L’Irak peut compter sur l’engagement de la France à ses côtés [en]

Irak
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 3 mars 2020

Monsieur le Président, à mon tour je félicite la Chine pour son accession à la présidence du Conseil de sécurité pour le mois de mars, pendant lequel vous pourrez compter sur la coopération de la délégation française et je remercie également la Belgique pour la conduite remarquable de nos travaux au cours du mois dernier.

Je souhaiterais également commencer par remercier la Représentante spéciale, Madame Jeanine Hennis-Plasschaert pour son intervention et surtout pour son travail remarquable avec ses équipes au service de la paix en Irak.

Monsieur le Président,

L’Irak, qui a été meurtri par des épreuves successives au cours de son histoire récente, et qui est un pays avec lequel la France entretient des liens forts et anciens, est à la croisée des chemins. Le pays est bousculé par les tensions régionales. Il doit achever la lutte contre Daech. Il doit également répondre aux aspirations que les Irakiens et les Irakiennes expriment depuis le mois d’octobre dernier et continuer à avancer sur le chemin de la démocratie et de la justice.

Pour répondre à tous ces défis, un objectif est essentiel : il faut faire en sorte que l’Irak soit pleinement souverain, recouvre rapidement sa stabilité institutionnelle et les moyens de répondre à ces différents défis. Et il est indispensable que les membres de ce Conseil se tiennent aux côtés du peuple irakien et de ses autorités pour y parvenir.

Dans cet esprit, je souhaiterais mettre en avant aujourd’hui deux messages principaux.

Le premier est un message de soutien. Soutien tout d’abord au peuple irakien qui doit pouvoir exprimer ses revendications légitimes sans craindre pour sa sécurité, conformément aux principes constitutionnels irakiens. Le bilan humain des manifestations est excessivement lourd : plus de 500 morts et des milliers de blessés.

Comme évoqué à Genève lors de la 43e session du Conseil des droits de l’Homme, la France est particulièrement préoccupée par les arrestations arbitraires, les assassinats, les disparitions forcées et le recours indiscriminé à la force contre des personnes exerçant leur droit à manifester pacifiquement, documentés notamment par la MANUI. Il est de la responsabilité des autorités irakiennes de veiller à la sécurité des manifestants et de garantir l’exercice des libertés d’expression, de réunion et de manifestation. Nous les invitons à cet égard à tenir compte des recommandations faites par la MANUI.

Dans ce contexte difficile, l’Irak doit se doter d’un gouvernement qui soit en mesure de mettre en œuvre les réformes attendues par les Irakiens et les Irakiennes, notamment pour lutter contre la corruption, pour assurer des services de qualité à la population et pour organiser des élections anticipées justes et transparentes. Les femmes doivent avoir toute leur place. Nous nous tiendrons aux côtés des autorités irakiennes pour la mise en œuvre de ces réformes.

Soutien enfin, sans réserve, je l’ai dit, à la Mission des Nations unies et à la Représentante spéciale du Secrétaire général, dont je tiens à saluer l’engagement courageux et efficace.

Il est essentiel que la MANUI poursuive son action en appui aux autorités irakiennes, en particulier dans le domaine de l’assistance électorale. Et son travail pour encourager le dialogue entre Bagdad et Erbil est également précieux. S’agissant du dossier douloureux des Koweitiens et des ressortissants d’états tiers disparus et de la question des archives et des biens koweitiens disparus, les progrès réalisés grâce à la découverte des sites de Samawa sont encourageants et soulignent une fois de plus l’importance d’avancer résolument vers un règlement. Nous veillerons à ce que la MANUI continue de bénéficier des moyens et d’un mandat adaptés.

Monsieur le Président,

Mon second message est un appel à la mobilisation internationale. L’Irak a besoin du soutien actif du Conseil de sécurité et de ses autres partenaires internationaux.

Mobilisation tout d’abord, pour tout faire pour que l’Irak reste à l’écart des tensions régionales et pour que sa souveraineté soit préservée. En effet, un Irak stable est indispensable pour créer les conditions d’une désescalade durable dans la région.

Mobilisation aussi, dans la lutte contre Daech. Nous le savons tous, le combat n’est pas fini. La coalition internationale est déterminée à poursuivre son soutien aux autorités irakiennes pour éviter toute résurgence de grande ampleur du terrorisme dans ce pays, tout en tenant compte de l’évolution de l’environnement politique.

Mobilisation internationale enfin pour répondre à l’urgence humanitaire et aux défis de la stabilisation et de la reconstruction du pays. Cela est d’autant plus indispensable pour contrer le risque de résurgence de Daech et favoriser la réconciliation entre les différentes composantes de la population irakienne. Une attention particulière doit ainsi être portée aux zones libérées de Daech, mais également aux conditions nécessaires pour permettre le retour volontaire, sûr et digne des déplacés internes. Dans ce contexte, il est important d’assurer aux ONG l’accès au territoire irakien, afin de contribuer à l’efficacité de leur travail.

Monsieur le Président, face à tous ces défis, l’Irak peut compter sur l’engagement de la France à ses côtés. L’Irak peut également compter sur l’Union européenne dont le Haut-Représentant s’est vu confier un mandat par le Conseil de l’Union européenne pour contribuer aux efforts de désescalade dans la région. L’Irak doit pouvoir compter aussi sur un Conseil de sécurité uni et déterminé à l’accompagner sur le chemin de la reconstruction et de la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 03/03/2020

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