La France appelle à faire davantage en matière de prévention des conflits [en]

Prévention des conflits en Afrique
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 7 octobre 2019

Merci Monsieur le Président.

Je tiens tout d’abord à remercier le Secrétaire général pour son exposé, ainsi que nos trois invitées pour leurs interventions.

Il est plus que jamais nécessaire d’investir davantage dans la prévention des conflits.

Les auteurs de la Charte des Nations unies avaient donné au Conseil de sécurité un mandat clair en la matière. Mais force est de constater que nous nous penchons essentiellement sur les crises ouvertes, au lieu de chercher à prévenir celles de demain. Or, nous le savons, investir en amont des conflits est beaucoup moins coûteux, en vies humaines, en souffrances, bien entendu, mais aussi financièrement.

Des efforts importants ont été réalisés ces dernières années. Je tiens à saluer à cet égard l’élan donné par le Secrétaire général en faveur d’une montée en puissance de la « diplomatie de la paix » et les réformes engagées pour rendre le système des Nations unies plus efficace en la matière : renforcement des capacités en matière de médiation, rôle d’alerte précoce confié aux équipes-pays. Je souhaite aussi saluer le travail mené par le bureau d’Adama Dieng, conseiller spécial pour la prévention du génocide.

Cette nouvelle dynamique a connu, ces dernières années, des succès indéniables. A Madagascar l’an dernier, la médiation menée par le Conseiller spécial du Secrétaire général, Abdoulaye Bathily, en étroite coordination avec l’Union africaine et la SADC, a permis d’éviter une crise politique grave.

Mais nous devons faire davantage. Le Conseil de sécurité devrait plus souvent se saisir des situations qui présentent des risques de conflit. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous restons vigilants sur la situation au Burundi, car une déstabilisation de ce pays aurait des conséquences tragiques sur la paix et la sécurité de toute cette région.

La Commission de consolidation de la paix devrait également se pencher davantage sur les situations présentant des risques, et faire des recommandations au Conseil de sécurité. Sa réunion récente sur le Burkina Faso a montré à quel point cette enceinte permet de nouer un dialogue constructif avec les pays en situation de fragilité.

Un des grands défis contemporains, pour mieux prévenir les conflits, est de prendre en compte les risques climatiques. Le système des Nations unies doit pouvoir disposer d’un panorama complet des risques d’impacts du changement climatiques pour la sécurité internationale. Nous recommandons donc la rédaction d’un rapport du Secrétaire général afin de fournir une évaluation régulière de ces risques ainsi que des recommandations concrètes.

Nous devons enfin promouvoir une participation significative des femmes, des jeunes et des sociétés civiles aux processus de médiation et de prévention des conflits. Je salue à cet égard la contribution du réseau Femwise-Africa, qui permet justement de déployer des femmes médiatrices sur le terrain.

Monsieur le Président,

Nous devons par ailleurs travailler plus étroitement encore avec les organisations régionales et sous-régionales africaines.

Le renforcement du partenariat entre les Nations unies et l’Union africaine, sous l’égide de chapitre VIII de la Charte, contribue à renforcer l’efficacité de notre diplomatie préventive. Ce partenariat revêt pour nous une importance stratégique et nous sommes donc déterminés à le soutenir. Ainsi, au Burkina Faso en 2015, en Gambie en 2016, l’action coordonnée et unie des Nations unies, de l’Union africaine et de la CEDEAO a été un gage de succès. En début d’année, en République centrafricaine, les Nations unies et l’Union africaine ont facilité ensemble la négociation d’un accord de paix, grâce notamment à l’engagement fort, et parfaitement coordonné, de Jean-Pierre Lacroix et de Smaïl Chergui.

Il est indispensable de mieux coordonner nos efforts. Ainsi, au Soudan, c’est l’Union africaine et l’Ethiopie qui étaient les plus à même de faire émerger un accord. Les Nations unies, et tous les amis du Soudan, ont soutenu cette médiation, en prenant garde de ne pas créer d’interférence.

Les organisations sous-régionales africaines jouent également un rôle de premier plan. Je pense notamment aux efforts de l’IGAD, qui ont permis la signature de l’accord de paix revitalisé au Soudan du Sud il y a un an.

La diplomatie préventive en Afrique nécessite de tirer profit de tous les leviers disponibles, dans un esprit de partenariat et dans un souci d’efficacité. C’est dans cet esprit que la France travaille avec ses partenaires africains et soyez assurés, Monsieur le Président, qu’elle continuera à le faire.

Je vous remercie.

Dernière modification : 08/10/2019

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