En raison de la COVID-19, plus de 300 000 marins sont bloqués à bord de leurs navires [en]

75EME ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES
ÉVÉNEMENT PARALLELE DE HAUT NIVEAU SUR LA COVID-19 ET LES RELEVES D’EQUIPAGES MARITIMES : UNE CRISE HUMANITAIRE, DE SÉCURITÉ ET ÉCONOMIQUE

INTERVENTION MME ANNICK GIRARDIN,
MINISTRE DE LA MER

New York, 24 septembre 2020

Bonjour à tous,

Nous célébrons aujourd’hui la journée mondiale de la mer. C’est l’occasion pour nous de rappeler la nécessité de mettre en œuvre avec force l’Objectif du développement durable numéro quatorze, qui est « La vie aquatique », et de rappeler que ce faisant, en travaillant sur cet objectif quatorze, et bien nous avons une incidence sur plus de 60% des dix-sept Objectifs de développement durable. La mer est donc, et je veux le rappeler ici, un formidable territoire de solutions.

Mais c’est aussi l’occasion pour nous de souligner que la journée mondiale de la mer doit être avant tout, bien sûr, et à l’occasion de cette crise que nous traversons, la journée mondiale des marins. Les 1,6 millions de gens de mer sont des acteurs essentiels mais souvent invisibles de la mondialisation. Ils ont permis de faire marcher nos économies en assurant leurs approvisionnements et on ne saurait bien sûr trop les en remercier, et je veux le faire encore une fois ici comme vous l’avez tous fait.

Ces marins, ils se sont mobilisés sans faillir et pourtant plus de 300 000 d’entre eux sont bloqués à bord de leurs navires et encore bien peu de ports malheureusement permettent d’organiser les relèves d’équipages. Pourtant, des solutions peuvent être trouvées en conciliant l’impératif de sécurité sanitaire à l’enjeu humanitaire. Par exemple, la France a mis en place une cellule de crise nationale pour orienter et appuyer les demandes des armateurs qui rencontraient des difficultés. Ces mesures ont permis à au moins 15 400 gens de mer de transiter sur le sol français, de rentrer chez eux, de rejoindre leurs navires quel que soit leurs nationalités et leurs pavillons, bien entendu, sur lesquels ils étaient embarqués.

Je salue aussi les efforts mis en place par d’autres pays. L’autorité maritime et portuaire de Singapour notamment a ainsi récemment ouvert un centre autonome d’aide aux équipages. Mais nos initiatives individuelles, puisque c’est comme ça qu’on peut en parler aujourd’hui, de nos actions, et bien elles ne sont pas suffisantes. Il faut que l’on ait l’honnêteté de se le dire Et cette crise des relèves des équipages et gérée en grande partie par les Etats d’accueil. Mais il est impératif aujourd’hui que les Etats du pavillon prennent aussi leur part de responsabilité et apportent et encadrent ou viennent aider leurs armateurs.

La France appelle donc à davantage de coopération internationale, coordination efficace et qui serait permanente, qui doit s’établir entre les Etats du pavillon et les Etats côtiers bien entendu en étroite collaboration avec les ports pour intensifier les efforts. Plus précisément je porte aujourd’hui deux demandes concrètes auprès de vous. La première, je propose que soient identifiés dans chaque zone géographique des ports sécurisés où pourront s’organiser les relèves. J’invite, par conséquent, les Etats membres à déclarer auprès de l’OMI la liste des infrastructures susceptibles d’accueillir des relèves afin que les Etats du port, les Etats du pavillon et les armateurs puissent organiser ces mouvements d’équipages et résoudre, en cas d’urgence sanitaire et en toute sécurité pour les populations, les problématiques que nous rencontrons.

Deuxièmement, je souhaite qu’on puisse déposer auprès de l’OIT, avec le soutien aujourd’hui de l’Espagne et du Portugal, et j’espère qu’on sera nombreux ensuite à le faire, un amendement à la Convention du travail maritime. Cet amendement vise à imposer aux Etats du pavillon de déclarer au Bureau international du Travail les situations de dépassements de la durée maximale d’embarquement qui est aujourd’hui de douze mois. La mesure prévoit que le respect de la durée maximale d’embarquement est impératif, sauf en cas de force majeure. Ces cas de force majeure doivent être bien sur circonscrits. Nous proposons que lon puisse les limiter à l’absence de transport aérien, ce qu’on a connu dans cette dernière période, et à la fermeture des frontières. C’est un premier pas extrêmement important que nous pourrions faire ensemble et la mesure sera bien sûr discutée dans le cadre de la conférence tripartite de l’OIT en avril prochain.

Je voudrais remercier nos partenaires qui ont d’ores-et-déjà exprimé leur soutien et j’espère que vous serez nombreux, vous tous qui m’écoutez et notamment les Etats, avant le 30 septembre à prendre cet engagement. Ne rien faire, mes chers amis, regarder ailleurs, serait exposer nos océans, nos gens de mer et nos économies à des risques majeurs. Les solutions sont à notre portée, alors agissons ensemble.

Merci beaucoup.

Dernière modification : 24/09/2020

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