La France agit face au défi de la radicalisation en prison

Réunion en formule Arria du Conseil de sécurité
« Les défis de la radicalisation en prison »
Intervention de Mme. Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
12 novembre 2019

Monsieur le Président,

Je remercie la Belgique et l’Indonésie pour l’organisation de cette réunion sur la radicalisation en prison, un sujet qui se pose depuis de nombreuses années déjà et qui représente un véritable défi social et sécuritaire pour chacun de nos pays dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Il est particulièrement utile de pouvoir échanger sur nos pratiques en la matière et je remercie particulièrement la vice-Ministre de l’Indonésie d’avoir partagé l’expérience de son pays dans ce domaine. Je suis très reconnaissante aussi aux intervenants pour leurs analyses. J’ai été
particulièrement intéressée par les données qui ont été mentionnées par le Professeur Renard et les recommandations pratiques de Madame Agnes Coutou.

On le voit bien, l’action de la coalition internationale a permis de mettre fin à l’emprise territoriale de Daesh en Syrie et en Iraq, mais la menace terroriste endogène demeure un risque majeur pour nos sociétés et nous assistons au développement d’une stratégie globale d’emprise des groupes djihadistes, qui s’affranchissent des frontières et des territoires, notamment grâce à la diffusion de leurs outils de propagande sur Internet.

Les interventions que nous avons entendues ont montré que le processus de radicalisation est particulièrement complexe et que ses ressorts peuvent être notamment d’ordre psychologique, politique ou social.

Mais ces facteurs peuvent être exacerbés par le contexte carcéral. Comme le souligne la résolution qui a été souvent citée cet après-midi, la résolution 2396 du Conseil de sécurité, les prisons fournissent parfois un terrain propice à la radicalisation pouvant conduire au terrorisme et au recrutement de terroristes. Et c’est pourquoi la prévention de la radicalisation est une priorité pour la France et y fait l’objet d’une politique spécifique.

Nous avons ainsi adopté des mesures concrètes pour prendre en charge à la fois les détenus de droit commun qui ont été identifiés comme radicalisés et les détenus qui ont été incarcérés pour faits de terrorisme. Depuis 2014, plusieurs plans d’action contre la radicalisation, comprenant un volet spécifique pour les prisons, ont été adoptés et ont été constamment actualisés pour s’adapter à l’évolution de la menace. Le dernier a été adopté en février 2018.

Parmi les mesures prises, nous avons notamment créé un service de renseignement pénitencier ainsi qu’une cellule de suivi de la sortie de prison des détenus radicalisés. Ainsi, nous avons aussi des dizaines de quartiers de prise en charge des détenus radicalisés dans les prisons elles-mêmes. Ces quartiers accueillent les détenus radicalisés, après un passage dans un quartier d’évaluation de la radicalisation et l’objectif de ces quartiers dits « étanches » est surtout la prévention de la contagion et une prise en charge spécifique et individualisée grâce à des équipes pluridisciplinaires. Je souhaiterais poser une question à nos briefers à cet égard. Y a-t-il des meilleures pratiques et des pratiques différenciées entre les hommes et les femmes et quelles sont vos recommandations ?

Un des axes importants du nouveau plan français d’action contre la radicalisation est aussi le continuum depuis la détection jusqu’au suivi post-carcéral, et en particulier pour les mineurs dont il faut assurer la poursuite de l’accès à l’éducation et dont il faut également préparer la sortie dans le cadre de projets qui doivent nécessairement être individualisés.

Et au-delà des prisons, actuellement en France plus de 2 000 jeunes sont pris en charge et 800 familles sont suivies à travers le réseau des cellules préfectorales de prévention et d’accompagnement des familles. Une autre question que je souhaiterais poser à nos briefers porte sur l’évaluation que vous faites des meilleures pratiques dans ce domaine s’agissant du suivi post-carcéral.

Il faut en effet ne pas oublier que la lutte contre la radicalisation est avant tout un travail de terrain et nous devons continuer d’associer à nos efforts les victimes du terrorisme et leurs familles afin de faire entendre leur voix et de travailler le plus étroitement possible avec toutes les institutions concernées, les acteurs de la société civile bien sûr et les responsables religieux également.

Et par ailleurs, dans ce domaine plus que dans tout autre, le partage d’expériences, entre Etats, entre autorités locales au niveau régional, entre organisations, est indispensable, à la fois pour mieux comprendre le phénomène et pour y apporter des réponses les plus efficaces. La France continuera bien sûr à prendre toute sa part aux efforts au niveau international.

Enfin, je souhaiterais conclure en rappelant que la lutte contre la radicalisation et contre l’extrémisme violent ne peut réussir que dans le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, en particulier la liberté de conviction et de religion, et qu’elle implique également, comme cela a été éloquemment souligné par nos intervenants, une amélioration générale du traitement des détenus conformément aux standards internationaux.

Je vous remercie.

Dernière modification : 12/11/2019

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