L’instabilité croissante en Syrie est préoccupante [en]

Syrie (politique)
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France aux Nations unies
Conseil de sécurité – 18 mai 2020

Monsieur le Président, je vous remercie.
Je remercie l’envoyé spécial Pedersen pour son briefing.

Tout d’abord, la France est très préoccupée par l’absence de progrès dans le dossier syrien.

L’instabilité croissante sur le terrain est préoccupante. L’accord de cessez-le-feu dans le nord-ouest reste très fragile. Les bombardements se poursuivent ainsi que des combats sporadiques. Il est de la plus haute importance que le régime et ses alliés ne relancent pas une offensive qui aggraverait une situation humanitaire déjà désastreuse, en particulier dans le contexte d’une éventuelle propagation de COVID-19. Une action coordonnée est nécessaire pour faire face à la menace posée par Hay’at Tahrir al Sham, dans le respect du droit humanitaire international.

La résurgence de Daech est également extrêmement préoccupante pour la paix et la sécurité internationales.

L’instabilité et les troubles s’aggravent également dans les zones tenues par le régime, notamment dans le sud-ouest. Cela montre que le régime ne peut pas apporter la stabilité nécessaire.

Sur le plan politique, l’absence de progrès dans la mise en œuvre de la résolution 2254 est également très préoccupante :

La responsabilité du régime dans le blocage de la commission constitutionnelle est claire. Il s’était d’abord opposé à un accord sur son ordre du jour. Aujourd’hui, il profite du COVID-19 pour reporter sine die toute réunion du comité constitutionnel en refusant toute réunion par VTC. A l’inverse, l’opposition a constamment fait preuve de flexibilité et d’ouverture. Nous demandons à Geir Pedersen de faire savoir clairement au Conseil de sécurité quand il estimera que toute négociation n’est plus possible pour faire avancer le comité constitutionnel.

Aucun progrès n’a été fait sur le dossier des détenus malgré l’appel de l’envoyé spécial à libérer les prisonniers et à faciliter l’accès aux centres de détention. Il est urgent que le régime syrien procède à des libérations massives de détenus et de personnes enlevées et permette l’accès à tous les centres de détention. La dernière réunion d’Astana n’a pas permis de progresser. Il est maintenant temps d’aller au-delà des échanges réciproques de prisonniers. Les Nations unies doivent être au centre de ces efforts.

Dans ce contexte, nous devons travailler ensemble pour débloquer le processus politique et mettre en œuvre tous les éléments de la résolution 2254.

La priorité est de garantir un cessez-le-feu durable et complet partout en Syrie. Le SG et l’envoyé spécial ont lancé cet appel pour permettre une réponse efficace au COVID-19. Le régime n’a malheureusement pas répondu à cet appel. Un cessez-le-feu national est également nécessaire pour créer les conditions d’un processus politique crédible. Toutes les parties doivent travailler avec l’ONU à cette fin, conformément à la résolution 2254.

Enfin, il est essentiel de lancer un processus politique plus large sur la base de tous les éléments de la résolution 2254 du Conseil de sécurité. Il s’agit d’établir un environnement sûr et neutre, notamment par la mise en œuvre de mesures de confiance. L’envoyé spécial bénéficie de notre plein soutien à cet égard, et nous attendons de lui qu’il rapporte au Conseil les progrès qu’il a réalisés sur tous les éléments de la résolution 2254.

La France ne reconnaîtra pas les résultats d’une élection qui ne répondrait pas aux normes d’un scrutin libre, équitable et transparent. La résolution 2254 fixe les conditions pour des élections crédibles : elles doivent avoir lieu dans un pays sûr, sous la supervision de l’ONU et avec la participation de tous les Syriens, y compris de la diaspora.

Monsieur le Président,

Le temps passe, mais les crimes du régime syrien ne peuvent être oubliés et ne peuvent rester impunis. La France continuera à soutenir fermement tous les efforts de collecte et de préservation des preuves et persistera à lutter contre l’impunité.

Un accord de paix qui réponde aux causes profondes du conflit est plus que jamais nécessaire pour apporter la paix et la stabilité en Syrie et dans la région. J’invite donc tous les acteurs à travailler ensemble à cette fin et rappelle la responsabilité particulière de la Russie à cet égard. Tant qu’un processus politique crédible n’est pas fermement engagé, la France et l’UE ne financeront pas la reconstruction en Syrie.

Je vous remercie, Monsieur le Président.

Dernière modification : 18/05/2020

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