La Colombie se situe à un moment charnière de son histoire [en]

Colombie
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 12 avril 2019

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier vivement le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, M. Carlos Ruiz Massieu, pour son intervention mais aussi pour le remarquable travail que lui-même et ses équipes réalisent au service de la Colombie. Je tiens également à remercier la directrice exécutive de CIASE, Mme Rosa Emilia Salamanca, pour son engagement et celui de son organisation. Permettez-moi aussi de saluer chaleureusement la présence parmi nous du ministre colombien des Affaires étrangères, Son Excellence Carlos Holmes Trujillo, présence qui est particulièrement importante et appréciée.

La Colombie se situe à un moment charnière de son histoire. Deux ans après le désarmement et le début de la réintégration politique des FARCs, dans le cadre d’un processus de paix historique pour le pays mais aussi pour le continent et pour les Nations Unies, il est essentiel de réussir le processus de réincorporation dans son intégralité.

Le président colombien a réitéré publiquement à plusieurs reprises son engagement à mettre en œuvre l’accord de paix. C’est naturellement un point absolument essentiel. Nous saluons cet engagement, ainsi que la volonté politique et l’ambition de bâtir un large consensus, réunissant toutes les tendances politiques, y compris les acteurs politiques sceptiques à l’égard de l’accord de paix en 2016.

Le succès - et osons le dire le modèle - colombien sont également une source d’attentes de la communauté internationale, qui est résolument aux côtés de la Colombie sur ce chemin. Permettez-moi de mentionner notamment trois aspects qui appellent notre attention commune :

1/ En premier lieu, il est essentiel que la justice transitionnelle, qui est au cœur du processus de paix colombien, soit préservée. À ce titre, une adoption rapide de la loi statutaire sur la juridiction spéciale pour la paix aidera cette institution à asseoir son autorité. Nous appelons d’ores et déjà tous les acteurs politiques à respecter les décisions prises par cette juridiction. Comme l’a indiqué le représentant spécial, un travail considérable a déjà été réalisé, avec le traitement en cours de plusieurs affaires susceptibles de concerner plus de 800 000 victimes.

Prises entre le ressentiment d’une partie de la population et le sentiment d’insécurité juridique et physique des anciens combattants, les autorités colombiennes ont la difficile tâche de maintenir et de renforcer le lien de confiance qui unit tous les acteurs du processus de paix.

Le succès du modèle colombien en dépend. Je citerai, parmi les sujets d’attention, la question des réformes constitutionnelles : il est essentiel de réitérer leur caractère non rétroactif.

2/ La réincorporation économique et sociale est l’autre clé d’un processus de paix réussi et durable. Des progrès ont été accomplis sous la direction du conseil national pour la réintégration afin d’approuver un plus grand nombre de projets collectifs et individuels. L’enjeu est désormais d’accélérer la mise en œuvre globale du processus de réincorporation et de traiter la question de l’accès à la terre. Le plan du bureau du Haut conseiller Archila mérite à ce titre d’être salué. Des clarifications sont également attendues sur l’avenir des zones de regroupement et de réintégration (ETCR), qui doit être décidé en lien avec les anciens membres des FARC. Comme je le signalais précédemment, le lien de confiance, qui est renforcé par une telle concertation, doit être l’objet de toutes les attentions.

Nous encourageons également le gouvernement colombien à pleinement intégrer la dimension de l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le rôle de la jeunesse, dans le processus de réincorporation. Le processus de paix gagnera en légitimité s’il est représentatif de la diversité et de la vitalité de la société civile colombienne, que Mme Salamanca incarne parfaitement. Les projets menés par la mission de vérification en vue de mettre en œuvre les agendas « femmes, paix et sécurité » et « jeunes, paix et sécurité » y contribuent également.

3/ Enfin, et ce sera mon dernier point, la situation sécuritaire fragile dans les anciennes zones de conflit doit être une priorité. Malgré les mesures annoncées par les autorités colombiennes ces deux dernières années, les défenseurs des droits de l’homme, en particulier les femmes, ainsi que les anciens combattants, restent les cibles privilégiées des groupes criminels. Dans le cadre des efforts en cours des autorités colombiennes, un déploiement accéléré des services de base de l’État apparaît essentiel pour stabiliser les zones en question.

À l’approche des élections départementales et municipales d’octobre prochain, les mesures nécessaires doivent être prises pour garantir le déroulement de cet exercice démocratique dans les meilleures conditions.

Monsieur le Ministre,

Votre pays emprunte un chemin inédit pour parvenir à la paix et la réconciliation nationales, qui est aussi un chapitre historique de son histoire. Ce courage et cette ambition que vous exprimez jour après jour sont une source de fierté pour la Colombie et une source d’inspiration pour le monde entier. Dans ce cadre, nous formons le vœu que les défis qui restent à surmonter, j’en ai cité trois, soient présentés dans un avenir proche comme les grandes réussites du gouvernement colombien. Quelles que soient les difficultés rencontrées sur ce chemin exigeant, la Colombie sait qu’elle pourra toujours compter sur le soutien fraternel de la France.

Je vous remercie.

Dernière modification : 18/04/2019

Haut de page