La France appelle les autorités somaliennes à élargir l’espace démocratique [en]

Somalie
Intervention de M. Antoine Michon, coordinateur politique à la Représentation permanente de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 24 février 2020

Monsieur le Président,

Je souhaiterais d’abord remercier nos trois intervenants pour leurs présentations et réitérer tout le soutien de la France au Représentant spécial.

Monsieur le Président,

Je souhaiterais souligner aujourd’hui quatre points :

Le premier porte d’abord sur notre préoccupation concernant le blocage des relations entre le Gouvernement fédéral somalien et certains Etats membres fédérés. C’est un blocage qui dure maintenant depuis plus de 18 mois et qui constitue un obstacle majeur à l’aboutissement de chantiers cruciaux pour la Somalie.

Il est donc urgent que ce dialogue reprenne, notamment entre les autorités fédérales somaliennes et les autorités du Jubbaland et du Puntland. Nous saluons à cet égard les efforts de médiation entrepris en décembre par les Nations unies, l’Union africaine, l’IGAD et l’Union européenne mais nous regrettons que les responsables somaliens n’y aient pas donné suite.

Le deuxième point que je voudrais soulever concerne les élections de 2020/2021. La France prend note de la promulgation de la loi électorale. C’est une étape positive, conforme aux engagements qui avaient été pris lors du dernier Forum de partenariat pour la Somalie, mais des incertitudes demeurent concernant des problématiques clefs, notamment s’agissant de la définition des circonscriptions électorales, de la représentation des Etats membres fédérés, et de la mise en œuvre du quota de 30% de femmes dont la participation pleine et effective est essentielle.

Il est donc impératif que ces incertitudes soient rapidement clarifiées pour que les élections de 2020/2021 puissent se tenir selon le calendrier prévu, de façon pacifique, inclusive et transparente, et selon le principe d’« une personne, un vote ». Nous appelons également les autorités somaliennes à élargir l’espace démocratique afin de permettre la participation de l’ensemble des partis politiques et de la société civile et à lever toutes les restrictions à la liberté d’expression et à la liberté de réunion.

Concernant la situation sécuritaire, la France demeure préoccupée par la fréquence des attaques d’Al-Shabaab, notamment à Mogadiscio. Dans ce contexte, nous rappelons toute l’importance de poursuivre la mise en œuvre du plan de transition sécuritaire de l’AMISOM vers les forces de sécurité somaliennes. Les autorités fédérales somaliennes doivent donc accentuer leurs efforts si elles veulent être en mesure de contrôler l’ensemble de leur territoire. Et cela passe par la mise en œuvre d’un plan crédible de génération de forces et par l’intégration des forces régionales dans l’armée nationale somalienne.

Concernant l’AMISOM, nous considérons que l’Union européenne doit bien sûr continuer à apporter son soutien financier à l’AMISOM mais qu’en contrepartie, les autorités fédérales somaliennes doivent accélérer la mise en œuvre des réformes sécuritaires et reprendre leur coopération avec les Etats membres fédérés. Et dans ce contexte, nous nous tenons prêts à participer activement aux discussions sur l’avenir de l’engagement international en Somalie après 2021. Ces discussions devront inclure l’ensemble des acteurs impliqués en Somalie.

Enfin, concernant le changement climatique, et je voudrais saluer la présentation du Directeur du SIPRI, c’est bien entendu un facteur majeur dans la situation de conflit en Somalie. Et le Directeur du SIPRI l’a bien expliqué, les épisodes successifs de sécheresses suivis d’inondations mais aussi plus récemment l’invasion de criquets, causés par le dérèglement climatique, ont de sérieuses conséquences sur la situation humanitaire mais également sur la situation sécuritaire de la Somalie. Et comme dans beaucoup d’autres endroits affectés par le changement climatique, la hausse du nombre de déplacés internes et des déplacements forcés de populations, conjuguée à la raréfaction des ressources naturelles et à l’insécurité alimentaire, accroissent les tensions entre personnes déplacées et communautés d’accueil et exacerbent des rivalités intercommunautaires.

Ce contexte est malheureusement appelé à se répéter dans d’autres régions du monde. C’est pourquoi, nous considérons que la prévention des conflits doit pleinement intégrer une analyse des impacts du changement climatique sur la sécurité. Nous appelons à cet égard les Nations unies à réaliser une analyse régulière des risques pour la sécurité des impacts du changement climatique, pour toutes les régions du monde, pas seulement les régions en conflit aujourd’hui, et cela en s’appuyant sur les données dont disposent les agences de Nations unies et sur leur capacité d’analyse des conflits. Et comme l’a fait le SIPRI pour le cas somalien, il est important que ces analyses soient assorties de recommandations de mesures de prévention qui seront mises en œuvre par les autorités nationales au premier chef, mais aussi par les partenaires de développement, par les organisations régionales, et par les agences des Nations unies.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/02/2020

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