ONU et OSCE : une approche commune alliant sécurité, développement et droits de l’Homme [en]

OSCE
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 7 mars 2019

Mes chers collègues,

Je souhaite commencer par remercier chaleureusement M. Miroslav Lajčák pour sa présentation très éclairante des priorités de la présidence slovaque de l’OSCE et lui redire combien nous sommes heureux de l’accueillir aujourd’hui. La Slovaquie peut compter, vous le savez, sur le plein soutien de la France dans la mise en œuvre de son programme de travail, au sein duquel les enjeux d’efficacité du multilatéralisme et de protection des populations civiles en zone de conflit – deux thèmes qui sont au centre des présidences jumelées de la France et de l’Allemagne – tiennent une place prioritaire.

Deux points nous paraissent mériter une attention toute particulière dans le cadre de la coopération de ce Conseil avec l’OSCE.

1/ Mon premier point porte sur le rôle déterminant de l’OSCE dans la résolution de la crise ukrainienne.

Cette crise constitue de toute évidence l’une des violations les plus graves et les plus meurtrières des principes fondateurs de l’OSCE, actés à Helsinki il y a plus de 40 ans.

Dès le début de cette crise, l’OSCE a été à la hauteur de l’enjeu. La mission spéciale d’observation de l’OSCE en Ukraine contribue ainsi chaque jour à diminuer les tensions dans l’est du pays, sur la ligne de contact et dans l’ensemble de la zone de conflit, et à progresser vers la mise en œuvre des accords de Minsk par les parties. Nous saluons le courage des femmes et des hommes engagés dans ce cadre sur le terrain et nous condamnons avec la plus grande fermeté toutes les actions qui portent atteinte à leur sécurité ou visent à entraver leur mission et à détruire leur matériel, telles qu’observées ces derniers mois, en particulier en zone séparatiste.

L’OSCE facilite également le dialogue entre les parties dans le cadre du Groupe de contact trilatéral. Elle peut compter sur le soutien politique du format Normandie, comme vient de le rappeler mon collègue allemand. Nous devons cependant constater que ces discussions sont aujourd’hui dans l’impasse. Elles nécessitent plus que jamais un réengagement de toutes les parties, en particulier de la Russie et des groupes séparatistes qu’elle soutient. Ce réengagement, qui ne peut s’exprimer pleinement sans une forte volonté politique pour le soutenir, est aussi urgent qu’indispensable. Les parties doivent prendre leurs responsabilités et répondre aux attentes des populations civiles piégées dans ce conflit. Cette attitude plus constructive doit être observée aussi bien dans le groupe de contact trilatéral que dans le cadre du format Normandie.

Nous ne pouvons pas évoquer par ailleurs la crise ukrainienne sans revenir sur l’annexion illégale de la Crimée par la Russie il y a maintenant cinq ans. Cette violation des frontières internationalement reconnues de l’Ukraine est la cause des tensions croissantes en mer d’Azov et en mer Noire. A ce titre, nous réitérons notre appel à la libération inconditionnelle des marins ukrainiens détenus depuis le grave incident naval survenu en novembre dernier, ainsi qu’au retour des bateaux saisis.

Mes chers collègues,

2/ Au-delà du conflit en Ukraine, nous appelons tous les acteurs des conflits « prolongés » et tous les Etats membres à soutenir les efforts de médiation de l’OSCE - ce sera mon deuxième point. L’OSCE contribue à une résolution pacifique et politique des « conflits prolongés » dans le Haut-Karabakh, l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud et la Transnistrie, mais là-aussi seule la volonté politique des parties pourra faire aboutir les négociations en vue d’un règlement de ces crises. La France continuera de s’investir pleinement dans la médiation du conflit au Haut-Karabagh dans le cadre de sa co-présidence du Groupe de Minsk, aux côtés des Etats-Unis et de la Russie.

Les engagements pris par les Etats participants et les activités de facilitation du dialogue conduites par l’OSCE exigent le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales par tous les Etats. La vision de la paix et de la sécurité en Europe, telle qu’elle a été envisagée à la signature de l’acte final d’Helsinki, repose sur ce pilier. La France réitère son attachement à l’OSCE en tant que plateforme de dialogue sur tous les enjeux de sécurité touchant le continent européen et à son approche multidimensionnelle de la sécurité.

Je conclurai cette intervention en rappelant, d’une part, la priorité qui doit s’attacher à la coopération des Nations unies avec les organisations régionales dans le cadre du chapitre VIII de la Charte et, d’autre part, les fortes convergences qui existent entre l’action de l’OSCE et celle des Nations unies. A un moment où les divisions internationales pouvaient sembler insurmontables, l’Acte final d’Helsinki, fondateur de l’OSCE, a permis d’écrire une nouvelle page dans l’histoire du multilatéralisme. Cet exemple doit aujourd’hui nous inspirer, alors qu’un multilatéralisme rénové et revitalisé nous apparait plus nécessaire que jamais pour répondre aux grands défis de notre temps. Et n’oublions jamais que les deux armes secrètes de ce multilatéralisme, c’est bien le respect et le dialogue. Les deux organisations promeuvent une approche commune alliant sécurité, développement et droits de l’Homme. Il est de notre devoir de continuer d’appuyer les efforts de l’OSCE en faveur du renforcement de la sécurité à l’échelle régionale, en particulier dans toutes les crises où cette organisation est amenée à agir. Soyez assurés de l’engagement de la France en ce sens.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/03/2019

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