L’accord de paix revitalisé, une opportunité de mettre fin au conflit au Soudan du Sud [en]

Soudan du Sud / MINUSS
Intervention de Mme. Anne Gueguen, représentante permanente adjointe à la mission permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 25 juin 2019

Je tiens tout d’abord à remercier le RSSGNU David Shearer pour son exposé comme toujours très éclairant. Il est particulièrement utile que le Sous-Secrétaire général aux droits de l’homme, Andrew Gilmour, ait pu venir nous exposer aujourd’hui la situation des droits de l’Homme au Soudan ; nous savons à quel point elle au cœur du conflit. Je souhaite également saluer tout particulièrement Mme Lydia Minagano pour son témoignage de terrain et pour son engagement en faveur de la paix. Son intervention nous rappelle à quel point les femmes sud-soudanaises ont un rôle essentiel à jouer dans la construction d’une paix durable.

J’insisterai sur trois points : le processus de paix ; la situation humanitaire et des droits de l’Homme ; le rôle de la MINUSS.

1/ L’accord de paix revitalisé est une opportunité historique de mettre fin au conflit au Soudan du Sud
La France regrette que la période de pré-transition ait été reportée de 6 mois. Il est impératif que ce report soit le dernier. Il faudra dans tous les cas que le gouvernement d’union nationale soit formé en novembre. Nous encourageons le président Kirr et Riek Machar à rechercher ensemble des compromis aux questions les plus épineuses, notamment la question des arrangements sécuritaires et du découpage des frontières intérieures.

Pour que ce processus de paix réussisse, outre le dialogue direct entre les deux principaux acteurs, plusieurs conditions sont nécessaires :

-  Tout d’abord, il faut que les parties s’investissent sincèrement dans la recherche d’un accord. Les églises catholique, anglicane et presbytérienne, ont à cet égard pris l’initiative très utile qu’il convient de saluer, pour rappeler aux responsables sud-soudanais leurs responsabilités.
-  La seconde condition est que la communauté internationale accompagne ce processus. Je voudrais à cet égard insister sur le rôle fondamental de l’IGAD et saluer le travail de son Envoyé spécial pour le Soudan du Sud, Monsieur Ismaïl Waid. L’Union africaine et les Nations unies doivent également appuyer les efforts de l’IGAD.
-  Il est également important que les groupes armés non signataires rejoignent le processus de paix, je pense notamment au National Salvation Front.
-  Enfin, troisième condition, les quotas de femmes prévus par l’accord, doivent être respectés. Les femmes doivent participer de façon active et significative au processus de paix, à tous les niveaux et sur tous les sujets.

2/ Deuxième grand point que je souhaite aborder, sur le plan humanitaire, le conflit au Soudan du Sud continue d’engendrer de terribles souffrances pour la population sud-soudanaise, en particulier pour les femmes et pour les enfants. Plus de la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire, et un tiers des Sud-Soudanais sont encore déplacés ou réfugiés. L’augmentation du nombre de retours volontaires est encourageante, mais nous déplorons que dans le même temps, les violences intercommunautaires engendrent de nouveaux déplacements.

En effet, si le cessez-le-feu est globalement respecté, les violences intercommunautaires et les violences sexuelles n’ont pas diminué. La commission sur les droits de l’Homme au Soudan du Sud, mandatée par le Conseil des droits de l’Homme, a indiqué dans un tout récent rapport que ces violences et les violations graves des droits de l’Homme qui les accompagnent, par leur nature et leur niveau, étaient susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Avec les restrictions à la liberté d’expression et de mouvement au Soudan du Sud, ce rapport constate l’augmentation de la détention arbitraire, de l’usage de la torture, et des disparitions forcées.

Aussi, la France exhorte toutes les parties à s’engager immédiatement dans un dialogue approfondi avec la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée des violences sexuelles en temps de conflits, Madame Pramila Patten. Nous appelons également toutes les parties à mettre en place et à opérationnaliser sans plus attendre la cour hybride pour le Soudan du Sud, avec l’appui de l’Union africaine.

Les auteurs de ces violations ne peuvent rester impunis : la poursuite des auteurs et la réparation des victimes sont essentielles à la réunion des conditions d’une paix durable. Le Conseil de sécurité a lui aussi son rôle à jouer et doit recourir aux sanctions pour punir et contraindre ceux qui commettent ces crimes. C’est là un outil de dissuasion important.

La France est également préoccupée par les nombreuses violations graves commises contre les enfants. Nous appelons toutes les parties qui s’y sont déjà engagées à mettre en œuvre toutes les actions, notamment de prévention du recrutement, de démobilisation, de désarmement et de réintégration, et les autres parties à signer un plan d’action et à le mettre en œuvre. A cet égard, un dialogue constant doit être entretenu avec la Représentante spéciale du Secrétaire général, Madame Virginia Gamba.

Nous devons également tout faire pour répondre aux besoins humanitaires croissants et les parties doivent garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave sur l’ensemble du territoire. Cela implique naturellement de protéger le personnel humanitaire, c’est une obligation avec laquelle nous ne pouvons pas transiger. Il est aussi essentiel de continuer de marteler que les responsables des crimes commis dans le cadre de ce conflit devront répondre de leurs actes. Il ne doit pas y avoir d’impunité.

3/ Enfin, troisième point, dans ce contexte, la MINUSS doit mettre pleinement en œuvre son mandat

La protection des civils, et notamment des femmes et des enfants, doit rester la première priorité de la mission. Nous encourageons à faciliter le retour des déplacés, à condition que ces retours soient sûrs, volontaires, dignes et bien informés.

La France encourage la MINUSS à accompagner le processus de paix, en s’appuyant sur les nouvelles dispositions de son mandat qui permettent d’apporter de l’assistance technique aux organes pré-transitionnels et d’aider les parties à avancer dans la mise en œuvre de l’accord revitalisé. Nous soutenons pleinement le Représentant spécial dans la poursuite de ses actions de bons offices et nous l’encourageons à continuer à travailler étroitement avec l’IGAD en ce sens.

Il est également très utile que la mission poursuive son soutien à la cour de justice mobile et développe cette initiative. Rapprocher la justice des justiciables est en effet indispensable si nous voulons lutter efficacement contre l’impunité.

Pour conclure, je voudrais adresser, au nom de la France, mes plus sincères remerciements aux équipes des Nations unies et aux acteurs humanitaires, qui accomplissent, dans des conditions souvent difficiles, une mission essentielle pour les populations au Soudan du Sud.

Je vous remercie.

Dernière modification : 25/06/2019

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