La France reste un partenaire attentif, mobilisé et exigeant de l’Irak

Irak
Intervention de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 3 décembre 2019

Madame la Présidente, je vous présente mes félicitations pour votre présidence du Conseil ce mois-ci, et vous assure de notre soutien. Et je félicite également très chaleureusement l’Ambassadrice Karen Pierce pour la remarquable présidence du Royaume-Uni le mois dernier. Je remercie Madame Jeanine Hennis-Plasschaert, M. Robert Mardini et Monseigneur Warda pour leurs interventions particulièrement éclairantes.

Madame la Présidente,

L’Irak, un pays qui a tant souffert, vit actuellement une période déterminante pour son avenir démocratique. Le peuple irakien exprime depuis le 1er octobre des revendications légitimes, la demande d’une vie dans la liberté et la dignité comme Madame Hennis-Plasschaert vient de le rappeler, et ceci dans le cadre de manifestations restées pour l’essentiel pacifiques. La répression systématique dont les manifestants font l’objet et l’usage excessif et disproportionné de la force à leur encontre, qui s’est traduit par la mort de plus de 400 Irakiens, sont inacceptables. La France les condamne avec fermeté. Elle exprime ses condoléances aux familles des victimes et son soutien aux personnes blessées. Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cette répression, et les responsables doivent être traduits en justice.

Nous appelons les autorités irakiennes à garantir la liberté d’expression, de réunion et de manifestation comme le prévoit la constitution du pays. Les menaces contre les personnels de santé, comme les intimidations à l’encontre des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme doivent cesser, de même que les arrestations arbitraires de manifestants. L’ensemble des parties doit s’abstenir de faire usage de la violence.

Madame la Présidente,

Face à cette crise sans précédent depuis la victoire militaire contre Daech, l’attentisme n’est pas une option. Sans réaction rapide et crédible, l’aggravation des violences et la poursuite de la dégradation de la situation économique et sociale risquent d’entraîner l’Irak dans le chaos. Un tel basculement aurait des conséquences non seulement pour l’Irak, mais aussi pour la stabilité du Moyen-Orient et pour la sécurité internationale : Daech ne peut que tirer parti d’une déstabilisation de l’Irak.
Nous sommes conscients de l’ampleur des défis auxquels le pays fait face : la menace d’une résurgence de Daech ; les conséquences de la guerre en Syrie, encore aggravées par l’offensive turque dans le nord-est syrien ; la situation préoccupante des réfugiés et des déplacés ; un tissu social fragilisé par des années de conflit ; et enfin une économie à reconstruire.

Madame la Présidente,

Des progrès réels ont été accomplis au cours des dernières années : ils doivent être préservés, notamment s’agissant des résultats obtenus dans la lutte contre Daech. Nous l’avons rappelé lors de la réunion de la coalition contre Daech qui s’est tenue, à l’initiative de la France, à Washington le 14 novembre : les Irakiens savent qu’ils ne sont pas seuls face à Daech et qu’ils peuvent compter sur le soutien de la communauté internationale.

Mais il importe parallèlement d’apporter une réponse crédible aux aspirations exprimées depuis plusieurs semaines par les Irakiens.

Le changement attendu et nécessaire que Monseigneur Warda vient d’évoquer, passe par un véritable dialogue démocratique, seul à même de préserver dans la durée la stabilité de l’Irak. Pour créer les conditions d’un tel dialogue, l’Irak doit se doter rapidement d’un gouvernement capable d’adopter les mesures d’urgence qui s’imposent. Je pense, en particulier, à la réforme de la loi électorale, à la réintégration effective des groupes paramilitaires sous l’autorité du Premier ministre ou encore à l’adoption de mesures robustes de lutte contre la corruption.

Madame la Présidente,

La France soutient pleinement l’action conduite en ce sens par la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies, Mme Hennis-Plasschaert. Je veux saluer ici Madame, votre engagement résolu en faveur d’une sortie de crise concertée. Le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est entretenu hier avec vous et vous a exprimé son soutien.

Nous soutenons plus généralement le travail de la MANUI, en particulier son action en faveur de la réconciliation entre les différentes composantes de la société irakienne et en faveur de la stabilisation notamment dans les territoires disputés et du processus politique. Les efforts de la MANUI pour accompagner le dialogue entre Bagdad et Erbil et son engagement pour contribuer à la résolution de la question des disparus de la guerre du Golfe sont également indispensables. Nous rappelons l’importance que ce travail soit mené en concertation avec toutes les composantes de la société civile, en particulier s’agissant du renforcement de la participation des femmes à la vie publique. L’action de la MANUI sera également déterminante pour aider l’Irak à adopter les réformes qui s’imposent dans les domaines économique et social.

Madame la Présidente,

Sur le chemin du dialogue démocratique et des réformes nécessaires afin de sortir du double piège du communautarisme et de la corruption, l’Irak doit pouvoir compter sur le soutien résolu de la communauté internationale. Et ce Conseil doit rester mobilisé aux côtés de l’Irak dans la période à venir.

La France restera pour sa part un partenaire à la fois attentif, mobilisé et exigeant de l’Irak. Le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Monsieur Le Drian, s’est rendu en Irak en octobre pour rappeler l’importance du partenariat stratégique entre nos deux pays, et faire part du soutien de la France dans la lutte contre Daech et au-delà. Nous entendons rester partenaires pour la stabilisation et la reconstruction du pays. Et pour accompagner les Irakiens dans cette période cruciale pour l’avenir du pays.

Je vous remercie.

Dernière modification : 03/12/2019

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