octobre 2017

"Nous sentons tous que cette rencontre n’est pas une rencontre comme les autres : parce qu’elle touche à l’essentiel", François Delattre, 17 octobre 2017

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Mesdames, messieurs,
Chers amis,

Nous sentons tous que cette rencontre n’est pas une rencontre comme les autres : parce qu’elle touche à l’essentiel ; parce que, comme vous l’avez dit avec vos témoignages aussi puissants qu’émouvants et dynamisants, le combat contre la pauvreté est la mère de toutes les batailles, celle dont dépendent beaucoup d’autres ; parce que ce combat contre la pauvreté est au cœur de l’action des Nations unies, telle que vient de le rappeler Antonio Guterres, le Secrétaire général de l’ONU ; parce que les armes de ce combat, le respect de soi et le respect de l’autre, la dignité, sont au cœur de ce que vous faites et doivent être au cœur de ce que nous faisons ici aux Nations unies ; parce que ce combat contre la pauvreté est inséparable du combat pour la paix : les deux participent d’un même élan, d’une même générosité. C’est ce que vous, les représentants, équipes et volontaires d’ADT Quart Monde, m’avez appris.

C’est dire combien je suis heureux et honoré d’être avec vous aujourd’hui. C’est une grande fierté pour moi, comme représentant de la France, de vous accueillir à l’ONU, qui porte nos idéaux les plus élevés. Vous faites honneur à l’une et à l’autre. Aujourd’hui, vous nous rendez tous très fiers. Donc un grand merci à vous d’être ici.

L’une des raisons aussi pour laquelle cette rencontre n’est pas une rencontre comme les autres, c’est qu’elle rassemble des gens qui pour beaucoup d’entre vous sont ici à l’ONU pour la première fois ou l’une des premières fois et des personnes, comme les représentants d’ATD Quart Monde, qui sont pour nous tous une source d’inspiration très profonde.

J’espère qu’après notre rencontre, le message que vous nous avez passé, avec une force communicative, soit comme un viatique qui reste dans la tête et dans le cœur de tous celles et ceux qui travaillent aux Nations unies.

Dignité, courage, respect : ce sont les mots qui vous caractérisent, qui caractérisent ATD Quart Monde. Votre expérience professionnelle de la pauvreté et de soutien aux personnes connaissant la pauvreté nous éclaire, dans les deux sens du terme. Votre sérénité, la profonde conviction que vous portez que la misère est une atteinte aux droits de l’Homme sont contagieuses.

Je suis particulièrement marqué par la paix, la sérénité et la force de votre message. Je vous ai rencontré à diverses reprises au cours de la période récente. C’est l’une de vos représentants, Susana, qui rappelait au cours des derniers jours que la paix n’était pas le contraire de la guerre, c’est le contraire de la violence, de toutes les violences, et parmi ces violences, la misère et la pauvreté tiennent leur part.

Combattre ces violences, à travers la lutte contre la pauvreté, c’est donc faire œuvre de paix.

Dans une enceinte comme celle des Nations unies, ces mots nous parlent et parlent à beaucoup d’entre nous. Et nous devons les entendre.

C’est justement pour les entendre et vous entendre que chaque année le 17 octobre, nous nous réunissons, ici aux Nations unies, comme de nombreuses autres personnes partout dans le monde pour affirmer notre combat contre la misère, pour affirmer la reconnaissance de la dignité et des droits de toutes les personnes qu’elle touche.

Cette année, le 17 octobre prend une dimension particulière, nous célébrons en effet plusieurs anniversaires :
• le centenaire de la naissance du Père Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD quart monde ;
• le 60ème anniversaire de ce mouvement international ;
• le 30ème anniversaire de l’appel de Joseph Wresinski, en 1987, à reconnaître la dignité et les droits fondamentaux des victimes de la misère ;
• Enfin, cela fait 25 ans que les Nations unies ont fait de ce 17 octobre la journée internationale de l’élimination de la pauvreté.

La France a sa part dans cette histoire.

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion est plus que jamais une priorité majeure de nos politiques, la solidarité et la recherche de la plus grande cohésion sociale sont des ambitions sans cesse renouvelées.

Après plusieurs années de mise en œuvre d’un plan ambitieux de lutte contre la pauvreté dans toutes ses dimensions, le gouvernement français vient de proposer des orientations complémentaires pour lutter contre l’exclusion des enfants et des jeunes générations, qui, si je vous ai bien écouté, est au coeur de votre combat. L’une des ambitions est de rompre cette spirale de la pauvreté qui passe trop souvent d’une génération à l’autre. Nous refusons, grâce à vous, cette fatalité, cet héritage de la misère et de la pauvreté.

Nous devons construire – et construire ensemble - des mondes plus fraternels, plus solidaires, autour des familles, des lieux de vie, des communautés. A cet effet, la culture et l’éducation pour tous sont une voie incontournable de lutte contre la misère. Le Président de la République, Emmanuel Macron, l’a rappelé avec force ici même lors de sa venue à l’Assemblée générale des Nations unies. La protection des plus vulnérables contre les grands fléaux, qu’ils soient sociaux, sanitaires ou environnementaux, est aussi cruciale. Après l’accord de Paris, le Pacte mondial pour l’environnement, qui est l’un de nos combats ici à l’ONU, est aussi de nature à y contribuer.

La lutte contre la misère et la pauvreté c’est aussi éviter que des personnes n’y tombent après des catastrophes naturelles, après des conflits ou des guerres, qui font partie de notre combat quotidien à l’ONU. Ce combat-là suppose que l’on puisse articuler de manière cohérente la lutte pour la paix, pour la sécurité, le maintien de la paix, les politiques de développement, l’aide humanitaire, en ne laissant personne derrière, en ne laissant personne de côté. Toute personne qui serait laissée de côté serait non seulement une tâche sur ce qu’on essaye de faire, non seulement un aveu d’impuissance, mais le signe que nous ne pourrons jamais trouver la bonne méthode de partenariat avec tous ceux qui luttent contre la pauvreté et qui en font le combat de leur vie.

Plus profondément ceux qui ont connu l’extrême pauvreté sont des artisans de paix et des partenaires pour la paix et doivent être reconnus comme tels. S’il y a un appel que je voudrais lancer aujourd’hui, c’est celui-là. C’est une autre leçon d’ATD Quart Monde, et d’autres militants auprès des plus vulnérables : c’est en aidant celles et ceux qui sont les plus fragiles, mais aussi en les écoutant et en en faisant de vrais partenaires, que l’on peut et que l’on pourra construire la paix pour tous.

Encore une fois, à chacune et chacun des représentants, équipes, volontaires, activistes d’ATD Quart Monde, sachez que ce n’est pas une rencontre comme les autres aujourd’hui, que nous repartons tous émus mais aussi plus forts, et que cette rencontre nous marquera profondément.

Dernière modification : 17/10/2017

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