L’instabilité et la grave crise économique que traverse la Syrie soulignent l’urgence d’une solution politique [en]

SYRIE (POLITIQUE)

INTERVENTION A TITRE NATIONAL
DE NICOLAS DE RIVIERE
REPRESENTANT PERMANENT DE LA FRANCE AUPRES DES NATIONS UNIES
AU CONSEIL DE SECURITE

New York, le 16 juin 2020

Je tiens à remercier M. Pedersen et Mme Ghazi pour leurs présentations.

Plus de cent mille personnes en Syrie croupissent dans les prisons du régime. La dernière amnistie annoncée par le régime est un simulacre.

L’absence d’avancées sur la question des disparus demeure également une des principales sources de souffrance pour le peuple syrien.

Ce Conseil doit s’unir en réponse à l’appel de l’Envoyé spécial à libérer les prisonniers et à faciliter l’accès aux centres de détention. Il est urgent de sortir de la logique d’échange de prisonniers en cours.

Le moment est venu de travailler à un processus politique plus large qui réponde aux attentes de la société civile.

Le blocage des travaux du comité constitutionnel huit mois après sa création est consternant. Après des mois d’obstruction, dont le régime porte seul la responsabilité, il est urgent que les discussions avec l’Envoyé spécial reprennent pour préparer une réunion à Genève dans les meilleurs délais.

La répression des manifestations dans le Sud du pays ces dernières semaines par le régime est également la preuve qu’il continue d’opposer des solutions répressives à des problèmes politiques.

Face à l’instabilité partout en Syrie et le Covid-19, la priorité doit aller à la mise en place d’un cessez-le-feu complet à l’échelle nationale sous la supervision des Nations unies, en réponse à l’appel du Secrétaire général et de son Envoyé spécial.

Dans le Nord-Ouest, la trêve russo-turque reste fragile. La lutte contre les groupes terroristes ne peut servir de prétexte à la reprise d’une offensive par le régime et ses alliés ni des violations du droit international humanitaire.

Au Nord-Ouest tout comme au Nord-Est, l’aide humanitaire doit parvenir aux populations dans le besoin. Dans ce contexte, le mécanisme transfrontalier reste irremplaçable.

La France continuera de se mobiliser avec ses partenaires pour lutter contre la résurgence de Daech dans le centre du pays.

Enfin, l’instabilité et la grave crise économique que traverse la Syrie soulignent l’urgence d’une solution politique.

Le marasme économique en Syrie est le fruit de la corruption chronique et du jusqu’au-boutisme du régime. Les sanctions européennes visent des individus et des entités qui participent à la répression et profitent des retombées du conflit. Elles sont assorties de dispositifs permettant de préserver l’accès humanitaire. L’Union européenne fait partie des principaux contributeurs d’aide humanitaire, y compris dans les zones sous le contrôle du régime.

Parce que c’est le seul moyen de permettre un retour de la stabilité en Syrie, j’appelle l’Envoyé spécial à travailler à un processus politique élargi à tous les éléments de la résolution 2254 : mise en œuvre de mesures de confiance pour créer un environnement sûr et neutre ; préparation d’élections libres et transparentes sous la supervision des Nations unies, auxquelles les Syriens de la diaspora participeront.

Des élections qui ne répondraient pas aux critères fixés par la résolution 2254 ne pourraient en aucun cas être reconnues comme légitimes par ce Conseil.

Enfin, tant qu’un processus politique crédible n’est pas fermement engagé, la France et l’Union européenne ne financeront pas la reconstruction en Syrie.

Dernière modification : 16/06/2020

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