L’Union européenne et l’ONU partagent le même engagement multilatéraliste [en]

Coopération ONU/UE
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 12 mars 2019

Je remercie chaleureusement la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et Vice-présidente de la Commission, Madame Federica Mogherini, pour son importante présentation, qui éclaire les enjeux d’une coopération entre le Conseil de sécurité et l’Union européenne toujours plus étroite à New York et sur le terrain.

L’engagement européen en faveur du multilatéralisme est le fruit d’une histoire dans laquelle l’Union européenne et l’ONU plongent leurs racines et trouvent leur raison d’être. Comme vous l’avez dit Mme la Haute représentante avec beaucoup d’éloquence, l’une et l’autre organisation ont répondu à l’appel de la génération qui a vécu les deux conflits mondiaux, un appel qui résonne encore chaque jour dans cette salle : plus jamais ça ! Plus jamais d’agression militaire contre un pays souverain, plus jamais de peuples entiers déplacés et décimés, plus jamais de populations civiles prises pour cible par les balles et les bombes.

L’Union européenne et les Nations unies partagent fondamentalement le même ADN et sont liées aujourd’hui par un partenariat stratégique en plein essor. Permettez-moi dans ce cadre d’insister sur deux points :

1/ Le premier part d’un constat : l’UE et l’ONU ne se limitent plus à coopérer au cas par cas, elles sont complémentaires sur tout le spectre des opérations de paix. En effet, conformément aux priorités identifiées dans le partenariat stratégique UE - ONU sur les opérations de paix et la gestion de crise pour les années 2019 et 2020, l’Union européenne et l’ONU agissent main dans la main en faveur (i) de la prévention des conflits, (ii) du maintien de la paix et (iii) de la consolidation de la paix.

S’agissant de la prévention des conflits, l’Union européenne montre la voie. L’UE a ainsi récemment créé un groupe de contact international sur le Vénézuela dans le but de trouver une solution politique, démocratique et pacifique à cette crise. En Europe, vous êtes, Madame la Haute représentante, personnellement engagée avec notre plein soutien dans la facilitation du dialogue entre le Kosovo et la Serbie en vue d’aboutir à un accord global et définitif sur la normalisation des relations entre ces deux Etats. Et je pourrais prendre bien sur de nombreux autres exemples. L’Union européenne agit également en soutien aux médiations des Nations unies. Dans le cas de la Syrie, et comme vous l’avez rappelé à nouveau Mme la Haute représentante, l’Union européenne s’est engagée à ne pas financer la reconstruction tant qu’une solution politique crédible sous l’égide des Nations unies et sur la base de tous les éléments de la résolution 2254 de ce Conseil ne sera pas mise en place.

Dans le domaine des opérations de maintien de la paix, les Etats membres de l’Union Européenne contribuent à tous les niveaux. En termes de budget, la contribution combinée des Etats membres de l’Union atteint 32 % du budget des OMP. L’ampleur de cette contribution, de loin la plus large, doit être mieux connue et mieux appréciée, surtout à l’heure où certains sont réticents à honorer la contribution qui leur revient.

Sur le terrain, au Mali, en Libye, en République Centrafricaine, en Somalie, au Kosovo et au Proche-Orient, des missions européennes, civiles et militaires, de la politique de sécurité et de défense commune sont déployées aux côtés d’opérations de maintien de la paix ou de missions politiques spéciales. Certaines de ces missions européennes jouent aujourd’hui un rôle central pour répondre à des menaces contre la paix, comme l’opération Atalante, qui lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes et assure la protection des navires du Programme alimentaire mondial. Ces missions sont également essentielles dans le soutien à la réforme du secteur de la sécurité, et je pense notamment aux missions EUTM au Mali et en RCA qui sont complémentaires de la MINUSMA et de la MINUSCA. L’Union européenne participe également, à travers sa Facilité africaine de paix, au financement des opérations africaines de paix et de sécurité, en particulier l’AMISOM et la Force conjointe du G5 Sahel.

En matière de consolidation de la paix, l’Union européenne soutient systématiquement les efforts de l’ONU à travers des projets qui se situent à la frontière entre les questions de développement et de sécurité – en pleine cohérence avec les priorités du Secrétaire général. C’est l’une des forces, l’un des atouts de l’Union européenne. A titre d’exemple, en Colombie, l’UE investit dans la réintégration des anciens combattants aux côtés de la mission de vérification des Nations unies. Dans de nombreux pays, l’Union européenne et ses Etats membres font partie des principaux donateurs internationaux, et cette tendance devrait continuer à se renforcer puisque l’UE a adopté en 2019 un budget record de 1,6 milliard d’euros pour son aide humanitaire.

2/ Le caractère exceptionnel de ce partenariat et les succès enregistrés ces 20 dernières années doivent nous encourager collectivement à continuer à progresser, dans le cadre du chapitre VIII de la Charte, sur les priorités communes de ces deux organisations. Ce sera mon deuxième point.

Des progrès doivent être accomplis en particulier sur l’agenda « femmes, paix et sécurité », qui est l’une de nos priorités de premier plan, et plus globalement sur l’ensemble des questions liées aux droits de l’Homme et aux libertés fondamentales ainsi qu’au droit international humanitaire. Comme le souligne l’Approche stratégique de l’UE pour l’agenda « femmes, paix et sécurité », il ne s’agit pas d’une priorité parmi d’autres mais d’une approche qui doit irriguer toutes les initiatives communes à nos deux organisations, comme l’a indiqué mon collègue allemand il y a quelques minutes.

Nous soutenons également pleinement le développement de la coopération trilatérale entre l’Union européenne, les Nations Unies et l’Union africaine, évoquée à l’ouverture de notre session par la Haute représentante. Cette coopération trilatérale est en effet appelée à jouer un rôle fondamental, notamment dans le domaine du maintien de la paix. Je pense en particulier au soutien à la montée en puissance et au financement durable et prévisible des opérations africaines de paix, essentiel à nos yeux compte tenu de l’opportunité que ces opérations africaines de paix représentent pour améliorer l’efficacité du maintien de la paix. Citons également l’appui à la force conjointe du G5 Sahel, pour lequel les Nations unies et l’Union européenne jouent un rôle clé dans le cadre de l’accord technique sur le soutien opérationnel et logistique de la MINUSMA à la force conjointe. Cette coopération trilatérale est également à l’œuvre dans le domaine migratoire : ainsi, depuis sa mise en place dans le cadre du Sommet UE/UA d’Abidjan en novembre 2017, la task force UE-UA-ONU a permis le retour dans leur pays d’origine de plus de 37 000 migrants bloqués en Libye.
Les instruments qui sont à notre disposition en matière de prévention des conflits méritent aussi d’être renforcés. Je pense notamment à la médiation, au système d’alerte précoce, à la réforme du secteur de la sécurité et à une coordination étroite des messages politiques.

Chers collègues,

L’Union européenne et l’ONU partagent le même engagement multilatéraliste, comme vision du monde mais aussi dans leur pratique quotidienne. C’est l’un des éléments qui contribuent à faire de l’Union européenne, au-delà de son rôle d’organisation régionale, l’un des piliers de l’ordre international actuel. Sur la base de cette vision commune de la gestion des conflits, nous, membres de ce Conseil, avons le devoir de tirer le meilleur de cette relation étroite et de l’engagement européen en faveur d’un multilatéralisme fort.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/05/2019

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