La France est engagée pour la jeunesse, la paix et la sécurité en Afrique [en]

Jeunes, paix et sécurité en Afrique
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 2 octobre 2019

Monsieur le Président,

Ce débat, quelques jours après la mobilisation formidable dont nous avons été témoins lors du Sommet pour le climat, comme le Représentant permanent de l’Allemagne vient de le rappeler, souligne très justement l’importance fondamentale d’écouter ce que les jeunes ont à nous dire et d’associer les générations futures aux discussions et aux décisions qui doivent nous permettre de régler ensemble les crises et les défis contemporains. L’interaction et la solidarité entre les générations sont indispensables. Je voudrais à cet égard remercier nos intervenants jeunes de ce jour pour le partage de leurs expériences et de leurs recommandations respectives.

Monsieur le Président,

Vous connaissez l’engagement de la France pour l’Afrique. À Ouagadougou en novembre 2017, le Président Macron a décrit les fondements de notre partenariat avec l’Afrique, qui repose non seulement sur l’avancement de la paix et de la sécurité, sur les progrès du développement et de l’innovation, mais aussi et surtout sur la jeunesse africaine, qui est au cœur de notre avenir commun et dont l’épanouissement constitue un enjeu fondamental. Là où les besoins et les attentes de la jeunesse sont ignorés, il ne peut y avoir de stabilité et de paix durable.

Le chemin pour atteindre une paix durable en Afrique ne peut se limiter à la réponse militaire aux crises et aux menaces. Une approche plus large est nécessaire comme Aya Chebbi, Hafsa Ahmed et Victor Ochen nous l’ont très éloquemment expliqué. Et c’est d’ailleurs tout l’objectif de l’Initiative « Faire taire les armes en Afrique d’ici 2020 », que la France soutient, et qui ne pourra être atteint sans la participation pleine et entière des jeunes, et sans que ceux-ci n’aient les moyens de satisfaire leur besoin de reconnaissance sociale, leurs besoins d’épanouissement professionnel et personnel, et aussi plus largement de sens et d’espoir politique.

Les jeunes font preuve d’optimisme et de mobilisation et nous devons tout à la fois leur marquer notre reconnaissance et les encourager, à la fois en paroles et en actes surtout. Il existe de nombreux exemples concrets et très instructifs d’initiatives menées par des jeunes femmes et des jeunes hommes engagés à travers tout le continent. Nous avons été, je crois, tous impressionnés par la détermination de la jeunesse burkinabè à défendre, à deux reprises et parfois au prix de sa vie, les acquis de la démocratie et de l’Etat de droit au Burkina Faso. Personnellement, j’admire la capacité de la jeunesse à agir et à s’unir en se servant des réseaux sociaux et en développant de nouvelles techniques, souvent plus créatives et participatives. L’engagement démocratique de la jeunesse tunisienne pendant et après la révolution a été remarquable, et j’ai pu constater son dynamisme lors de ma précédente affectation en Tunisie, notamment à l’occasion des Forums de la jeunesse, qui ont été organisés avec le soutien de la France. La France soutient aussi l’action du PNUD en lien avec l’Union africaine pour le renforcement des capacités des jeunes femmes et des jeunes hommes, avec une approche qui fait le lien entre l’initiative « Faire taire les armes » et l’agenda « Jeunes, paix et sécurité ».

Monsieur le Président,

Malheureusement, à rebours de ce qu’il faudrait faire, les jeunes continuent d’être victimes de stéréotypes et de discriminations. Ils restent largement exclus des processus de décisions, des institutions politiques et du marché de l’emploi. Ils sont parfois perçus uniquement ou d’abord comme des fauteurs de troubles ou un vivier pour l’extrémisme violent. Ces stéréotypes sont trop souvent utilisés comme des prétextes pour ignorer leurs revendications, brimer leurs droits voire même les réprimer avec violence. Parmi les jeunes, les jeunes femmes sont les plus durement touchées par les injustices, l’exclusion, et les normes sociales discriminantes notamment lors des conflits. A cet égard, la France soutient l’agenda Femmes, paix et sécurité, qui vise notamment à faire valoir la voix des femmes et des jeunes femmes, pour bâtir une paix durable.

Monsieur le Président,

Nous devons garantir à tous les jeunes le respect de leurs droits les plus fondamentaux, dont la liberté d’expression et le droit à manifester pacifiquement. La jeunesse doit pouvoir prendre part aux processus de prise de décisions. Elle doit également pouvoir être pleinement prise en compte dans les règlements de paix et il est très opportun, comme cela a été suggéré, que les jeunes puissent venir nous briefer régulièrement, y compris sur des situations de pays spécifiques.

Pour permettre à la jeunesse d’exprimer pleinement son potentiel, l’éducation demeure pour la France la priorité absolue. Elle constitue la meilleure prévention de tous les obscurantismes et dérives violentes. La France a fait de l’éducation la priorité aux niveaux international et national, avec plus de 300 millions d’euros consacrés à l’éducation de base en Afrique à travers le Partenariat mondial pour l’éducation et également à travers notre aide bilatérale. Cet engagement a été réaffirmé dans le cadre du G7 présidé par la France, notamment à l’occasion de la réunion des ministres de l’éducation et du développement à laquelle des représentants de la jeunesse des pays du Sahel avaient été invités. La France a enfin souhaité rénover sa politique de développement pour adopter une approche partenariale, visant à mieux associer la société civile, la jeunesse, les entreprises et les diasporas. Et la France veillera également à mettre la jeunesse au cœur du Forum Génération égalité qui est organisé conjointement avec le Mexique et ONU Femmes, et sera accueilli à Paris en juillet 2020.

Monsieur le Président,

La France appelle tous les acteurs à s’engager pour permettre la participation active de la jeunesse à la consolidation de la paix et de la sécurité internationales, et nous saluons ainsi l’appel à initiatives destiné aux organisations de jeunesse de la société civile qui a été lancé par l’Organisation internationale de la Francophonie. Nous attendons également avec intérêt les recommandations qui seront faites par le Secrétaire général dans son rapport sur l’application des résolutions 2250 et 2419 qui ont établi l’agenda « jeunes, paix et sécurité ».

Il est en effet grand temps de saisir pleinement l’immense potentiel des jeunes pour instaurer et maintenir la paix et la sécurité internationales, pour construire les sociétés justes, paisibles et inclusives, dans le respect de la nature, auxquelles nous avons tous collectivement souscrit dans le cadre de l’agenda 2030.

Monsieur le Président, pour terminer sur une note un peu plus littéraire, je citerai Amadou Hampâté Bâ qui disait que « la vie humaine est comme un grand arbre et que chaque génération est comme un jardinier ». Nous avons donc beaucoup à faire pour cultiver notre jardin commun.

Je vous remercie.

Dernière modification : 02/10/2019

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