L’OSCE joue un rôle essentiel en facilitant le dialogue entre les Etats [en]

OSCE
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 6 février 2020

Monsieur le Président,

Je remercie M. Rama pour son intervention. L’Albanie peut compter sur le plein soutien de la France dans la mise en œuvre du programme de travail ambitieux qu’elle a défini pour sa présidence de l’OSCE. Trois sujets méritent une attention particulière.

Près de six ans après le début des hostilités, la résolution du conflit à l’est de l’Ukraine doit rester la priorité. Ce conflit constitue l’une des violations les plus graves et les plus meurtrières des principes d’Helsinki au fondement de l’OSCE.

Je salue le rôle déterminant joué par l’organisation dès le début de cette crise et me félicite à cet égard que vous ayez, M. le Premier ministre, consacré votre première visite officielle en tant que président de l’OSCE à l’Ukraine.

La mission spéciale de l’OSCE en Ukraine contribue chaque jour à assurer une observation précise de l’évolution de la situation sécuritaire dans toutes les régions d’Ukraine et dans l’ensemble de la zone de conflit. Elle permet d’accompagner les parties dans la mise en œuvre des accords de Minsk. Nous saluons à cet égard les efforts déployés dans l’observation du désengagement des trois zones pilotes de Stanitsa Louhanska, Petrivske et Zolote. Nous tenons à saluer le courage des femmes et des hommes engagés sur le terrain et nous condamnons avec la plus grande fermeté toutes les actions qui portent atteinte à leur sécurité ou visent à entraver leur mission. Le mandat de la mission spéciale doit pouvoir être pleinement mis en œuvre sur l’ensemble du territoire ukrainien, y compris à proximité de la frontière russo-ukrainienne.

L’OSCE joue également un rôle essentiel en facilitant le dialogue dans le cadre du Groupe de contact trilatéral. Ce processus progresse conjointement avec les discussions politiques au sein du format Normandie, qui bénéficient aujourd’hui d’une nouvelle dynamique depuis le sommet qui s’est tenu le 9 décembre à Paris. La France et l’Allemagne se sont fortement mobilisées pour que se tienne ce premier sommet au niveau des chefs d’Etat depuis 2016. Nous espérons maintenant de nouveaux progrès opérationnels dans le cadre du Groupe de contact trilatéral afin que le prochain sommet Normandie puisse être organisé au printemps.

Enfin, il n’est pas possible d’évoquer la crise russo-ukrainienne sans revenir sur l’annexion illégale de la Crimée. Cette violation des frontières internationalement reconnues de l’Ukraine doit continuer d’être condamnée avec la plus grande fermeté. Nous déplorons la militarisation croissante dont la péninsule fait l’objet, ainsi que les violations des droits de l’Homme à l’encontre de personnes appartenant à des minorités, en particulier les Tatars de Crimée.

Deuxième axe d’action, la France salue la contribution de l’OSCE à la résolution des conflits « prolongés » qui continuent de menacer la paix et la stabilité en Europe et qui pèsent douloureusement sur la vie quotidienne des populations civiles.

La récente visite en Moldavie du représentant spécial de la présidence albanaise pour le règlement du conflit en Transnistrie doit être saluée. La France forme le vœu qu’elle contribue à donner une nouvelle impulsion aux négociations. S’agissant du Haut-Karabakh, la France poursuit ses efforts de médiation dans le cadre de sa co-présidence du Groupe de Minsk, aux côtés des Etats-Unis et de la Russie. La récente rencontre des deux ministres des Affaires étrangères est encourageante. Elle témoigne de la volonté de dialogue des deux parties. Quant à l’Abkhazie et à l’Ossétie du Sud, la France rappelle la nécessité que les Discussions internationales de Genève produisent des résultats tangibles et elle réitère son attachement à l’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues. Pour tous ces conflits, un sursaut de volonté politique des parties est nécessaire pour permettre un règlement de long terme et renforcer la sécurité sur le continent européen.

Troisième et dernier objectif commun, le renforcement de l’efficacité de l’OSCE. La France salue la décision de l’Albanie d’avoir fait de l’égalité femmes-hommes et de l’agenda femmes, paix et sécurité un axe fort de sa présidence. Nous souhaitons réitérer notre attachement à l’approche multidimensionnelle de la sécurité qui prévaut au sein de l’OSCE et aux engagements pris dans le cadre de la dimension humaine. A ce titre, permettez-moi de saluer le travail effectué par le Bureau International des Droits de l’Homme et par Harlem Désir en tant que représentant de l’OSCE pour la liberté des médias. Il faut enfin saluer la place faite par l’Albanie aux questions environnementales ayant un impact sur la sécurité.

Monsieur le Président,

Quarante-cinq ans après la conclusion de l’acte final d’Helsinki et 30 ans après la signature de la Charte de Paris pour une nouvelle Europe, l’OSCE reste le modèle d’une forme de multilatéralisme efficace et proche du terrain, qui a su émerger sur la base d’un socle de valeurs communes à un moment où les antagonismes politiques étaient particulièrement criants. La mise en œuvre et le renforcement des acquis de l’OSCE fait partie de nos priorités partagées avec la présidence albanaise. Dans la coopération étroite entre les Nations unies et les organisations régionales comme l’OSCE, en vertu du chapitre VIII de la Charte, nous pouvons inventer un multilatéralisme rénové et revitalisé à même de répondre aux grands défis de notre temps.

Je vous remercie.

Dernière modification : 06/02/2020

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