La France est extrêmement préoccupée par les récents développements survenus à Idlib hier [en]

Syrie
Intervention de M. Nicolas de Rivière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 28 février 2020

Monsieur le Président,

Je remercie le Secrétaire général pour sa présence parmi nous et surtout pour son engagement constant. Je remercie Madame Di Carlo pour son intervention. Notre Conseil s’est réuni hier au sujet de la situation humanitaire en Syrie, notamment à Idlib. C’est aujourd’hui notre sixième réunion sur la Syrie ce mois-ci. L’heure est grave. L’escalade est là : il y a urgence à mettre un terme à l’offensive du régime, appuyé par la Russie, à Idlib.

La France est extrêmement préoccupée par les récents développements survenus à Idlib hier.

Le Ministre français des Affaires étrangères a exprimé aujourd’hui ses condoléances à son homologue turc, M. Cavusoglu. Il lui a réaffirmé la solidarité de la France avec la Turquie à la suite de l’attaque conduite contre les forces turques dans le nord-ouest de la Syrie. Je souhaite réitérer ce soir ces condoléances et cette solidarité, au nom de la France.

M. Le Drian a également condamné les violations répétées, par le régime syrien et la Russie, du droit international humanitaire, et la remise en cause des engagements de l’automne 2018 concernant la désescalade dans la province d’Idlib. La lutte contre des groupes terroristes ne saurait en aucun cas justifier les violations massives du droit international auxquelles nous assistons à Idlib.

Nous appelons donc à une désescalade immédiate, en écho à votre appel, Monsieur le Secrétaire général. Une nouvelle escalade ne serait dans l’intérêt de personne et menacerait davantage encore la paix et la sécurité internationales. Cela exacerberait une situation humanitaire déjà désastreuse, même à l’échelle du conflit syrien. On compte déjà près d’un million de personnes déplacées depuis décembre dans la province d’Idlib. Cela augmenterait le risque de dispersion des combattants terroristes.

La France s’est engagée avec l’Allemagne, ces derniers jours, pour contribuer à une désescalade de la violence. Le Président de la République et la Chancelière en ont parlé avec le président Erdogan et avec le président Poutine ces jours derniers. La France ne ménagera aucun effort, en lien avec ses partenaires, pour parvenir à une telle désescalade.

Notre priorité doit donc être d’œuvrer collectivement à la mise en place d’une cessation des hostilités immédiate à Idlib.

Nous appelons le régime syrien et la Russie à mettre un terme à l’offensive militaire engagée dans le nord-ouest syrien, à pleinement respecter leurs obligations au titre du droit international humanitaire et à en revenir aux arrangements de cessez-le-feu de l’automne 2018, pour mettre immédiatement un terme durable aux hostilités. Les engagements pris doivent être tenus par tous, notamment par la Russie.

Les efforts en vue de parvenir à un cessez-le-feu doivent être collectifs. La Russie doit poursuivre les négociations avec la Turquie afin d’aboutir à une désescalade à Idlib et pour permettre la relance du processus politique. Le cadre d’Astana a montré ses limites et il ne peut en tout état de cause prendre en charge toutes les dimensions du règlement de la crise, ni se substituer à un processus piloté par les Nations unies qui sont investies de la pleine légitimité internationale à cet égard. C’est pourquoi il est primordial que le Secrétaire général et son Envoyé spécial continuent à s’impliquer pour parvenir à un cessez-le-feu immédiat, durable et vérifiable, conformément aux dispositions de la résolution 2254 de ce Conseil. Ils doivent également se consacrer à la reprise du processus inter-syrien, qui seul peut aboutir à un règlement de la crise, et qui doit dès à présent aborder la question des élections, des réfugiés et des détenus.

Je souhaite enfin rappeler l’urgence de répondre à la crise humanitaire et d’œuvrer à une solution politique.

La France continuera à se mobiliser sur le plan humanitaire, à titre national et avec l’Union européenne et ses États membres. Tout doit être fait pour garantir un accès humanitaire, y compris à travers l’aide transfrontalière.

Je tiens à saluer l’initiative du Secrétaire général de déployer une mission d’urgence à Idlib dans les jours qui viennent.

Nous saluons également les efforts déployés par les voisins de la Syrie pour porter assistance aux réfugiés syriens.

Enfin, le processus politique ne saurait se résumer à des discussions constitutionnelles qui, aujourd’hui, servent de paravent au régime pour poursuivre une stratégie qui se limite à la reconquête militaire. L’Envoyé spécial des Nations unies doit en prendre acte et aborder de front les questions les plus urgentes, à commencer par la désescalade à Idlib et les conditions d’organisation des élections qui auront lieu cette année et l’année prochaine.

Je vous remercie.

Dernière modification : 28/02/2020

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